Quelques heures plus tôt, le Premier ministre Péter Magyar avait annoncé son intention de lui proposer la présidence de la République, estimant que « la Hongrie a besoin d’un président dont tous les citoyens puissent être fiers ». Il avait salué « le talent, la persévérance et l’intégrité » de l’ancienne joueuse d’échecs, personnalité respectée bien au-delà du monde sportif.
Une légende des échecs
Née à Budapest dans une famille juive, Judit Polgár, qui possède également la nationalité israélienne, est considérée comme la plus grande joueuse d’échecs de l’histoire. Seule femme à avoir intégré le Top 10 mondial, elle a également été la première à franchir la barre des 2 700 points Elo, un niveau réservé à l’élite mondiale.
À seulement 15 ans, elle est devenue le plus jeune grand maître de l’histoire, battant le record établi par Bobby Fischer. Au cours de sa carrière, elle a remporté des victoires contre plusieurs champions du monde, dont Garry Kasparov, avant de mettre un terme à sa carrière professionnelle en 2014 après avoir occupé pendant vingt-cinq ans la première place du classement mondial féminin.
Sa carrière a récemment fait l’objet d’un documentaire retraçant son parcours exceptionnel.
Une proposition sur fond de crise politique
L’offre de Péter Magyar intervient dans un contexte politique particulièrement tendu. Depuis son arrivée au pouvoir après les élections d’avril, le Premier ministre s’est engagé à démanteler une partie des structures mises en place sous les seize années de gouvernement de Viktor Orbán.
La semaine dernière, le Parlement, où le parti Tisza de Magyar dispose d’une majorité des deux tiers, a adopté un amendement constitutionnel mettant fin au mandat du président Tamás Sulyok, nommé sous l’ère Orbán. Cette décision a suscité les critiques de plusieurs organisations de défense des droits humains, qui dénoncent une réforme menée dans la précipitation.
Le gouvernement affirme au contraire que ces changements sont nécessaires pour restaurer les institutions démocratiques et tourner la page de l’ancien pouvoir.
L’idée de confier la présidence à Judit Polgár avait été avancée dans une lettre ouverte signée par plusieurs personnalités hongroises, parmi lesquelles Ernő Rubik, l’inventeur du célèbre Rubik’s Cube. En refusant cette proposition, l’ancienne championne d’échecs met fin aux spéculations sur une entrée en politique, tout en soulignant la profondeur des divisions qui traversent aujourd’hui la société hongroise.
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