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Un article remarquable de Calev Ben-David, présentateur de la chaîne anglaise d’i24NEWS.

L’emplacement stratégique d’Israël en fait un point de transit précieux pour les exportations du Golfe.

Selon une vieille blague que les Israéliens aimaient raconter: si Moïse avait seulement tourné à droite (sud) au lieu de tourner à gauche (nord) lorsqu’il a conduit les Israélites hors d’Égypte, nous nous serions retrouvés avec du pétrole au lieu d’oranges.

Cette boutade est devenue obsolète en 2009, lorsqu’Israël a découvert le gisement de gaz naturel Tamar au large de la côte méditerranéenne, puis le Leviathan un an plus tard.

Avec un gisement combiné estimé à 690 milliards de mètres cubes de gaz, Israël a plus qu’assez de carburant pour être autosuffisant pendant des décennies, et commencer à exporter vers les voisins régionaux que sont l’Égypte, la Jordanie et l’Autorité palestinienne.

Ainsi, lorsqu’Israël a signé les accords d’Abraham avec les Émirats arabes unis et Bahreïn, l’importation de carburant du Golfe pour lui-même ne faisait pas partie de l’équation économique.

Mais la situation stratégique d’Israël, dont une partie de la côte fait face à la Méditerranée orientale et dont le port d’Eilat, au sud, est situé sur le golfe d’Aqaba de la mer Rouge, en fait potentiellement un point de transit extrêmement précieux pour expédier les exportations énergétiques du Golfe vers l’Europe et au-delà.

Dans les jours qui ont suivi les accords, un consortium de sociétés israéliennes et émiraties a signé un accord pour expédier du brut du Golfe à Eilat et utiliser le pipeline existant appartenant à l’Europe Asia Pipeline (EPAC) qui le relie au port méditerranéen d’Ashkelon.

L’EPAC aurait même discuté avec des responsables de la possibilité future de construire un pipeline qui acheminerait le carburant directement du Golfe vers Israël, via l’Arabie saoudite et la Jordanie.

Ces projets ambitieux se sont rapidement heurtés à une opposition. Pour les responsables israéliens, les propositions soulevaient des préoccupations environnementales, notamment la pollution des eaux d’Eilat et la crainte de catastrophes telles que la marée noire de 2014 de l’oléoduc Eilat-Ashkelon qui a causé de graves dommages écologiques dans le désert du Néguev.

L’actuelle ministre israélienne de l’Énergie, Karen Elharrar, est entrée en fonction en jurant de mettre fin à tout nouveau développement de projets de combustibles fossiles, et l’année dernière, elle a annoncé sa ferme opposition à la proposition de l’APEC, y mettant essentiellement fin.

Il se pourrait bien que le véritable avenir de la coopération énergétique entre Israël et les EAU ne réside pas dans les combustibles fossiles, mais dans des sources alternatives de carburant plus propres. Les deux pays sont des innovateurs de premier plan dans ce domaine, notamment en ce qui concerne les initiatives qui tirent parti du climat ensoleillé tout au long de l’année.

Par exemple, l’année dernière, Israël et la Jordanie ont signé un accord historique sur l’énergie solaire et l’eau, négocié par les Émirats arabes unis. Cet accord prévoit qu’Israël achète de l’électricité provenant d’un immense champ solaire construit en Jordanie par une entreprise émiratie, en échange d’eau produite par une usine de dessalement israélienne.

Lors de la signature de l’accord à l’Expo 2020 de Dubaï, Mme Elharrar a déclaré qu’il s’agissait exactement du type de coopération régionale qu’elle souhaitait voir émerger des accords d’Abraham.

Mais les projets visant à amortir les nouveaux développements dans le domaine des combustibles fossiles ont été bouleversés par la crise ukrainienne, qui a entraîné l’arrêt des exportations de pétrole et de gaz russes vers l’Europe. Pour compenser la perte du carburant russe, l’Europe s’est tournée vers la Méditerranée orientale, y compris Israël.

Afin de répondre à cette demande, Mme Elharrar est brusquement revenue en mai sur sa précédente opposition au développement de l’énergie offshore et a demandé à son ministère de préparer le lancement d’une nouvelle série d’appels d’offres pour des licences d’exploration de gaz naturel dans la zone économique exclusive d’Israël.

Le 15 juin, Mme Elharrar s’est jointe à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et aux responsables égyptiens de l’énergie au Caire, pour signer un accord historique en vertu duquel Israël enverra son gaz naturel en Égypte via le gazoduc du Sinaï (qui, il y a dix ans, acheminait le gaz égyptien en Israël), où il sera liquéfié dans deux usines GNL sous-utilisées, puis expédié en Europe.

Lors de ses entretiens avec des responsables israéliens, Mme Von der Leyen a également parlé de manière encourageante d’un projet longtemps considéré comme économiquement et politiquement problématique, à savoir la construction d’un gazoduc reliant les eaux israéliennes au continent européen, ce qui permettrait à Israël et aux autres parties prenantes des champs gaziers de la Méditerranée orientale, notamment l’Égypte, Chypre, la Grèce, la Turquie et peut-être même le Liban, d’expédier du carburant directement en Europe. Mais même les estimations les plus élevées des réserves de gaz en Méditerranée orientale sont loin de compenser les exportations russes vers l’Europe.

Pour combler ce déficit, l’Europe devra probablement se tourner vers le Golfe – et l’on peut se demander si la perspective de créer une voie d’approvisionnement directe entre ces deux régions ne va pas relancer la perspective d’utiliser Israël comme point de transit clé, via les gazoducs existants ou même la création d’un nouveau gazoduc.

La crise ukrainienne a fait prendre conscience au monde, et en particulier à l’Europe, que si elle espère atteindre l’objectif de la feuille de route énergétique 2050, à savoir des émissions nettes de carbone nulles, les combustibles fossiles resteront indispensables pendant trois décennies. Et pour répondre à ce besoin, il faudra peut-être que la vision d’un pipeline Golfe-Israël soit plus qu’une chimère.

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