Partager :

Dans le récent « Pouvoir et beauté « , François Hourmant montre toute l’importance du physique et des apparences dans la vie politique contemporaine. « L’homo politicus est devenu un homo aestheticus, un entrepreneur esthétique désireux de plaire et de séduire ».

En Israël l’apparence politique n’est toujours pas d’une importance capitale. Une exception : le ministre israélien du Tourisme Yoel Razvozov qui a fait sensation en publiant des photos en maillot à la plage.

Les députés à la Knesset ne sont pas particulièrement à leur look. Bibi Netanyahou a été le premier politicien israélien à investir des montants élevés pour son maquillage. Le (jeune) Ministre des sports israélien (1), que nous avons rencontré cette semaine à Jérusalem, est semble t-il très attentif a son look sportif. (Youval Barzilaï).

(1) Ministre de la Culture et des Sports : Chili Tropper (Bleu-Blanc). Yehiel Moshe « Hili » Tropper est un éducateur, travailleur social et homme politique israélien qui est actuellement ministre de la Culture et des Sports et député à la Knesset pour le Bleu et blanc.

Selon L’Express :

« Alors que la guerre en Ukraine est aussi une guerre des images, l’universitaire décrypte les mises en scène viriles, les transformations physiques et l’isolement de Vladimir Poutine, qui contrastent avec l’héroïsme en mondovision de son adversaire Volodymyr Zelensky.

L’Express : Dans Pouvoir et beauté, vous décrivez comment la « masculinité offensive » reste une norme en politique. Vladimir Poutine, qui aime se mettre en scène en train de pêcher et chasser torse nu, ou en s’adonnant à la musculation, en est-il une caricature ?

François Hourmant : De nombreuses photos ont circulé mettant en scène le corps viril de Vladimir Poutine, pêchant ou chassant torse nu, nageant dans une eau glaciale. On l’a aussi vu, ceinture noire de judo, vaincre ses adversaires sur les tatamis. Ces clichés sont révélateurs d’un imaginaire politique qui associe étroitement autorité et virilité. Cette forme de masculinité offensive est sans doute plus exacerbée en Russie que dans le monde occidental. On n’imagine pas Emmanuel Macron se mettre en scène de la même manière. Dans l’élite française, on met plutôt en avant son côté lettré ou une silhouette svelte et amincie, plutôt que l’exhibition d’une musculature avantageuse et d’une plastique testostéronée. Mais chez Vladimir Poutine, c’est vraiment une forme de virilité mascarade, surjouée et surexposée.

Cela se comprend par sa trajectoire biographique. Vladimir Poutine est né en 1952, juste avant la mort de Staline. Il a été élevé dans les valeurs du soviétisme, subissant tout le travail de propagande idéologique du communisme, un façonnement aussi mental que corporel. Et, de surcroît, il a été lieutenant-colonel du KGB. Toute sa posture martiale est héritée de cet apprentissage. Son passé militaire induit un rapport au corps marqué par la force et par une violence perceptible. Ce registre corporel est aussi cohérent avec les valeurs défendues par le président russe, et sans doute partagées par une partie de la population de son pays.

Vladimir Poutine, c’est aussi et avant tout un visage figé, sans rides malgré ses 69 ans. Il a été beaucoup question d’un abus de chirurgie esthétique, entre Botox ou lifting, notamment après des apparitions publiques où il avait le visage boursouflé…

On parle bien sûr au conditionnel, car la transparence n’est pas la règle avec lui. En 2010, il était apparu avec un visage tuméfié, dû sans doute à des injections de Botox. Il semble aussi avoir subi des opérations chirurgicales sur le front, les paupières ou les joues. Cela a gommé les rides, mais aussi figé ses traits. Il y a eu un glissement progressif vers un double monstrueux de lui-même. Le résultat est assez ambivalent. Il joue la carte d’une virilité exacerbée, mais en même temps, il y a, dans ce visage botoxé, avec des joues rondes, une forme de féminité paradoxale ».

 

Partager :