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Le Figaro a proposé tout récemment une sélection de 20 polars pour cet été et parmi ce choix, deux proviennent d’Israël :

Une, deux, trois

Orna est enseignante à Tel-Aviv et vit seule avec son fils de 9 ans. Sur un site de rencontre pour divorcés, elle fait connaissance de Guil, avocat spécialisé en démarches d’obtention de passeports pour les émigrés venus des pays de l’Est. L’homme, père de deux grandes filles et qui se dit séparé de son épouse, est séduisant.

Mais l’histoire se finit mal… Emilia, elle, vient de Riga et cherche du travail après avoir été l’auxiliaire de vie d’un vieux monsieur qui vient de mourir. Le fils du défunt propose de l’aider. Il est avocat, s’appelle Guil, et l’histoire là encore se finit mal. Ella, enfin, est une femme mariée qui s’ennuie. Dans un café de Guivataïm, elle noue la conversation avec un inconnu qui s’avère s’appeler Guil et dont on commence à bien connaître les manières…

Dror Mishani est professeur d’histoire du roman policier à l’université de Tel-Aviv. Il maîtrise tous les codes du genre et n’hésite pas à en jouer avec habileté. C’est ce qui fait l’originalité et la force de ce roman démarrant tout en douceur, sur des analyses psychologiques très fines, pour basculer soudain, sans crier gare, dans un sidérant polar.

Les lumières de Tel-Aviv

Dans le Grand Israël que dirige un premier ministre soutenu (voire contrôlé) par les ultraorthodoxes et les Russes, il n’y a plus d’Arabes. Officiellement. Hormis quelques clandestins cachés dans des grottes, tous ont été emmenés en autocar «vers le sud». Les plus chanceux, eux, sont partis au bord de la mer, où ils ont rejoint les Résistants de Tel-Aviv qui tentent d’organiser une société laïque à peu près tolérante.

Entre les deux territoires se dresse désormais un mur, supposé infranchissable, que des drones armés seront bientôt chargés de surveiller. Au milieu de ce décor peu réjouissant s’entrecroisent des destins cabossés tous en quête de quelque chose ou de quelqu’un: un amour perdu, un rêve de liberté, la paix intérieure, la destruction du cauchemar nationaliste et militariste «sioniste». Mais cette quête prend souvent les allures de course-poursuite sur les chemins défoncés qui mènent de Jérusalem à Ashdod ou Ashqelon. Voire de contre-la-montre pour empêcher la région de sombrer dans l’orage tant désiré par certains.

Avec ses personnages parfaitement croqués (un ex-flic désabusé, des femmes révoltées ou survoltées, des citoyens ordinaires dépassant leur condition), Alexandra Schwartzbrod a réussi son coup: un polar géopolitique d’anticipation (ou pas?) qui évite habilement le double écueil de la démonstration et de la morale. Sur ce sujet et dans cette zone-là, même les romans y échappent rarement. C’est le cas ici. Mazel Tov!

Source : Le Figaro (Copyright)

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