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Pascale Zonszain (RadioJ). Alors qu’Israël a construit un gouvernement après un an et demi de paralysie politique et que le pays se bat contre l’épidémie de coronavirus, une information est presque passée inaperçue. Celle de la fin du parti Travailliste. Après avoir dissous l’alliance électorale conclue avec le Meretz et le micro-parti Gesher de Yaël Levi-Abecassis, le leader travailliste Amir Peretz a été reçu lundi par Benny Gantz. Selon le communiqué commun publié à l’issue de la rencontre les deux hommes ont discuté des termes de leur coopération parlementaire dans l’optique d’une fusion ultérieure entre le parti Travailliste et le parti Bleu Blanc.

On savait déjà qu’Amir Peretz avait répondu favorablement à la proposition du Likoud de rejoindre un gouvernement d’urgence nationale, où il pourrait obtenir deux portefeuilles. Ce faisant, il avait suscité la colère d’une partie de ses militants qui avaient pris son revirement comme une trahison politique. Il faut dire que tout au long des deux dernières campagnes, Amir Peretz avait martelé qu’il ne siègerait jamais dans un gouvernement conduit par Benyamin Netanyahou. Le patron travailliste avait même symboliquement rasé sa moustache, qui disait-il, aurait pu empêcher le public d’entendre distinctement sa promesse de ne pas s’allier au chef du Likoud.

Mais en s’acheminant vers une fusion avec Bleu Blanc, Amir Peretz franchit une étape supplémentaire, qui pourrait sceller la fin du parti Travailliste. En janvier dernier, il avait consenti à faire la course avec le Meretz, car l’alternative était claire : l’un des deux partis de la gauche israélienne ne franchirait pas le seuil de représentativité. Le verdict des urnes lui a donné raison, puisqu’au dernier scrutin de mars, les Travaillistes n’ont obtenu que trois députés, le pire score de l’histoire du parti de gauche. Amir Peretz, dont c’est le deuxième mandat comme chef du parti Travailliste, pourrait bien en être le dernier. Une fusion avec le parti de Benny Gantz signifie tourner une page de l’histoire politique d’Israël, dont le mouvement travailliste a été l’un des piliers, puisqu’il a été, faut-il le rappeler, celui de David Ben Gourion.

Ce n’est pas la première fois que le parti Travailliste s’allierait à une autre formation politique, mais jusqu’à présent, ces unions s’étaient conclues avant et non après une élection. A la décharge d’Amir Peretz, il faut dire qu’il a repris la direction d’un parti en déroute, puisqu’il s’était engagé dans un recul constant depuis dix-huit ans, à l’exception des législatives de 2015, sous la présidence d’Itzhak Herzog.

Durement frappé par l’assassinat d’Itzhak Rabin en 1995, le parti ne s’est jamais remis de l’échec du processus de paix israélo-palestinien, qui a débouché sur la seconde intifada des années 2000. L’électorat israélien s’est recentré vers la droite. La libéralisation de l’économie, largement conduite par Benyamin Netanyahou a progressivement remplacé la traditionnelle ligne social-démocrate, la périphérie et les secteurs les plus pauvres de la population ont renforcé leur soutien à la droite, sans que de son côté la gauche soit capable de proposer une alternative ou un projet rassembleur. En rejoignant le centre, Amir Peretz pourrait donc bien déclarer officiellement la fin de la gauche israélienne.

Pascale Zonszain (Copyrights)

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