Les investissements dans les start-ups israéliennes des technologies médicales ont chuté de 40 % en 2025.

Si le secteur mondial connaît un regain de financements privés, les investissements dans les start-ups israéliennes sont à leur plus bas niveau depuis cinq ans, dans un contexte d’incertitude géopolitique

 

Image d'un docteur avec des icônes digitales (chaiyapruek2520, iStock by Getty Images)

Selon une étude conjointe de l’Association israélienne des industries de haute technologie, de l’Autorité israélienne pour l’innovation et de PwC Israël, l’année dernière, les investissements dans les start-ups locales spécialisées dans la santé ont chuté à leur plus bas niveau depuis cinq ans, malgré une légère reprise observée en 2024.

L’année dernière, les start-ups israéliennes spécialisées dans les technologies médicales ou dans les sciences de la vie ont attiré 1,6 milliard de dollars d’investissements privés, soit une baisse de 40 % par rapport aux fonds levés en 2024 et moins de la moitié des 3,3 milliards de dollars enregistrés en 2022, ont montré les données du rapport. Dans le même temps, le montant moyen des levées de fonds est tombé sous la barre des 10 millions de dollars – une première depuis au moins cinq ans.

Si les investissements dans les entreprises de technologies médicales ont reculé, les investissements globaux dans les start-ups et entreprises israéliennes de la tech ont augmenté de 24 % en 2025 pour atteindre 15,6 milliards de dollars, ainsi que l’ont révélé les données de Startup Nation Central, qui suit l’écosystème technologique local.

« Lorsqu’on examine les tendances du secteur technologique dans son ensemble, ce sont trois domaines – la cyber-sécurité, les technologies de défense et l’IA – qui ont principalement attiré les investissements. En revanche, pour les secteurs technologiques plus traditionnels, notamment les technologies médicales, l’année 2025 s’est avérée particulièrement difficile en termes de montants levés », a déclaré Omer Gavish, responsable du pôle Sciences de la vie et associé chez PwC Israël, au Times of Israel.

« De manière générale, le secteur des technologies médicales est toujours plus complexe que les autres. Il nécessite des investissements colossaux, notamment en raison d’une phase de développement beaucoup plus longue avant validation et avant que les investisseurs puissent voir le produit concret. »

« Par conséquent, en période d’incertitude géopolitique, il devient encore plus difficile d’attirer des investissements », a ajouté Gavish.

Depuis deux ans et demi, les start-ups et entreprises locales du secteur technologique ont poursuivi leurs activités, malgré les difficultés de financement, tout en se protégeant des tirs de roquettes, et alors que bon nombre de leurs dirigeants et employés étaient régulièrement appelés sous les drapeaux pour effectuer leur service de réserve, suite au déclenchement de la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui s’est ensuite étendue sur plusieurs fronts.

À l’échelle mondiale, a souligné Gavish, l’année 2025 a marqué un redressement des investissements dans les entreprises des technologies médicales et des sciences de la vie.

« Israël fait actuellement figure d’exception dans le contexte mondial, qu’il s’agisse des investissements en capital-investissement, des introductions en bourse ou même des levées de fonds par les sociétés cotées », a indiqué Gavish. « Nous constatons toutefois, en matière de fusions-acquisitions, un intérêt de la part d’entreprises internationales pour les sociétés israéliennes plus matures – une tendance encourageante. »

Les technologies médicales (qui englobent la santé numérique, les dispositifs médicaux, ainsi que l’industrie pharmaceutique et la biomédecine) représentent environ 20 % de l’écosystème de la tech israélienne. Le secteur compte près de 1 800 entreprises actives, qui emploient quelque 81 000 personnes. En 2025, 67 entreprises ont été créées en Israël, le nombre le plus bas depuis 2023. Au cours du premier trimestre de cette année, ce sont 12 nouvelles start-ups spécialisées dans les technologies de la santé qui ont vu le jour, les entreprises biomédicales arrivant en tête.

Le secteur biomédical, qui représente environ 30 % des entreprises opérant en Israël, emploie plus de 50 % des 81 000 salariés du secteur.

Une analyse sectorielle a montré que les investissements dans les entreprises de dispositifs médicaux ont chuté de plus de 60 % en 2025, témoignant de la prudence des investisseurs à l’égard des financements destinés au développement de technologies, qui sont plus longs et plus coûteux en capital. Les investissements dans les entreprises biomédicales sont en revanche restés stables ces trois dernières années. Ils ont aussi mieux résisté aux chocs géopolitiques.

« Les données relatives aux levées de fonds pour le premier trimestre de l’année montrent une tendance similaire à celle de 2025. Mais avec l’accord récemment conclu entre les États-Unis et l’Iran, nous espérons que 2026 sera une année de changement », a ajouté Gavish.

Commentant ce rapport, Karin Mayer Rubinstein, PDG de l’Association israélienne des industries de haute technologie, a expliqué que le secteur traversait « l’une des périodes les plus complexes et les plus difficiles qu’il ait jamais connues ».

« Outre la réalité sécuritaire actuelle, l’incertitude géopolitique, les mobilisations prolongées des réservistes et la concurrence mondiale croissante pour les capitaux et les investissements, le secteur doit de surcroît faire face à d’importants défis économiques, notamment l’affaiblissement du dollar [face au shekel], qui touche directement de nombreuses entreprises israéliennes », a-t-elle déclaré. « Alors qu’une part substantielle de leurs revenus est perçue en dollars, la plupart de leurs dépenses, en premier lieu les salaires de leurs employés, sont payées en shekels. »

« Cette situation nuit considérablement à la rentabilité des entreprises, ainsi qu’à leur capacité à maintenir leurs investissements dans la croissance, à embaucher du personnel et à développer de nouvelles technologies », a averti Rubinstein.

« Nous avons donc constaté une tendance inquiétante : celle des start-ups qui s’enregistrent en dehors d’Israël – un enjeu stratégique à long terme pour l’économie locale et pour l’ensemble du secteur », a-t-elle poursuivi.

Selon Rubinstein, l’association collabore avec le ministère des Finances, l’Autorité fiscale israélienne, l’Autorité israélienne pour l’innovation ainsi qu’avec d’autres organismes professionnels au sein des ministères, afin d’élaborer des solutions et de prendre des mesures visant à renforcer la compétitivité d’Israël ainsi qu’à encourager les start-ups à s’enregistrer et à exercer leurs activités sur le territoire national.

« Nous devons désormais continuer à renforcer l’attractivité d’Israël pour les investissements, instaurer une stabilité en matière de sécurité, diversifier les sources de financement et approfondir les collaborations internationales, afin de permettre au secteur des sciences de la vie israélien de rester l’un des principaux moteurs de croissance de la haute technologie du pays dans les années à venir », a affirmé Rubinstein. « Nous nous efforçons de créer les conditions qui feront à nouveau d’Israël un choix naturel pour les entrepreneurs et les start-ups qui souhaitent s’implanter, se développer et rester dans le pays. »

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