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Mardi dernier, lors d’un « dîner des protestants », Emmanuel Macron s’est prononcé sur la question de nommer ou pas Alfred Dreyfus général à titre posthume. « Appartient-il au président de la République de faire de Dreyfus un général, aujourd’hui ? Ma réponse de principe serait non », a d’abord répondu le chef de l’Etat, interrogé par le grand rabbin de France Haïm Korsia sur cette manière de « réparer » l’affaire Dreyfus.

« Pour une première raison, qui serait d’éviter les ennuis », a-t-il souri. « Pour une deuxième, plus profonde, qui est qu’on ouvrirait alors une possibilité au président de la République de restaurer ou dégrader quiconque en fonction des temps. Parce que j’aurais demain des demandes de tel ou tel pour dégrader des généraux qui ont participé à la colonisation ou à telle ou telle guerre. » « Le grand risque, c’est de revisiter la hiérarchie militaire ou l’histoire, avec le regard d’aujourd’hui », a poursuivi le chef de l’Etat, au cours d’une séance de questions-réponses avec la salle.

Mais Emmanuel Macron a aussi jugé ce cas « singulier ». « La difficulté avec le cas Dreyfus, c’est que vous appuyez votre propos sur une réalité irréfutable qui est de reconstituer la carrière qu’on a suspendue », a-t-il dit.

« Quand la haine sort de son lit dans une société, elle met du temps à y revenir, il suffit de voir les années que Dreyfus a vécues après : interdit de participer à la panthéonisation de Zola, on lui tire dessus et on blanchit l’auteur du tir », a-t-il relevé.

Cependant, Emmanuel Macron a estimé que ce n’était pas au président de la République de prendre une telle décision. « Mais c’est sans doute l’institution militaire, dans un dialogue avec les représentants du peuple français, qui peut le faire, plus que le président comme une décision souveraine, comme un fait du prince. Je pense que ce serait inapproprié. Mais in pectore (dans mon cœur), il l’est, le chef des armées que je suis peut vous le dire », a-t-il conclu.

En juillet 2019, la ministre des armées Florence Parly avait ouvert la porte à une promotion d’Alfred Dreyfus. « Cent vingt ans plus tard, il est encore temps que les armées redonnent à Alfred Dreyfus tout l’honneur et toutes les années qu’on lui a ôtés. Et j’y veillerai personnellement », avait-elle dit. Le député LR Eric Ciotti, s’était ensuite dit favorable à sa promotion au grade de général.

Ce même mardi, Emmanuel Macron a inauguré le musée Alfred-Dreyfus ouvert dans la Maison Zola à Médan (Yvelines) puis a participé à un dîner de bienfaisance organisé par un réseau d’entrepreneurs protestants. Le président de la Fédération protestante de France François Clavairoly y a défendu des valeurs comme l’accueil des étrangers et le partage des richesses.

Source : Le Monde

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