Du brut produit par l’Iran, déjà chargé, déjà en mer, mais qui ne trouve pas d’acheteur… C’est ce qu’observent les experts qui suivent les flux maritimes, bien que Washington ait levé mi-juin, pour 60 jours, les sanctions sur le pétrole exporté par Téhéran. On parle de dizaines de millions de barils iraniens sur l’eau qui n’ont pas de destination claire. 

Les chiffres diffèrent selon les sources, mais le constat est là, la suspension des sanctions de Washington n’a pas provoqué de ruée vers le brut iranien. C’est presque un paradoxe, l’Iran avait moins de mal à vendre son pétrole quand il était sanctionné.

Il y a plusieurs raisons à ce désintérêt : une dérogation de 60 jours est trop courte aux yeux des acheteurs qui auraient besoin d’avoir plus de visibilité pour être rassurés, il y a aussi la crainte que la fenêtre actuelle se referme plus tôt que prévu ou encore l’hésitation de certains ports à accepter les navires de la flotte fantôme que Téhéran utilise.

Cette situation a des conséquences pour l’Iran, la production n’a pas rebondi comme on l’attendait, chaque jour le pays charge en ce moment environ 1,1 million de barils, contre 1,7 million avant la guerre, en moyenne.

La Chine achète moins

La Chine était avant le mois de mars le meilleur client de l’Iran, pour ne pas dire le seul ! Les raffineries privées chinoises vieillissantes – qui ont des marges très faibles – profitaient de la décote proposée alors par l’Iran. Mais aujourd’hui, d’autres pays du Golfe ont une stratégie de prix hyper-agressive, pour libérer leurs bateaux et augmenter leur production.

« Le brut des Émirats arabes unis et du Qatar se vend avec un rabais de 5 à 6 dollars par baril par rapport au Brent, la référence européenne, livraison en Chine comprise. C’est à 1 à 2 dollars de moins que le brut iranien », précise Homayoun Falakshahi, responsable de l’analyse pétrolière chez Kpler. À prix quasi égal, les importateurs préfèrent acheter un pétrole moins controversé.

Depuis que le trafic maritime a repris dans le détroit d’Ormuz, les raffineurs chinois croulent donc sous les propositions et, pour compliquer les affaires de l’Iran, ils ne sont pas pressés d’acheter. Le pays a du stock et parie encore probablement sur une baisse des cours.

Peu d’alternatives pour Téhéran

L’Iran peut-il espérer vendre ailleurs son pétrole ? C’est en tout cas ce que le pays essaye de faire, en proposant son pétrole aux Européens et aux Asiatiques, mais reste à savoir s’ils seront preneurs, sachant que le délai de 60 jours va très vite passer.

Quelques cargaisons seraient en passe d’être achetées par l’Inde, des clients japonais envisageraient aussi d’importer du brut iranien, selon l’agence Reuters, ce serait une première depuis 2019. Mais fondamentalement, l’économie iranienne se portera mieux quand la Chine reprendra ses achats. « Le prix plancher devrait bientôt être atteint selon Homayoun Falakshahi, ce qui pourrait signifier que le rebond de la demande chinoise n’est peut-être plus très loin. »

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