Comment la Chine écrase la concurrence sur le marché de la voiture électrique, aidée par la flambée des prix des carburants.
Les voitures chinoises gagnent du terrain, plus particulièrement en Europe, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine. Les voitures chinoises connaissent un succès fulgurant en Israël, la Chine étant devenue l’un des premiers fournisseurs de véhicules neufs en 2025-2026. BYD (notamment l’Atto 3), MG, Geely et Chery dominent le marché grâce à des prix compétitifs et une forte offre électrique, malgré des restrictions récentes de l’armée pour des raisons de cybersécurité.
Mais peut-on craindre que cette percée ne distance les constructeurs européens, en retard sur l’électrification ?
Une accélération qui a pris le monde par surprise
La conquête a démarré modestement, au milieu des années 2010, dans un pays gigantesque alors en pleine croissance. Pour répondre à une demande explosive, le gouvernement chinois arrose de subventions le secteur automobile, invité à développer par la même occasion des technologies électriques. Une décision plus stratégique qu’environnementale : la Chine dispose d’importantes réserves de charbon et de gaz, avec lesquelles elle peut produire de l’électricité (fortement carbonée), tandis qu’elle importe l’intégralité de son pétrole. « A l’époque, les voitures que font les constructeurs chinois sont plus ou moins des véhicules thermiques adaptés en véhicules électriques, au moins du point de vue du design », se souvient Jamel Taganza, cofondateur d’Inovev, un cabinet spécialiste de l’industrie automobile. « Jusqu’à l’arrivée en Chine de Tesla ».
Après le marché chinois, conquérir le monde.
Si plus d’une nouvelle voiture vendue sur deux en Chine est électrique, la part des ventes de ce type de véhicules a dépassé les 10% dans 39 pays en 2025 (ils n’étaient que quatre en 2019). Et cela en grande partie grâce à l’effort des constructeurs chinois. « A moins que vous n’habitiez aux Etats-Unis », pays fermé aux importations de voitures chinoises, « il y a de grande chance que votre prochaine voiture soit un modèle électrique fabriqué en Chine », a estimé début mai le think tank australien Lowy Institute, notant que de nombreuses marques non-chinoises produisent aussi leurs véhicules électriques dans des usines basées dans l’empire du Milieu. En vertu d’un accord signée avec le Canada, la Chine mettra ainsi cette année près de 50 000 véhicules « made in China » sur le marché canadien : des voitures de marques chinoises, bien sûr, mais aussi des Tesla fabriquées en Chine et qui, ironiquement, seront vendues moins cher au Canada qu’aux Etats-Unis. A l’inverse, des marques chinoises se développent aussi en implantant des usines ailleurs dans le monde, comme au Brésil, et bientôt en Hongrie et en Turquie.C’est en Thaïlande que le géant BYD a ouvert sa première « giga-usine » hors de Chine. Quand, au plus fort de la crise énergétique, le Premier ministre thaïlandais a appelé la population à se convertir à l’électrique, c’est par la vitre de sa berline électrique flambant neuve qu’il s’est adressé à la presse, surprise de le voir délaisser sa Rolls Royce. En Asie du Sud-Est, « les exportations chinoises ont joué un rôle déterminant pour répondre à la nouvelle demande de véhicules électriques grâce à des modèles récents et abordables », explique le cabinet Ember, citant aussi Singapour ou l’Indonésie. « Les pays qui ne disposent pas d’une industrie automobile locale forte, même s’ils sont capables de produire des véhicules, sont ouverts à acheter des véhicules venant de Chine à des prix intéressants », confirme encore Jamel Taganza. Au Brésil, où 99% des voitures électriques et hybrides vendues l’année dernière étaient chinoises, selon des chiffres de Bloomberg Intelligence cité par l’ONG Transport & Environnement(Nouvelle fenêtre), l’expert reconnaît que « si ce marché vient à s’électrifier de manière très significative d’ici 2050, les constructeurs allemands auront beaucoup de mal à rattraper l’hégémonie que certains constructeurs chinois, comme BYD, auront pu installer pendant ce temps-là sur l’électrique ». Pour autant, « nous ne sommes pas dans un scénario de raz de marée des constructeurs chinois qui balayent tout le monde », tempère-t-il. A l’horizon 2030, les analyses d’Inovev tablent plutôt sur une part de marché de 10 à 11% pour les constructeurs chinois sur les véhicules neufs en Europe.« On veut trop souvent simplifier les choses en parlant des constructeurs chinois comme d’un groupe uniforme, qui partage une stratégie commune, mais c’est très loin d’être le cas. »
Jamel Taganza, cofondateur du cabinet Inovevà franceinfo
L’industrie européenne reste solide
L’hégémonie chinoise sur le segment de l’électrique n’interdit pas aux constructeurs historiques de rester dans la course, voire à de nouveaux acteurs d’émerger. Créé en 2017 au Vietnam, le groupe automobile VinFast domine les ventes de véhicules électriques dans le pays, tandis que l’Indien Tata se place aussi en tête à domicile. « Grâce au principe de l’éco-score, qui pénalise les véhicules fabriqués en Chine, dont l’empreinte carbone est plus importante, le marché de l’électrique en France est dominé par des modèles produits en France et en Europe », pointe Bastien Gebel, spécialiste de la décarbonation du secteur automobile de Transport & Environnement. Il cite le succès de modèles de Renault, Peugeot ou Citroën, juste derrière la Tesla Y. Une Américaine, certes, mais fabriquée en Allemagne. A l’inverse, « en Espagne ou en Italie, on trouve la petite citadine de BYD dans le top 3 des véhicules électriques les plus vendues. Ce qui montre bien qu’il existe des leviers à activer pour protéger son marché intérieur tout en encourageant la transition vers l’électrique ».Cette fois, c’est la Chine qui dispose des technologies, et le reste du monde, d’attrayants marchés. Pour Bastien Gebel, l’un des enjeux est donc de développer le cadre réglementaire à travers lequel ces relations seront « véritablement bénéfiques à tous, aux constructeurs européens comme à la main-d’œuvre locale ». En Malaisie, le géant chinois BYD a cependant suspendu fin mars son projet d’implantation d’une usine sur le territoire, refroidi par les conditions demandées par le gouvernement local, soucieux de protéger le groupe automobile national. En Europe, les Vingt-Sept disposent d’arguments et d’atouts bien plus solides, rassure Jamel Taganza. L’expert souligne la solidité de l’industrie automobile européenne, sa capacité de rebond, et l’implantation partout dans le monde de mastodontes tels que Volkswagen, Renault ou Stellantis.« A l’image de ce qu’il s’est passé à la fin des années 90, quand les constructeurs européens se sont implantés sur le marché chinois et ont partagé leurs technologies avec leurs partenaires, il est nécessaire de travailler avec les constructeurs chinois pour apprendre de leurs méthodes et bénéficier des technologies qu’ils ont développées. »
Bastien Gebel, spécialiste de la décarbonation du secteur automobile chez Transport & Environnementà franceinfo
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