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Par Ilana Ferhadian (Copyrights). C’était il y a 123 ans, la naissance le 3 mai 1898 d’une grande dame de la scène politique israélienne. Restée dans la mémoire collective comme étant l’un des personnages fondateur de l’État Juif : Golda Méir. Premier ministre de l’Etat d’Israël de 1969 à 1974. Elle est celle qui représente l’accomplissement du rêve sioniste et socialiste. Grandement estimée par ses pairs, et notamment par David Ben Gourion qui disait d’elle qu’elle était « le seul homme de son gouvernement ». Mais alors quelle est son histoire ? Et par quoi est marqué son mandat ?

Portrait de celle que l’on a surnommée, tantôt comme Margaret Thatcher « la Dame de Fer », tantôt « la grand-mère » de l’Etat d’Israël.

Golda Meir, née Mabovitch, voit le jour à Kiev en Ukraine au cœur de l’Empire russe, dans une famille nombreuse. Golda est la septième des huit enfants de Blume Neiditch et de Moshe Mabovitch, un modeste menuisier.

 

Voyant la montée de l’antisémitisme, et pour fuir les pogroms qui s’intensifient contre les juifs dans le pays, Mabovitch choisit d’émigrer vers les États-Unis en 1903 et de s’installer dans le Wisconsin, à Milwaukee, où sa famille le rejoint 3 ans plus tard, en 1906.

Les parents de la petite Golda Mabovitch ne sont pas vraiment pratiquants, mais d’avantage traditionalistes. En Ukraine, son père militait autrefois dans des cercles sionistes et socialistes clandestins. Golda Meir reçoit donc cet héritage juif et une éducation sioniste. Mais à l’âge de 14 ans, ses parents souhaitent la marier, mais inconcevable pour Golda qui souhaite, elle, poursuivre des études supérieures pour devenir enseignante. Rebelle, elle quitte la maison de ses parents et rejoint sa sœur Sheyna à Denver. Là-bas, à 19 ans, elle rencontre un certain Morris Meyerson (Méirson), un jeune peintre d’affiches qu’elle épouse le 24 décembre 1917.

Golda Méir, le départ en Israël

Ce qu’il faut dire c’est que la jeune femme n’a vraiment pas la langue dans sa poche. Elle participe alors à de nombreuses réunions politiques, au cours desquelles elle prend la parole pour défendre un sionisme socialiste. Elle organise notamment des manifestations et rejoint le mouvement marxiste sioniste Poale Zion.

Et cet engagement va se concrétiser, en 1921, puisque Golda, son mari et sa sœur Sheyna font leur alya, direction la Palestine encore sous mandat britannique. À leur arrivée, ils rejoignent le kibboutz Merhavia, situé au nord d’Israël. Leur vie est agricole : faite d’arbres à planter, de cuisine et de travaux de la ferme. Ce qui n’empêche pas Golda Méirson de voir plus loin. Elle est alors choisie par son kibboutz comme représentante auprès du syndicat de la Histadrout, soit l’ancêtre du Parti travailliste. Une vie difficile, particulièrement pour son mari qui n’arrive pas à supporter la vie en communauté. Et donc, très rapidement, Golda et son mari quittent le kibboutz, et déménagent à Tel Aviv, puis à Jérusalem. Deux enfants naîtront là-bas : Menahem, né en 1924 et Sarah née en 1926.

En 1928 Golda Méirson choisit de retourner seule avec ses enfants à Tel Aviv, où elle occupe le poste de Secrétaire générale du Conseil ouvrier féminin de la Histadrout, avant de devenir membre de son Comité exécutif en 1934. Pendant ce temps, son mari, lui, reste à Jérusalem. Il y restera d’ailleurs jusqu’à sa mort d’ailleurs, en 1951, le couple étant séparé depuis 1940 mais n’ayant jamais divorcé ! L’occasion pour Golda de s’imposer d’avantage, elle qui prend de plus en plus de place sur la scène politique, alors que nous sommes dans les prémices de la création de l’Etat d’Israël. Son engagement aux côtés de David Ben Gourion est important. Ensemble, ils fondent le parti Mapai.

La fondation de l’État d’Israël

C’est le début d’une vraie carrière politique. En 1938, Golda Méirson est nommée « observateur juif de Palestine » à la conférence d’Évian, et en 1940, elle devient directrice du département politique de la Histadrout. Golda lutte pendant 10 ans, contre le « livre blanc » britannique, l’Angleterre qui souhaite alors de limiter l’immigration juive sur la terre sainte. Elle participe alors largement à l’organisation de l’immigration juive illégale vers la Palestine mandataire. En 1946, elle échappe de surcroît à la vague d’arrestation lancée par les autorités mandataires britanniques à l’égard des leaders du mouvement sioniste. C’est à ce moment là qu’elle joue alors un rôle de négociateur entre les autorités britanniques et les groupes sionistes.

Vient le 14 mai 1948. Golda Méirson est membre du Conseil d’État provisoire d’Israël et fait à ce titre partie des deux seules femmes signataires de la déclaration d’indépendance du nouvel État. C’est le lendemain qu’elle reçoit le premier passeport israélien édité pour se rendre aux États-Unis et y collecter des fonds. À son retour, elle devient la première ambassadrice israélienne en Union Soviétique, poste qu’elle quitte en 1949 pour rejoindre la Knesset, le parlement israélien.

De 1949 à 1956, elle sera nommée Ministre du Travail, puis Ministre des Affaires étrangères, et c’est en 1956 qu’elle change justement de nom : Méir, l’abréviation de son nom d’épouse Meirson.

Toutefois, épuisée par l’exercice de ses responsabilités, c’est en 1965 qu’elle quitte le gouvernement avant d’y revenir en 1969. Elle est choisie par le Parti travailliste pour devenir Premier ministre. Elle est alors très populaire. Les israéliens l’adorent et lui font confiance, notamment grâce à la victoire écrasante et aux conquêtes de la guerre des Six jours en 1967.

Le peuple juif, unique légataire légitime de la terre d’Israël pour Golda Méir

Golda Méir est une dure, une vraie sioniste. Elle n’a jamais jugé nécessaire de rechercher des compromis avec les palestiniens par exemple, et à ce sujet, d’ailleurs, de nombreuses citations lui sont attribuées.

« Nous pourrons sans doute un jour vous pardonner d’avoir tué nos enfants. Mais il nous sera beaucoup plus difficile de vous pardonner de nous avoir contraints à tuer les vôtres. La Paix viendra quand les Arabes aimeront leurs enfants plus qu’ils ne nous haïssent ».

Elle nie aussi l’existence d’un peuple palestinien, comme elle le déclare le 8 mars 1969  : « Comment pourrions-nous rendre les territoires occupés ? Il n’y a personne à qui les rendre ». (NDLR : Avant 1967, les arabes qui étaient présent sur la terre de Palestine britannique, refusaient de se faire appeler « palestiniens », car cette terminologie était affiliée au peuple juif.)

A la télévision américaine, en 1973, Golda Méir rappelle que c’est bien la Société des Nations qui a découpé artificiellement la Syrie et le Liban en mandat français et anglais, et que ce sont les Britanniques qui découpèrent ensuite leur territoire des deux rives du Jourdain. Selon Golda Méir, les Arabes de Palestine ne diffèrent donc en aucun point (religieux, culturel, ethnique, historique) des Arabes de Jordanie, la distinction venant du découpage britannique de 1922. (NDLR : le « peuple palestinien » étant historiquement une invention politique destinée à contester la souveraineté d’Israël. D’ailleurs encore aujourd’hui, la situation dit des « réfugiés palestiniens » vient de la politique délibérée des États arabes de refuser leur intégration, d’où la naissance aussi de la fameuse agence de l’ONU l’UNRWA, qui fait encore à ce jour l’apologie de la haine contre l’Etat d’Israel).

La guerre des Six jours : une confiance rompue

Si Golda Méir incarne, durant son mandat, une figure forte et inflexible, dans laquelle les Israéliens ont entièrement confiance, cette confiance sera par la suite rompue. Elle rejette en 1971 la proposition de paix du président égyptien Sadate en échange du don du Sinaï. Son mandat est également marqué par des troubles au sein de la coalition au pouvoir et par un manque de direction et de coordination aussi avec le Mossad.

Il fallait donc s’y attendre : le 6 octobre 1973 éclate la guerre de Kippour. Les armées égyptiennes et syriennes lancent une attaque surprise simultanée dans le Sinaï et sur le plateau du Golan…

Cette attaque cause un traumatisme majeur sur le mandat de Golda Méir. Certes, si l’armée israélienne finit par reprendre l’avantage militaire sur les armées arabes, le conflit provoque une véritable crise politique interne. Golda Méir est notamment accusée de ne pas avoir déclenché d’attaque préventive, comme cela avait été le cas lors de la guerre des six jours de 1967. Les résultats du rapport chargée d’enquêter sur les failles des services de défense et de renseignement israélien face à la guerre du Kippour est sans appel.

En effet, le rapport accuse directement les renseignements et militaires israéliens, et provoque une vague de licenciement parmi les hauts fonctionnaires, notamment le chef de l’État-major de l’époque, David Elazar. Face à la pression, Golda Meir, de son côté, démissionne, le 11 novembre 1974. Elle est immédiatement remplacée par Yitzhak Rabin.

Après sa démission, Golda Meir annonce son retrait définitif de la vie politique, et déménage au kibboutz Revivim dans la maison de sa fille Sarah. Elle commence alors la rédaction de ses mémoires, excellentes mémoires, «Ma vie», publiées en 1975.

Au même moment, Golda se sait aussi souffrante d’une leucémie. Elle meurt finalement à Jérusalem, le 8 décembre 1978, alors âgée de 80 ans. Elle est inhumée à l’occasion de funérailles nationales dans le carré des grands de la Nation, le cimetière national d’Israël, sur le mont Herzl.

Nous remercions Ilana Ferhadian (Radio J -Copyrights)

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