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Le gouvernement Bennett a décidé de s’attaquer à la vie chère en Israël : or le plan proposé la semaine dernière risque de passer à côté des objectifs visés.

Pour tempérer la hausse des prix, il n’est pas utile de réduire l’impôt sur le revenu ; il faut surtout abaisser les taxes sur la consommation, particulièrement lourdes en Israël.

Le plan présenté par le Premier ministre Bennett et son ministre des Finances Liberman, qui s’intitule « Mesures pour réduire la cherté de la vie », comporte une grave lacune ; il ne s’attaque pas aux racines de l’inflation et ne lutte pas contre les hausses exagérées de prix.

Mesure-phare.

Qu’on en juge : la mesure-phare du plan gouvernemental consiste à abaisser l’impôt sur le revenu du travail des familles en relevant le crédit d’impôt accordé à chaque enfant de 6 à 12 ans.

Abaisser l’impôt sur le revenu n’a rien à voir avec la lutte contre la vie chère ; au mieux, cela permet d’améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs, et seulement de ceux qui paient des impôts.

Or en Israël, beaucoup de travailleurs pauvres ne paient pas d’impôt car leur revenu est inférieur au minimum imposable. Les chiffres publiés régulièrement par le Service des Impôts dans son rapport annuel parlent d’eux-mêmes : 40% des salariés (les plus pauvres) ne paient pas d’impôt sur le revenu.

La baisse de l’impôt sur le revenu ne va donc profiter qu’aux plus riches et aux classes moyennes ; ce n’est pas le meilleur moyen pour lutter contre la cherté de la vie qui touche surtout les familles les plus défavorisées.

Politique familiale.

Deux autres mesures visent à améliorer le sort des familles qui travaillent, cible principale de ce plan gouvernemental.

D’une part, la subvention publique des activités périscolaires (l’après-midi) pour les enfants de 3 à 8 ans sera élargie à d’autres localités ; 60.000 enfants en bénéficieront.

De l’autre, la « Prime pour l’Emploi » versée aux salariés à bas salaire sera relevée de 20% : or cette prime n’est accordée qu’aux travailleurs âgés de plus de 23 ans et avec des enfants. Autrement dit, les célibataires et couples sans enfant ne sont pas concernés par cette revalorisation.

Ces deux mesures de politique familiale visent à encourager la conciliation travail-famille ; elles sont appréciables mais elles n’ont pas grand-chose à voir avec la lutte pour la baisse des prix.

Taxes sur la consommation.

Pour ralentir la hausse des prix et alléger la facture du consommateur, il faut surtout réduire les taxes sur la consommation qui sont particulièrement élevées en Israël.

Dans ce domaine, le plan gouvernemental annonce la modération de la hausse du prix de l’électricité en supprimant la taxe sur le charbon ; en 2022, l’électricité augmentera de « seulement » 3,4% contre 5,7% prévus initialement. Une bonne nouvelle mais qui s’avère être une « mesurette » très insuffisante.

Ce n’est qu’en fin de plan qu’apparaissent des mesures qui auraient dû figurer en tête : la baisse des droits de douane sur certains produits alimentaires importés (comme viande et huile) et leur annulation totale sur des biens de consommation (comme l’ameublement).

Encore faudra-t-il s’assurer que la baisse des droits de douane soit répercutée sur les prix de détail et ne reste pas dans la poche des importateurs.

En revanche, rien n’est proposé sur une autre taxe qui aurait mérité d’être assouplie, la TVA. Forte de 17% sur tous les produits (fruits et légumes exceptés), la TVA est une des composantes principales du coût de la vie.

Israël devrait adopter le modèle occidental qui prévoit des taux réduits de TVA sur les produits de grande consommation ; en France, par exemple, certains produits alimentaires ne sont taxés qu’à 5,5% et les médicaments à 2,1%.

En revanche, rien n’est prévu pour ralentir le prix de l’essence ; l’Etat continuera de prélever 60% de taxes sur le prix à la pompe que paie l’automobiliste israélien.

Un choix politique.

Pour compenser la perte de rentrées fiscales qu’engendrerait la baisse des taxes sur la consommation, le gouvernement israélien devrait relire le rapport du FMI publié il y a quelques jours ; celui-ci prône un système fiscal plus progressif en relevant les impôts sur le revenu des plus riches.

Curieusement, le gouvernement Bennett ne suit pas les recommandations des experts internationaux et fait même l’inverse ; fidèle à sa logique ultralibérale, il diminue encore l’impôt sur le revenu au lieu de le relever pour dégager des ressources supplémentaires qui permettraient de soutenir les plus pauvres.

En définitive, la cherté de la vie en Israël reste un thème hautement politique ; les partis s’en servent comme argument électoral et le gouvernement lui-même réagit au gré des mouvements de protestation des consommateurs.

En présentant son plan, le gouvernement semble avoir oublié la cause principale de la cherté de la vie en Israël : l’existence de monopoles qui font la pluie et le beau temps sur les marchés de l’alimentation, de l’énergie, des transports, de la finance, etc.

Le gouvernement Bennett se contente d’annoncer la mise en place d’une « commission pour réduire la concentration et accroître la concurrence dans le secteur alimentaire » ; il n’est jamais trop tard pour bien faire…

à propos de l’auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd’hui, il enseigne l’économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de « Les Arabes d’Israël » (Autrement, 2008), « Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ? » (Armand Colin, 2012), « Les Israéliens, hypercréatifs ! » (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et « Israël, mode d’emploi » (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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