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Le consommateur israélien a de quoi être en colère : non seulement le coût de la vie est plus élevé en Israël que dans la plupart des pays occidentaux, mais les dernières augmentations de prix lui semblent injustifiées ou exagérées.

Ce qui explique que les appels au boycott des produits chers prennent de l’ampleur. Sur la ligne de mire : les géants de l’agroalimentaire (Osem, Strauss, Tnuva, etc.) qui ont profité de la tendance mondiale à la hausse des prix pour relever leurs étiquettes.

Bénéficiant d’une solide position monopolistique, les géants industriels ont cru pouvoir profiter de l’absence de concurrence pour gagner un peu plus d’argent sur le dos du consommateur.

Succès passager.

Trop, c’est trop : les ministres israéliens des Finances et de l’Economie ont exigé des explications de la direction des plus grands producteurs d’agroalimentaire.

Les consommateurs, soutenus par les médias et certains dirigeants politiques, ont alors lancé des appels au boycott des produits les plus chers.

Le phénomène est rare en Israël : il faut remonter une décennie, au moment de « la révolte des tentes » en 2011, pour retrouver une protestation semblable des consommateurs face à la flambée des produits laitiers symbolisés par le yaourt Milky.

Il faut reconnaître qu’en Israël, les appels au boycott des produits chers passent mal ; contrairement à la situation qui prévaut dans beaucoup de pays européens, le consommateur israélien n’a pas vraiment conscience de la force qu’il tient dans ses mains.

En fait, il suffirait que le consommateur cesse d’acheter les produits chers pour dissuader les producteurs et distributeurs de relever les prix.

C’est même la tendance inverse qui existe en Israël : plus c’est cher et plus le consommateur achète !

Pour l’heure, les géants de l’agroalimentaire ont fait marche arrière, annonçant le gel de la hausse de certains prix ; or ce succès ne sera que passager si le consommateur ne change pas son comportement d’achat.

Connotation politique.

Une autre raison minimise l’impact d’un appel au boycott de produits en Israël : le terme « boycott » revêt une connotation politique aux yeux d’une majorité d’Israéliens.

L’Israélien est en colère lorsque des pays ou mouvements étrangers (comme BDS) appellent au boycott de produits israéliens.

Il garde en mémoire le retrait d’Israël de grandes compagnies étrangères qui ont cédé aux pressions du boycott international, comme Orange ou Veolia.

Il a dénoncé la campagne internationale de boycott contre SodaStream, le fabricant israélien d’appareils de gazéification de boissons, au motif que son usine était installée en Cisjordanie.

Il a été choqué par la décision de la marque américaine Ben & Jerry’s de cesser de vendre ses glaces dans les territoires palestiniens occupés.

On peut donc comprendre que le consommateur israélien ait du mal à boycotter un produit alors que lui-même dénonce le boycott des autres.

En définitive, le boycott des produits chers en Israël est voué à l’échec : les producteurs le savent bien, ils attendront que la colère populaire se calme pour relancer leurs prix à la hausse.

La solution à la cherté de la vie est d’abord, et surtout, entre les mains du gouvernement qui doit agir pour briser les monopoles, contrôler les prix et ouvrir le marché israélien à la concurrence des produits étrangers.

à propos de l’auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd’hui, il enseigne l’économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de « Les Arabes d’Israël » (Autrement, 2008), « Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ? » (Armand Colin, 2012), « Les Israéliens, hypercréatifs ! » (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et « Israël, mode d’emploi » (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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