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EDITORIAL de Dr Daniel Rouach. Excellente nouvelle afin de démarrer cet éditorial de manière positive : l’administration de Joe Biden a décidé de soutenir l’accord de normalisation maroco-israélien. « C’est la première sortie officielle sur la question. L’administration Biden va maintenir le soutien indéfectible à Israël et s’appuiera sur les accords de normalisation, dont celui avec le Maroc ».

ECONOMIE ET HIGHTECH. Lors d’un récent micro-trottoir, j’ai posé une question à mes amis du monde industriel et hightech israélien. Que savez-vous de la puissance de frappe hightech et industrielle du Maroc? Réponse : un silence embarrassant…

Les israéliens ne lisent pas le Français et la presse économique israélienne en hébreu ne parle pratiquement jamais du Maroc. Les experts israéliens du hightech que j’ai interrogé pour IsraelValley ignorent que les écoles publiques du Maroc produisent environ 5.000 ingénieurs par an, les établissements privés quelques 2.500.

Personne ne sait en Israël que « Maroc Magazine » organise sa passionnante seconde édition de son business forum «Global Industry 4.0 Conference».  « Placé sous le thème «L’industrie 4.0 au service d’une économie résiliente», cet événement réunira le mercredi 27 janvier à l’Université euro-méditerranéenne de Fès, acteurs, professionnels et experts de l’industrie pour un échange d’expérience et un partage des pratiques les plus efficientes du moment dans le domaine de l’industrie 4.0″.

Seules quelques personnes interrogées dans mon micro-trottoir m’ont parlé des « Phosphates et du Tourisme Marocain ». Il faut le reconnaître : ce que savent les israéliens sur le tissu économique et technologique du Maroc est faible. Peu d’israéliens savent que le Maroc compte aujourd’hui entre 30.000 et 40 000 ingénieurs, soit un taux de 8,6 ingénieurs pour 10.000 habitants.

Personne ne sait en Israël que le centre du groupe STMicroelectronics, champion mondial des microprocesseurs, qui a été ouvert à Madinat Al Irfane à Rabat, emploie plusieurs centaines de cadres supérieurs, notamment des ingénieurs. Les israéliens ignorent que l’économie du Maroc est en train de se diversifier et de drainer plusieurs investissements dans des secteurs porteurs tels que les NTIC, l’offshore, l’aéronautique, les services, les métiers de la mer…

Les amoureux du Maroc en Israël n’ont jamais vraiment fait l’effort de découvrir les atouts du Maroc sur les plans économiques et technologiques.

Un point d’actualité. En Israël personne ne sait que Nexans, l’expert mondial des câbles, a ouvert une nouvelle usine au Maroc. « Inaugurée le mardi 19 janvier, l’infrastructure située dans la zone industrielle de Nouaceur est dédiée à l’activité « Business Unit Telecom Systems » de l’entreprise. Elle produira des accessoires de connectorisation de câbles de fibre optique, 5G, data center et réseau informatique local. A travers cette nouvelle unité, le groupe Nexans compte augmenter sa capacité de production, élargir sa gamme de produits et proposer de nouveaux services pour conquérir le marché nord-africain et au-delà ».

CONCLUSIONS. Ainsi, la première action de la Chambre de Commerce Israël-France (CCIIF qui est en train de se construire sous un label officiel émis par l’Autorité israélienne) pourrait être selon moi : l’organisation de réunions professionnelles et conférences d’expert dans toutes les Universités du pays. Objectif : présenter, sous un mode Consulting, « le Maroc économique et hightech, tel qu’il est ».

Un « Think Tank » Israël-Maroc est indispensable à mettre en route pour formaliser une stratégie sur les dix ans à venir entre Israël et le Maroc. Thème N°1 de ce « Groupe de réflexion » : identifier les complémentarités économiques et technologiques entre le Maroc et Israël. J’ai donc décidé avec mes amis israéliens, de mettre en place, dès à présent, sans attendre la mise en place légale et formelle de la CCIIF (au moins six mois), de créer une Task-Force informelle,  sous le nom de « IMC – ISRAËL MAROC COOPERATION ».

Dr Daniel Rouach. (le 25/01/2021)

LE PLUS. UN ARTICLE DE le360.ma

High-tech: consultante, experte, elle décrit l’immense potentiel de coopération entre le Maroc et Israël.

Par Mehdi Heurteloup

Tamar Saraga, consultante indépendante en high-tech, qui vit en Israël, explique comment les prometteurs futurs échanges entre les deux pays pourront avoir lieu. Surtout dans les high-tech. S’il est un domaine d’avenir, où Israël est en avance, c’est bien celui des hautes technologies. Pour Tamar Saraga, dont il s’agit de la spécialité, l’écosystème des start-ups israéliennes peut servir de modèle pour construire une « start-up nation » marocaine.

Mais d’abord, il faudrait évidemment émettre ce constat: les échanges commerciaux entre le Maroc et Israël ont toujours existé. Il faut en effet savoir que des entreprises israéliennes sont installées et opèrent depuis déjà de nombreuses années au Maroc. En 2019, selon les statistiques de l’Israël Export Institute, les exportations du Maroc vers Israël étaient de l’ordre de 67 millions de dollars, contre 4 millions de dollars en ce qui concerne les importations.

Si les mémorandums signés devant le Roi entre Israël et le Maroc, le 22 décembre dernier, abordent les secteurs du tourisme, de l’innovation, de la gestion de l’eau, ainsi qu’une coopération accrue dans les domaines des finances et de l’investissement, pour Tamar Saraga, « avec la signature de ces accords entre les deux pays, les relations vont pouvoir s’intensifier et prendre une nouvelle dimension. Une chambre de commerce Israël-Maroc, en Israël, est déjà en projet. Il existe plusieurs secteurs économiques où le Maroc et Israël peuvent être complémentaires, et ce sont certains d’entre eux qui sont identifiés dans les accords paraphés (…) à Rabat ».

« Dans tous les domaines identifiés comme prioritaires par le Maroc, il y a une complémentarité entre les deux écosystèmes. Dans des domaines comme l’agriculture, l’automobile, l’aéronautique, le tourisme, ainsi que la gestion de l’eau et les énergies renouvelables, Israël est l’un des leaders mondiaux et peut apporter de l’innovation pour booster l’accélération industrielle au Maroc », souligne l’experte.

Et Tamar Saraga d’expliquer aussi qu »il y a le domaine de la santé, sur lequel il peut y avoir des [projets].  Les sujets ne manquent pas », s’enthousiasme-t-elle.

Pour cette consultante ès-high-tech, qui entend revenir à son domaine de prédilection, « pour passer à l’étape suivante, développer une start-up nation marocaine, il y a beaucoup de choses à partager entre le Maroc et Israël. Culturellement plus proche du monde arabe et du Moyen-Orient, le modèle israélien peut être plus facile à adapter au Maroc, que les modèles américain ou européen. La start-up nation marocaine pourrait être une Silicone Valley pour l’Afrique et tirer bénéfice de tout cela… Dans cet écosystème où les acteurs sont nombreux, gouvernement, investisseurs, start-ups et centres de recherches des grands groupes, Israël sait partager son expérience et pourrait le faire avec le Maroc pour créer cette start-up nation marocaine », explique la consultante high-tech.

Dans ce domaine précis, Tamar Saraga, qui est aussi marocaine et originaire de Rabat, a d’ores et déjà lancé une initiative avec pour objectif de rapprocher les deux écosystèmes, afin de favoriser les échanges entre Israël et le Maroc.

Elle s’explique: « je lance une initiative qui va permettre de rapprocher, avec une déclinaison de plusieurs projets qui permettront de rapprocher, de créer des liens et de faire collaborer nos deux écosystèmes pour développer les high-tech. Il y a un manque de talents en Israël. Je connais le niveau de compétence des talents marocains et leur qualité. Il peut y avoir un partage de talents dans ce domaine. Aujourd’hui, les sociétés sont mondialisées et peuvent avoir des collaborateurs partout dans le monde, pas forcement basés dans le pays d’origine de l’entreprise. Ce serait bien d’avoir l’opportunité de s’appuyer sur les talents du Maroc ».

Tamar Saraga se veut avant tout rassurante: « le but n’est pas de faire fuir les cerveaux marocains vers Israël, mais bien au contraire, de pouvoir développer les projets depuis le Maroc, pour qu’ils contribuent à l’évolution du pays », dit-elle.

En effet, souligne-t-elle, « dans les industries, la compétition est redoutable pour être plus compétitif », aussi, « les grands groupes doivent avoir encore plus de valeur ajoutée dans leur cœur de métier et la contribution de la high-tech dans toutes les industries permet un gain de productivité et de compétitivité ».

« Je reste persuadée que, dans la majorité des domaines, il est possible de développer une collaboration fructueuse basée sur la complémentarité entre les deux pays et la contribution de l’innovation israélienne aux industries où il y a une priorité au Maroc », a conclu, à la fin de cet entretien avec Le360, l’experte israélo-marocaine.

LE PLUS. L’économie du Maroc est une économie de marché d’inspiration libérale. L’État joue néanmoins un rôle non négligeable dans l’émergence économique du pays avec sa stratégie d’industrialisation. Le PIB du Maroc a connu un taux de croissance annuel moyen de 4% sur la dernière décennie et a atteint 122 milliards $ en 2019.

Le Maroc est le troisième producteur et premier exportateur mondial de phosphates, rentrée importante en devises pour le pays. Il détient, et de loin, les premières réserves mondiales avec 50 milliards de tonnes. C’est également une puissance agricole (En 2012, le pays occupe respectivement le 6e rang mondial, le 4e et le 3e en ce qui concerne les exportations d’agrumes, de tomates et d’olives de table. Il est à la 10e place pour l’huile d’olive).

Les grandes réformes et les grands chantiers entamés par le pays ont donné de bons résultats, notamment avec la hausse continue du PNB, et cela même durant les mauvaises saisons agricoles dues à des périodes de sécheresse aiguës.

L’économie marocaine dispose aujourd’hui d’un cadre macroéconomique sain susceptible de constituer un levier efficace pour la réalisation des objectifs de croissance durable, de résorption du chômage et de réduction de la pauvreté, qui est de l’ordre de 5%. Selon le ministère de l’économie, le Maroc a enregistré en 2019 une inflation de 1,0 % et une croissance de 2.6 % tirée par une bonne année agricole, un chiffre supérieur aux prévisions de la loi de finances 2015 qui tablait sur une croissance de 4,4 %.

Le taux de chômage des jeunes serait de 26,5% en 2017, un taux qui culmine à 42,8 % en milieu urbain. Environ 80 % des emplois sont informels et les écarts de revenus très élevés. En 2019 le Maroc est 121e sur 188 pays au classement mondial de l’indice de développement humain (IDH), derrière l’Algérie (83e) et la Tunisie (97e). Il est le pays le plus inégalitaire d’Afrique du Nord selon l’ONG Oxfam.

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