Le conflit en mer Rouge affecte l’une des routes commerciales les plus importantes du monde, et risque de compromettre plus de 40 % des échanges entre l’Asie et l’Europe.

Alors que le Royaume-Uni et les États-Unis ciblent les sites des Houthis, les tensions augmentent dans la mer Rouge et laissent entrevoir le risque d’une crise généralisée qui pourrait menacer la reprise économique mondiale. Dans un tel scénario, l’Europe et ses habitants pourront s’attendre à une augmentation des coûts de l’énergie, à des retards dans les livraisons et à un retour de l’inflation entraînant des taux d’intérêt plus élevés et plus durables.

Ce qui se passe en mer Rouge.

Les problèmes ont commencé lorsque les Houthis, un groupe yéménite soutenu par l’Iran, ont commencé à prendre pour cible les navires commerciaux en raison des tensions actuelles au Moyen-Orient entre les Palestiniens et Israël. À ce jour, les Houthis ont lancé 27 attaques contre des navires traversant cette importante voie maritime internationale.

Le Royaume-Uni et les États-Unis ont lancé une offensive aérienne en représailles, le président américain Joe Biden ayant ordonné les frappes « en réponse directe aux attaques sans précédent des Houthis contre des navires maritimes internationaux en mer Rouge« . Les forces de la coalition ont visé plus de 16 villes et frappé 60 cibles, selon les rapports officiels.

L’implication des États-Unis, du Royaume-Uni et des forces de la coalition a transformé ce qui était une crise régionale en une crise mondiale. Les États-Unis ont critiqué l’Iran pour son soutien envers les Houthis.

Si cette situation s’aggrave, l’économie mondiale, y compris celle de l’UE, risque de subir des pertes considérables.

L’Europe pourrait subir une hausse des prix de l’énergie.

Les prix du carburant ont déjà augmenté en raison des tensions, le prix du baril de pétrole Brent ayant atteint le palier symbolique des 80 $ (73,12 €). La mer Rouge représente 12 % du commerce maritime mondial de pétrole et 8 % du gaz naturel liquéfié (GNL).

Selon les chiffres officiels, la quantité de pétrole brut passant par le canal de Suez a augmenté de 60 % depuis 2020, l’Europe ayant enregistré une hausse de la demande par rapport aux niveaux les plus bas de la pandémie de COVID-19.

Par ailleurs, l’Europe importe plus de pétrole des producteurs du Moyen-Orient via le canal de Suez depuis que l’UE a imposé des sanctions à la Russie en raison du conflit en Ukraine.

Selon l’analyste de données sur le fret Vortexa, un détour résultant des perturbations de la mer Rouge pourrait entraîner une augmentation de 58 % à 129 % du temps de voyage nécessaire aux pétroliers sur les routes maritimes principales, y compris de l’Inde vers l’Europe et du Moyen-Orient vers l’Europe.

Perturbations de la chaîne d’approvisionnement

Plus de 15 % du trafic maritime mondial passe par la mer Rouge, ce qui en fait l’une des voies navigables stratégiques les plus importantes au monde. Quelque 123,5 millions de tonnes de marchandises ont été échangées via la mer Rouge et plus de 22 000 navires l’ont traversée en 2022, selon les derniers chiffres. Dans l’ensemble, 12 % des volumes commerciaux mondiaux empruntent cette voie.

Toutefois, en raison des perturbations, les entreprises de transport maritime du monde entier utilisent un itinéraire plus long, évitant la mer Rouge et passant par le cap de Bonne-Espérance. Il en résulte une hausse des tarifs de transport, le coût par conteneur ayant augmenté de 5 000 $ (4570 €) à 8 000 $ (7312 €), soit entre deux et cinq fois plus que le tarif normal pour cette période de l’année. En outre, le détour ajoute environ 10 jours ou 3 500 milles nautiques à la distance habituelle, ce qui a entraîné une augmentation des primes d’assurance. Selon Xeneta, les taux de fret entre l’Extrême-Orient et l’Europe du Nord ont augmenté de 124 %.

En conséquence, tous les biens et marchandises transportés par conteneur arriveront non seulement en retard à leur destination, mais leur prix reflétera désormais cette augmentation des coûts. Cela se traduira par des prix plus élevés dans les magasins, ce qui, à son tour, entraînera une augmentation globale de l’inflation.

Inflation et maintien de taux d’intérêt élevés.

Selon Allianz Trade, les perturbations pourraient entraîner une hausse de 0,7 % de l’inflation en Europe, ce qui pourrait retarder davantage le rebondissement après un grave ralentissement économique dans la région. Cela pourrait également contraindre la Banque centrale européenne (BCE) à maintenir les taux d’intérêt à un niveau plus élevé pendant plus longtemps afin que les efforts qu’elle a déployés jusqu’à présent pour lutter contre l’inflation ne s’essoufflent pas. La BCE a relevé ses taux à dix reprises consécutives.

Des taux d’intérêt plus élevés exercent des pressions sur les entreprises et contribuent à décourager la poursuite de l’activité économique – laquelle a déjà été réduite tout au long de 2023, comme l’indique l’indice PMI de la zone euro qui s’établit à 43,8, suggérant que la production a chuté pendant huit mois consécutifs.

Les perspectives d’inflation en Europe se sont récemment améliorées, mais il reste encore beaucoup à faire. En Allemagne, l’inflation des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 3,8 % en décembre, contre 2,3 % en novembre. La France a également enregistré une hausse de l’IPC, qui s’élevait à 4,1 % en décembre, contre 3,9 % en novembre.

Une augmentation des prix de l’énergie et des perturbations de la chaîne d’approvisionnement sont susceptibles d’aggraver les préoccupations économiques actuelles des pays européens. Cela signifie que les tensions en mer Rouge peuvent avoir de graves conséquences pour l’Europe en particulier et le monde en général.

EURONEWS.

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