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Après le Parlement européen, la chambre des Communes, le Congrès américain, après le Bundestag, ce sera donc dimanche au tour des élus du parlement israélien d’entendre le plaidoyer du président de l’Ukraine.

Pascale Zonszain.

Ce ne sera pas dans l’enceinte de la Knesset que les députés écouteront le discours de Volodymyr Zelensky, mais depuis l’écran de leur ordinateur, puisque l’assemblée, actuellement en vacances, est aussi fermée pour des travaux de rénovation. Les élus israéliens ne peuvent faire moins que leurs collègues européens, canadiens ou américains, mais dans le même temps, la position d’Israël dans ce conflit oblige à la prudence. La première crainte de Jérusalem était que Vladimir Poutine demande lui aussi à s’exprimer devant la Knesset. Ce qui n’a pas été le cas.

Mais c’est aussi le contenu du discours de Zelensky qui préoccupe le gouvernement israélien. Le président ukrainien a déjà fait la preuve de ses talents d’orateur et de communicant. L’ancien acteur maitrise parfaitement tous les ressorts de la rhétorique. Il sait aussi s’adapter à son public, en parlant de la Shoah et du Rideau de fer devant le parlement allemand, ou en évoquant Pearl Harbour et le 11 septembre devant le Congrès américain. Volodymyr Zelensky sait exactement sur quelle corde sensible jouer pour identifier ses auditeurs au drame de son pays et réveiller leurs émotions, et qu’ils deviennent ainsi à leur tour les messagers de l’Ukraine auprès de leurs gouvernements respectifs. En amenant les élus américains au bord des larmes, il savait qu’il augmenterait ainsi la pression sur le président Biden, qui a effectivement dû aussitôt défendre sa politique de non intervention militaire et détailler par le menu toute l’assistance qu’il avait fournie à l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe.

A Jérusalem, on se doute que Zelensky va renouveler l’exercice, en convoquant comme à Berlin, la mémoire de la Shoah, mais aussi probablement en rappelant aux Israéliens toutes les guerres et les souffrances qu’ils traversent depuis des décennies, sans oublier pour faire bonne mesure, la menace d’annihilation que fait peser l’Iran sur leur existence. Et bien sûr les liens historiques entre l’Ukraine et Israël, dont plusieurs des fondateurs étaient effectivement originaires de son pays, même si avant la Révolution, aucun des Juifs de Kiev, Lvov ou Odessa, n’aurait songé à se définir comme ukrainien. Mais tous les éléments seront réunis pour que les élus de la Knesset fassent à leur tour pression sur leur gouvernement, pour qu’il se décide à envoyer l’aide militaire de défense que réclame le chef de l’Etat ukrainien. Sans oublier le sort des réfugiés ukrainiens non juifs, qu’Israël accueille dans des conditions limitées.

Si les titres de la presse israélienne de lundi prochain sont donc déjà pratiquement écrits, Naftali Bennett sait aussi que l’intervention de Volodymyr Zelensky ne va pas lui simplifier la tâche. Le Premier ministre israélien, désormais considéré comme le principal médiateur entre Kiev et Moscou, ne peut poursuivre sa mission qu’en maintenant sa ligne de prudence entre les deux camps. De surcroit, il ne peut pas prendre une position qui irait contre celle des Etats-Unis, son premier allié stratégique. Huit mois après son arrivée au pouvoir, le Premier ministre israélien est propulsé sur la scène internationale dans un rôle qu’il n’avait pas prévu et qu’il doit apprendre au jour le jour.

Pascale Zonszain.

Radio J.

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