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En moins d’une semaine, l’invasion russe de l’Ukraine a provoqué un effondrement spectaculaire de la valeur de Yandex, le « Google russe », présent en Israël. Plus de 1 million d’israéliens parlent le Russe et utilisent Yandex.

Yandex a racheté en Israël WIND, qui est une plateforme intelligente de mobilité sans point fixe de stationnement. Wind propose des scooters électriques sans point fixe de stationnement.

L’action Yandex, qui n’est pas cotée à Moscou mais au Nasdaq, la Bourse new-yorkaise des valeurs technologiques, a été suspendue, lundi 28 février, après que la valorisation de ce fleuron russe a été divisée par près de cinq.

Selon (1) :

« Yandex n’est pas seulement un moteur de recherche très utilisé en Russie (45 % de parts de marché, juste derrière Google) et dans le monde russophone. C’est, comme son homologue américain, une entreprise gigantesque, qui propose des dizaines de services (cartographie, messagerie électronique, paiements en ligne, télémédecine, livraison, smartphones…).

Ni Yandex ni ses principaux dirigeants ne sont pour l’instant l’objet de sanctions de la part de l’Union européenne ou des Etats-Unis, mais les sanctions économiques et la dégringolade du cours du rouble ont fait fuir les investisseurs étrangers – Uber, qui opère conjointement avec Yandex un service de VTC en Russie, a annoncé qu’il accélérait sa sortie du capital, et que ses trois cadres qui siègent au conseil d’administration du géant russe quittaient leurs fonctions.

Position ambiguë de la direction.

Car Yandex joue aussi un rôle dans l’effort de guerre du Kremlin. Depuis le début de l’invasion et le durcissement strict de la censure des médias russes, un bandeau a fait son apparition sur la page « actualité » de Yandex en russe : « Certains contenus sur Internet contiennent des informations fausses. Faites attention. » La page « actualité » du portail, très consultée en Russie, filtre en outre les articles qui parlent de « guerre » – le régulateur des médias et d’Internet interdit ce terme pour parler de l’invasion, qui doit être qualifiée d’« opération militaire spéciale ».

Cette censure, légale, semble avoir provoqué de vifs remous en interne. Sur Facebook, plusieurs employés de Yandex, dont au moins deux hauts responsables, ont publié des messages pour dire leur opposition « à la guerre ». Lev Gershenzon, l’ancien responsable de la partie actualité de Yandex, qui a quitté l’entreprise depuis plusieurs années et vit en Allemagne, a appelé ses anciens collègues à démissionner ; une responsable d’équipe, qui vit à Londres et avait précédemment travaillé comme journaliste, a publié sur Facebook sa lettre de démission et arbore désormais un drapeau ukrainien sur sa photo de profil. « Puisque Yandex n’affiche pas sur sa page d’accueil le fait que les troupes russes bombardent les villes ukrainiennes et tuent des civils, veuillez me renvoyer, écrit-elle. Je pense que les actions de l’entreprise constituent des crimes et qu’elle se rend complice de la guerre. »

Le fondateur de Yandex silencieux.

Face à cette fronde interne, la direction de l’entreprise s’est exprimée pour la première fois mercredi. Dans un long message sur Facebook, Tigran Khudaverdyan, PDG adjoint qui siège au conseil d’administration, tente d’y justifier les décisions de l’entreprise, tout en trahissant un certain malaise :

« La guerre est un monstre. Aujourd’hui, beaucoup de personnes demandent [à Yandex] de monter immédiatement sur un véhicule blindé et de dire haut et fort quelle est sa position. Je pense que toute action doit être motivée non pas par des impulsions émotionnelles, mais par des priorités-clés. »

Tigran Khudaverdyan explique que ses priorités sont de garantir la sécurité des employés, mais aussi de maintenir l’accès aux services de Yandex, « pas pour le business, mais parce que ce sont des services qui sont nécessaires pour les gens qui vivent à la campagne, comme l’électricité ou l’eau. (…) Il faut que leurs taxis arrivent, que leurs courses leur soient livrées, que l’infrastructure fonctionne. C’est pour cela nous ne pouvons pas monter sur le véhicule blindé. » Dans les commentaires, plusieurs messages en russe le traitent de « collabo ».

Le fondateur de Yandex, Arkadi Voloj, est, lui, resté silencieux depuis le début de l’offensive russe. Homme d’affaires doué, réputé fin politique, il fait partie des rares entrepreneurs des nouvelles technologies russes qui soit resté à Moscou après avoir fait fortune, où son style de vie modeste et son empressement à rester à distance du Kremlin sans s’en faire un ennemi le placent à part. En une semaine, sa fortune personnelle, estimée à 2,5 milliards d’euros, a été divisée par cinq.

  • (1) www.lemonde.fr
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