Contrairement à Israël, la France n’a pas mis en place des « vaccinodromes ».

Par |2021-01-01T14:16:33+01:00janvier 1st, 2021|Catégories : SANTE|
Partager :

La campagne de vaccination contre le Covid-19 a débuté ce dimanche en France. Mais ses débuts sont plus lents que chez ses voisins européens et Israël, pays qui excelle dans la vaccination de sa population. Emmanuel Macron a promis jeudi lors de ses vœux aux Français qu’il « ne laisserai(t) pas, pour de mauvaises raisons, une lenteur injustifiée s’installer » dans la campagne de vaccination contre le Covid-19 qui vient de démarrer au compte-gouttes en France.

Selon i24News : « Israël est devenu vendredi le premier pays à avoir administré la première dose du vaccin contre le coronavirus à 10% de sa population. Avec 153.000 personnes supplémentaires vaccinées jeudi dans 325 localités, un million de personnes sur 9.3 millions au total ont été vaccinées, a indiqué le ministère de la Santé. L’État hébreu a dépassé de loin les autres pays en terme de vaccination, selon les statistiques du site Our World in Data de l’Université d’Oxford. La deuxième place est détenue par Bahreïn avec 3,37%, suivi du Royaume-Uni avec 1,39%. Les États-Unis ont pour l’instant vacciné 0,84% de leur population ».

Selon Mariane : »Le gouvernement plaide pour un choix stratégique délibéré et assure que le retard sera rattrapé d’ici fin janvier.

Ce devrait être l’une des rares bonnes nouvelles à célébrer au cours du réveillon : l’arrivée du vaccin contre le Covid. « Nous avons une nouvelle arme contre le virus » se réjouissait Emmanuel Macron sur Twitter dimanche, jour de lancement de la campagne vaccinale. Champagne, alors ? Pas si sûr. En effet, les débuts de la vaccination se font plus longs en France que chez ses voisins européens. Le gouvernement assure que c’est la conséquence d’une stratégie de prudence et que l’écart sera comblé d’ici fin janvier. La France est-elle en retard ? Faut-il s’inquiéter ? Marianne fait le point.

Sur les premiers jours, un retard incontestable

« Ce n’est même pas comparable avec les autres pays, c’est anecdotique » constate auprès de Marianne Guillaume Rozier, ingénieur et fondateur du site CovidTracker qui a lancé dimanche une interface pour suivre la campagne de vaccination en France. Et en effet les chiffres sont sans appel. Mercredi soir, 332 doses du vaccin avaient été administrées en France contre plus de 78 000 en Allemagne, plus de 16 000 au Portugal, 14 000 en Pologne et 9 803 en Italie selon les données de Our World in Data. Au Royaume-Uni, l’indicateur atteignait les 800 000 doses au 24 décembre, mais la vaccination y a commencé plus tôt que dans les pays de l’Union Européenne, dès le 8 décembre.

Le gouvernement se justifie

Du côté du gouvernement, on assume cet écart flagrant. « Je ne confonds pas vitesse et précipitation » assurait mardi sur France 2 Olivier Véran. Ce retard à l’allumage est d’abord le fruit de la stratégie vaccinale adoptée, s’appuyant sur cinq phases de vaccination recommandées par la Haute Autorité de Santé. La première qui a débuté concerne seulement les personnes âgées résidant en établissements, comme les EPHAD et les professionnels qui y travaillent s’ils sont à risque (âgés de plus de 65 ans ou atteints de certaines pathologies).

Ces populations sont considérées comme les plus vulnérables et donc prioritaires pour recevoir le vaccin, qui leur est livré sur place. « Cette stratégie a une conséquence, elle force à aller plus lentement, car il faut savoir qu’il y a environ 14 000 établissements de ce type en France et que le vaccin est difficile à transporter, difficile à conserver » justifiait hier à Franceinfo le professeur Alain Fischer, président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale contre le Covid-19, précisant que 500 000 doses de vaccin sont arrivées en France cette semaine et que 500 000 autres sont attendues la semaine prochaine.

Contrairement à l’Allemagne, la France n’a pas fait le choix de mettre en place des « vaccinodromes », de grands centres de vaccination massive. Là aussi le gouvernement assume. Cette stratégie « n’avait pas marché » en France au moment de la grippe H1N1 selon le ministre de la santé sur France 2.

Une prudence sous le feu des critiques

Autre argument avancé par l’exécutif pour justifier le retard : la prudence pour rassurer les Français sur le vaccin. Dans un pays où le taux de scepticisme vis-à-vis de la vaccination est l’un des plus élevés au monde – seuls 44 % des Français envisagent de se faire vacciner contre 65 % en Allemagne et 81 % au Royaume-Uni selon une enquête mondiale de BVA et du réseau WIN publiée dans Le Journal du Dimanche – le ministre de la Santé préfère prendre « le temps de l’explication, de la pédagogie« . Le ministère insiste notamment sur l’importance du consentement auprès des résidents des EPHAD, à travers une consultation médicale au plus tard cinq jours avant le début de la vaccination dans l’EPHAD. « L’objectif de la consultation pré-vaccinale est d’identifier l’absence de contre-indication temporaire ou définitive à la vaccination et de déterminer le bénéfice risque de la vaccination pour les patients ou résidents » et « d’apporter les éléments d’informations nécessaires (indications, contre-indications, effets secondaires connus, bénéfice/risque, etc.) pour que la personne puisse exprimer son choix de se faire vacciner ou non » explique le ministère de la santé dans un guide de vaccination. Le résident peut ensuite décider de se rétracter jusqu’à l’injection.

Une prudence affichée que le généticien Axel Kahn, sans nier la nécessité d’un consentement, juge contre-productive. « Toute la communication du gouvernement insistant sur les précautions, ajoutée à la procédure de consentement finit par convaincre, non pas les vaccinosceptiques qui de toute façon le resteront, mais les 20 à 30 % qui sont hésitants que véritablement c’est bien dangereux, c’est bien incertain puisque l’on prend toutes ces précautions » explique-t-il à Marianne. « Il manque totalement un souffle, un élan, il faut qu’il y ait le discours qui indique que dans la situation où nous sommes la vaccination est une chose merveilleuse » résume le médecin. « Il n’est plus temps d’attendre ! » lance de son côté l’Académie nationale de médecine, suggérant dans un communiqué de simplifier les procédures de vaccination dans les EPHAD.

« Le gouvernement semble chercher la stratégie à employer, entre pédagogie et incitation à la vaccination. Il n’y a pas eu de messages forts en sa faveur, ni de moyens symboliques. Par exemple, aucun membre du gouvernement ne s’est prêté au jeu de mettre en scène sa vaccination, comme cela a été fait dans d’autres pays européens. » estime de son côté Bruno Cautrès, chercheur au CNRS dans un entretien à Marianne.

Coup d’accélérateur et changement de stratégie ?

Le gouvernement promet que l’écart sera rattrapé d’ici la fin du mois janvier. Selon les objectifs de la stratégie vaccinale, un million de personnes, toutes celles concernées par la phase 1, doivent être vaccinées en janvier et février. Mais pour cela, il va falloir passer à la vitesse supérieure. Selon nos calculs, pour espérer avoir un million de personnes vaccinées d’ici fin février, il faudrait vacciner environ 16 900 personnes chaque jour. Un nombre d’injections quotidiennes qu’il faut même multiplier par deux si l’on veut que ces personnes aient également reçu la deuxième dose du vaccin Pfizer-BioNTech, administrée trois semaines après la première. Un rythme dont la France est encore loin : mercredi seulement 194 personnes ont été vaccinées. Le gouvernement assure que la cadence va s’intensifier au cours du mois de janvier.

Mais certains réclament un changement de stratégie. « La situation sanitaire est très inquiétante il est totalement urgent de vacciner les soignants » alerte Axel Kahn, « il faut le décider dans les prochains jours, ne pas faire cela est une totale aberration, une gigantesque erreur en termes de santé publique« . L’Italie par exemple vaccine en priorité les professionnels de santé.

D’autres insistent sur la nécessité d’une stratégie territorialisée, visant en priorité les territoires les plus touchés par l’épidémie. Ce que le gouvernement semble commencer à entendre. À Nice où l’épidémie sévit particulièrement ces jours-ci, la campagne de vaccination a pu commencer de manière anticipée ce mercredi à la demande de Christian Estrosi. « Nous avons reçu 5 000 vaccins pour Nice, la métropole et le département des Alpes-Maritimes » souligne à Marianne Anthony Borré, premier adjoint au Maire de Nice, « nous voulons vacciner la semaine prochaine les 2 300 pensionnaires d’EPHAD et les 1 700 personnes en résidence autonomie » de la ville. « Nous demandons une application très territorialisée du vaccin » résume l’élu.

Le rythme des prochains mois dépendra aussi de la mise sur le marché des autres vaccins que celui de Pfizer-BioNTech. Une décision de l’Agence européenne des médicaments (AEM) est attendue le 6 janvier pour celui de Moderna ».

Partager :
Aller en haut