Le shekel israélien a atteint en 2026 son niveau le plus élevé face au dollar depuis trois décennies, un signal contre-intuitif après plus de deux ans de conflit régional. Selon Israel.com, le taux représentatif a été fixé à 3,068 le 12 février 2026, un plus bas pour le billet vert depuis novembre 1995. La dynamique s’est accentuée depuis : d’après JNS, le shekel s’est renforcé jusqu’à 2,90 par dollar, son meilleur niveau depuis octobre 1993, soit une appréciation de 9% depuis le début de l’année.

La trajectoire est spectaculaire. Ynetnews note que le dollar est passé d’une moyenne de 3,7 shekels en avril 2025 à environ 3,1 un an plus tard, soit un repli d’environ 16%.

Des flux de capitaux qui changent d’échelle

Le moteur principal est l’afflux de capitaux étrangers. Les investissements nets ont atteint 39 milliards de dollars en 2025, contre 25 milliards un an plus tôt, selon JNS. Les institutionnels israéliens, eux, ont liquidé massivement leurs positions en devises pour rééquilibrer leurs portefeuilles :  13,3 milliards  de dollars de ventes nettes sur le seul dernier trimestre 2025, un record historique rapporté par Globes.

La toile de fond macroéconomique soutient le mouvement. Le FMI table sur une croissance israélienne de 3,5% en 2026, surperformant tous les pays du G7, dont les États-Unis (2,3%) et la zone euro (1,3%), rapporte CNBC. Le ratio dette/PIB israélien, à  69,8% , reste largement en deçà des  123,7%  du G7.

Le renforcement du shekel reflète la solidité de l’économie et de la balance des paiements. Globalement, c’est bon pour l’économie israélienne. — Modi Shafrir, stratégiste en chef des marchés financiers, Bank Hapoalim

Une lame à double tranchant

La désinflation est l’un des bénéfices immédiats : l’inflation est revenue dans la cible de 1-3% de la Banque d’Israël, autour de 2% au lieu des 3% qu’elle aurait atteints sans le mouvement de change, selon Ynetnews. Mais la médaille a son revers. Les exportateurs facturant en dollars — au premier rang desquels l’industrie technologique, vitrine du pays — voient leurs marges comprimées.

Les prévisionnistes restent haussiers sur le shekel. Israel Discount Bank table sur une fourchette de 3 à 3,12 pour un dollar fin 2026, plus agressive que le consensus Bloomberg. Tamir Hershkovitz, d’Ayalon Insurance and Finance, va plus loin :

Nous avons vu à quel point l’économie israélienne et le shekel sont sortis renforcés d’événements majeurs. La direction est claire — sous les 3 shekels par dollar, et cela se produira bien plus vite qu’on ne le pense. — Tamir Hershkovitz, SVP et directeur de la division investissements, Ayalon Insurance and Finance

Lecture nuancée

Tous les analystes ne créditent pas exclusivement la vigueur israélienne. Asher Blass, ancien chef économiste de la Banque d’Israël, rappelle que « le dollar est faible en général » et que les gains du shekel face à l’euro sont nettement moins marqués. Idit Moskovich, de First International Bank, abonde : la prime de risque israélienne baisse, mais le dollar s’affaiblit aussi face au panier global des devises, avec moins de force toutefois que sur le marché local.

Reste la variable géopolitique. Le gouverneur de la Banque d’Israël, Amir Yaron, estime que si les conflits régionaux se dénouent, la croissance pourrait rebondir à  5,5%  l’année prochaine — un scénario qui pousserait le shekel encore plus bas face au billet vert, au grand dam des exportateurs.

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