Avant la soirée d’hier, Le NYT accuse Israël de fraude à l’Eurovision.

Le Concours Eurovision de la chanson est un événement bruyant et tape-à-l’œil dont l’essence même réside dans l’exagération. Les chansons sont excessives. Les costumes sont excessifs. Les prestations sont excessives. La chorégraphie est excessive. La scène est excessive. Le public est excessif. La couverture médiatique est excessive. L’Eurovision n’est pas une soirée où l’humanité célèbre sobrement les vertus de la retenue et les merveilles du bon goût. Vu sous sa meilleure facette, l’Eurovision est une arène scintillante où l’Europe se réunit chaque année pour chanter, danser, rire, agiter des drapeaux, s’abandonner à l’absurde et faire preuve d’une forme de tolérance libérale envers tous ceux qui s’écartent des normes établies, quels que soient leur religion, leur origine, leur orientation sexuelle ou leur goût vestimentaire et musical parfois discutable. En Israël, où le bruit, les frontières floues et l’exagération constituent presque une infrastructure nationale, l’Eurovision est devenu l’un des événements les plus importants du calendrier. Pendant les mois précédant le concours, les médias israéliens suivent de près « la route vers l’Eurovision ». Les responsables politiques attisent les tensions. Le président prononce des discours. Le Premier ministre publie des messages sur X. Les chanteurs sélectionnés montent sur scène pour « apporter un peu de réconfort au peuple israélien », pour « nous faire oublier, ne serait-ce qu’une soirée, tout ce que nous avons traversé », et pour « montrer au monde le beau visage d’Israël ».
Et pourtant, même dans ce contexte d’exagération permanente, l’enquête publiée cette semaine dans le New York Times a dépassé les bornes, au point d’en devenir franchement ridicule. Les journalistes Mara Hvistendahl et Alex Marshall ont interrogé plus de 50 personnes à travers l’Europe. Ils ont obtenu l’accès à ce qu’ils ont présenté comme étant des « documents internes de l’Eurovision » afin d’enquêter sur les accusations, largement relayées sur les réseaux sociaux, selon lesquelles Israël tenterait d’influencer les résultats du concours en sa faveur. Ils éont écrit « qu’alors que ce concours habituellement léger s’est transformé en bataille par procuration autour du Moyen-Orient et des droits humains, l’Eurovision a eu du mal à défendre un principe fondamental : la politique ne joue aucun rôle dans l’événement. » Aucun rôle ?! Permettez-moi de m’écarter un instant des règles élémentaires de la retenue raffinée pour éclater de rire. À quel moment exactement l’Eurovision a-t-elle été un événement où la politique ne jouait aucun rôle ? Il s’agit, après tout, d’un concours entre nations, et non entre chanteurs. Samedi soir, les téléspectateurs européens ne voteront pas pour Noam Bettan (ni pour aucun autre artiste du concours), mais pour « Israël ». Et probablement aussi contre Israël. Difficile de faire plus politique. Et cela a toujours été le cas. Cela n’a pas commencé avec la contestation d’Israël liée à la guerre à Gaza. Tous les habitués de l’Eurovision savent que la Grèce et Chypre voteront l’une pour l’autre, que les pays scandinaves se soutiendront mutuellement et que les États issus de l’ex-Yougoslavie garderont à l’esprit leur histoire commune. Et chacun sait aussi qu’une vaste campagne sera menée contre la participation israélienne. Tout le monde connaît également le poids des différentes diasporas nationales. Les immigrés turcs d’Allemagne voteront pour la Turquie. Les Albanais de Suisse, les Ukrainiens de Pologne et les Arméniens de France feront de même pour leurs patries d’origine et ils influenceront ainsi les résultats. Oui, le plus grand événement culturel annuel d’Europe représente un enjeu majeur pour les artistes participants, qui rêvent tous de suivre les traces d’ABBA, ainsi que pour les chaînes publiques et pour les pays qui espèrent accueillir le concours, afin de bénéficier des retombées publicitaires, d’améliorer leur image et de promouvoir le tourisme. Tout le monde investit donc dans la communication et le marketing. Qu’y a-t-il d’étonnant à cela ? Au final, l’enquête du New York Times repose essentiellement sur trois accusations principales. La première s’appuie sur des informations selon lesquelles « le gouvernement [du Premier ministre] Netanyahu » aurait dépensé un million de dollars en campagnes publicitaires avant l’événement. Il s’agit en réalité d’un montant tout à fait dérisoire. On pourrait même soutenir qu’à un moment aussi sensible, Israël aurait dû investir davantage dans un événement d’une telle ampleur.
La deuxième accusation consiste à affirmer que les États ne devraient pas chercher à influencer la compétition. Je ne sais pas exactement comment se sont formées les alliances régionales bien connues qui apparaissent chaque année sur le tableau des votes de l’Eurovision, mais il semble peu probable qu’Israël soit le seul pays européen à se préoccuper de cette question. En Irlande, par exemple, l’Eurovision est presque aussi populaire qu’en Israël. Ces dernières années, ceux qui se trouvaient au Royaume-Uni dans les semaines précédant le concours ont pu voir, partout dans le pays, d’immenses panneaux d’affichage – financés, bien entendu, à grands frais – exhorter les Britanniques à se souvenir, quand ils voteront, « qui sont leurs voisins ». En quoi cela serait-il différent d’une « campagne destinée à influencer les résultats » ? Il convient également de rappeler, dans ce contexte, qu’en 2022, l’Union européenne de radio-télévision avait conclu que six pays – Saint-Marin, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, le Monténégro, la Pologne et la Roumanie – avaient eu recours à des pratiques de vote « irrégulières » au sein de leurs jurys, suscitant de véritables soupçons de coordination. Les notes de ces jurys avaient été annulées et remplacées par des résultats statistiques. La troisième accusation, et sans doute la plus importante, repose sur le fait qu’Israël a obtenu ces dernières années des scores élevés dans des pays où les sondages montrent pourtant une forte hostilité de l’opinion publique à son égard.
Après une longue enquête, les journalistes du New York Times semblent presque désolés de ne pas être parvenus à démontrer qu’Israël obtenait ces résultats grâce à des méthodes technologiques inappropriées. « Il n’y a aucune preuve qu’Israël, comme l’ont supposé certains fans de l’Eurovision, a utilisé des bots ou d’autres tactiques secrètes pour manipuler le vote », ont-ils écrit. Ils laissent néanmoins cette hypothèse planer sur toute l’enquête comme une possibilité raisonnable, une possibilité qui, compte tenu de ce que beaucoup imaginent du génie technologique israélien, ne saurait être totalement écartée. Eh bien, si. On peut parfaitement l’écarter. Et l’explication est bien plus simple, et bien plus logique. Oui, Israël a de nombreux détracteurs en Europe. Ils descendent dans la rue avant le concours, ils huent les prestations et ils expriment probablement aussi leur hostilité lors du vote. Mais Israël possède également de très nombreux soutiens en Europe et ailleurs dans le monde. Et plus l’attention s’est focalisée ces dernières années sur la participation israélienne et sur les appels au boycott, plus ces soutiens ont probablement ressenti le besoin de voter – le règlement autorise cette année jusqu’à dix votes par personne. Et comme les partisans d’Israël votent vraisemblablement uniquement pour Israël, tandis que ses adversaires dispersent leurs votes entre des dizaines d’autres pays, on aboutit à ce résultat absurde : plus Israël est ostracisé et détesté, plus ses résultats risquent paradoxalement de s’améliorer. C’est vraiment aussi simple que cela.
La chanteuse israélienne Yuval Raphael représentant Israël sur le tapis turquoise à côté de l’hôtel de ville de Bâle lors de la cérémonie d’ouverture du Concours Eurovision de la chanson 2025 à Bâle, Suisse, le 11 mai 2025. (Crédit : Fabrice COFFRINI / AFP)
Ce n’est pas la seule conclusion erronée à laquelle les enquêteurs du New York Times sont parvenus cette semaine au sujet de l’Eurovision. Ils n’ont pas compris non plus que la campagne gouvernementale israélienne, dans la mesure où elle est effectivement financée et menée dans un objectif de hasbara (diplomatie publique), comme ils l’affirment, ne vise pas vraiment à améliorer l’image d’Israël en Europe. Elle ne cherche pas à « blanchir » les prétendus crimes israéliens à Gaza ni à convaincre Monsieur Tout-le-Monde. La campagne israélienne, comme tant d’autres campagnes menées en Israël, est d’abord destinée au public israélien lui-même. Son principal objectif est de prouver aux Israéliens que le monde ne les déteste pas autant que le prétendent les médias hostiles. Le grand danger d’une telle campagne, c’est que si elle réussit et qu’Israël remporte le concours, le pays devra organiser l’Eurovision l’année prochaine. Or personne n’a réellement envie des tensions et de la crise qu’un tel scénario provoquerait. Et c’est pourquoi, samedi soir, Israël fera tout, espérons-le, pour décrocher la deuxième place.    
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