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Le nouveau Campus Cyber français, inauguré le 15 février dans le quartier de la défense, près de Paris, a été imaginé sur le modèle israélien du Cyber Spark. Il repose sur une proximité entre les entreprises privées et les agences d’État.

Depuis 2014, dans le désert du Néguev, Israël cherche à réunir au sein d’un même lieu les entreprises privées, les chercheurs et les militaires dédiés à la cybersécurité. Construit près de l’université Ben-Gourion, dans la ville de Beersheva, et soutenu par l’agence publique de cybersécurité, le Cyber Spark israélien a été un des modèles ayant inspiré le Campus Cyber à la française inauguré par le ministre de l’économie Bruno Le Maire le 15 février, dans une tour du quartier de La Défense.

Dans son rapport remis au premier ministre en 2019, Michel Van Den Berghe, géniteur du Campus Cyber, prenait le Cyber Spark pour modèle, vantant son rôle de vitrine pour les investisseurs étrangers.

Le Cyber Spark peine à attirer les salariés.

Huit ans après son lancement, toutefois, les résultats sont mitigés. Cyber Spark a grandi. Au départ, il tenait dans un seul bâtiment, et il en occupe aujourd’hui quatre, reliés à l’université par des ponts aériens. Mais le complexe peine à attirer les entreprises et les talents. On ne compte que 3 000 employés sur place, sur les 30 000 prévus au départ. Cela s’explique par l’emplacement, en plein milieu du désert et loin des attraits de la métropole côtière de Tel-Aviv.

Pourtant, le bilan reste positif, selon Yaniv Harel, qui, en tant que directeur général du groupe cybersolutions pour Dell-EMC, s’est installé sur place dès le début. « On ne peut pas tout juger sur les chiffres », explique-t-il, en vantant l’esprit de camaraderie et d’innovation qui existe à Cyber Spark. « Créer quelque chose comme cela de toutes pièces, c’est un vrai défi », prévient-il. « On ne peut pas fabriquer une Silicon Valley artificiellement, cela prend du temps. »

Il cite la création d’un incubateur et d’un nouveau pôle dédié à la sécurité des entreprises du secteur financier. Et il regarde aussi vers l’avenir : « Il y aura un changement quand les unités techniques du renseignement militaire déménageront définitivement ici. » Plusieurs bases militaires sont en effet en construction. Elles devraient accueillir près de 20 000 soldats spécialisés dans la cyberdéfense d’ici à 2026.

Les unités d’élite de l’armée conduisent à des emplois prisés.

En Israël, l’armée est tout à la fois un vivier de compétences et un lieu où se constituent des réseaux qui comptent. La compétition est féroce pour faire son service dans les unités d’élite, fleuron de la high-tech israélienne. Elles offrent la garantie d’un futur emploi à responsabilité, parfois même avant sa démobilisation. L’esprit de corps acquis pendant ce passage obligatoire est omniprésent dans le secteur. Il s’exporte aussi, et s’entretient.

Israël a très tôt fait le pari de créer une économie de l’innovation en misant sur la proximité entre l’armée et le secteur privé. C’est la raison principale pour laquelle ce petit pays de 9 millions d’habitants est aujourd’hui un des leaders mondiaux dans la cybersécurité.

Israël fait en tout cas tout pour cela : deuxième exportateur mondial de produits cyber, pour 6,85 milliards de dollars en 2020 selon l’Autorité nationale de cybersécurité, le pays capte 41 % des investissements mondiaux du secteur – et un volume record de 3,4 milliards sur le premier trimestre 2021. Avec près de 450 entreprises actives et 13 licornes dont sept créées au premier semestre 2021, la « start-up nation » originelle connaît une nette accélération de son économie du cyber. Elle bénéficie assurément de la numérisation à marche forcée qu’ont connue les sociétés occidentales à la faveur de la pandémie.

Le Cyber Spark est la concrétisation de cette logique de vases communicants bien rodée, une réalité qui sera peut-être difficile à reproduire en France.

Nicolas Rouger, correspondant en Israël  avec www.la-croix.com et www.lesechos.fr
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