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Aux quatre coins du monde, les espions se plaisent à se retrouver dans des lieux emblématiques, propices aux discussions feutrées comme aux rencontres impromptues. Intelligence Online explore cette semaine l’hôtel témoin de tous les soubresauts israélo-palestiniens où les maîtres-espions gravitent en coulisses, le King David de Jérusalem. (ww.intelligenceonline.fr)

L’hôtel King David de Jérusalem est construit en grès rose des carrières de Hébron et est considéré comme un des meilleurs hôtels d’Israël. Ouvert en 1931, il a été gravement endommagé en 1946 par un attentat meurtrier de l’Irgoun. Reconstruit et rénové, il fait partie des hôtels de luxe d’Israël.

En 1929, la famille Mosseri, des Juifs égyptiens, décide de construire à Jérusalem un hôtel de luxe au standard occidental, mais gardant un certain charme oriental pour les voyageurs fortunés et les diplomates. Elle acquiert un terrain sur le chemin de Julien qui deviendra plus tard la rue du Roi David (King David Street).

Elle fait appel à des architectes suisses, Emil Vogt pour le bâtiment et J.P. Hoffschmidt pour l’aménagement intérieur.

Le bâtiment possède quatre étages de chambres au-dessus de la réception, et deux étages en sous-sol.

L’hôtel, de forme rectangulaire avec une balustrade crénelée encerclant le toit plat, rappelle les murs de la Vieille ville visible de l’hôtel. L’intérieur doit « évoquer de façon nostalgique l’ambiance de la glorieuse période du Roi David. » Le rez-de-chaussée avec un plafond très haut est décoré de couleurs et de motifs copiés des fouilles des palais de Ninive et de Babylone. Le sol est en marbre à deux couleurs qui rappelle les anciens palais. Même les colonnes dans la réception sont conçues dans le même style et parées de couronnes de style assyrien, hittite et phénicien. Les murs des chambres du premier étage sont décorés de motifs de grenades, de feuilles de vigne et d’étoiles de David.

L’hôtel ouvre en 1931 et reçoit de nombreuses têtes couronnées telles que l’impératrice douairière de Perse, la reine-mère Nazli d’Égypte et le roi Abdallah Ier de Jordanie. Il sert d’asile à trois monarques déchus ayant réussi à quitter leur pays: Alphonse XIII d’Espagne, forcé d’abdiquer en 1931, l’empereur Hailé Sélassié Ier d’Éthiopie, fuyant les troupes italiennes en 1936 et le roi Georges II de Grèce qui établit son gouvernement en exil à l’hôtel après avoir fui l’occupation de son pays par les nazis.

Pendant le mandat britannique sur la Palestine, la totalité de l’aile sud du bâtiment ainsi que deux étages du bâtiment central deviennent le centre administratif et militaire des autorités britanniques établies à Jérusalem.

Le , vers midi, des membres de l’organisation terroriste juive Irgoun, déguisés en Arabes, s’introduisent dans le sous-sol de cet hôtel, déposent les engins explosifs dissimulés dans des pseudo-jarres de lait et font sauter vers 12 h 30 l’aile sud de l’hôtel abritant le service britannique gérant la Palestine au vu du mandat reçu de la Société des Nations en 1922 (British Mandate Secretariat), le commandement militaire britannique en Palestine (Army Head quarters in Palestine) et la division de la police judiciaire britannique (Criminal Investigation Department) établis à Jérusalem.

Le bilan est lourd : quatre-vingt-onze personnes sont tuées, qui étaient présentes à ce moment-là au sein de l’hôtel : 28 Britanniques, 41 Arabes, 17 Juifs et 5 nationaux d’autres pays. 46 personnes sont plus ou moins grièvement blessées.

L’attaque a été coordonnée par Menahem Begin, le chef de l’Irgoun, qui deviendra plus tard ministre en 1967 puis premier ministre d’Israël à compter de 1977. L’attaque est dirigée par Yosef Avni et Yisrael Levi.

En 1957, la famille Federman rachète l’hôtel et reconstruit l’aile détruite, rajoute deux étages supplémentaires et le rénove complètement intérieurement pour le remettre aux nouvelles normes de standing. L’hôtel possède 200 chambres et est membre de l’association des hôtels de luxe « The Leading Hotels of the World ».

De très nombreuses personnalités étrangères, du monde du spectacle ou de la politique séjournent régulièrement à l’hôtel.

En 1977, lors de son premier séjour en Israël, le président égyptien Anouar el-Sadate réside à l’hôtel et de nombreuses réunions se tiennent dans les différentes salles entre diplomates égyptiens et diplomates israéliens, conduisant au processus de paix entre l’Égypte et Israël.

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