EDITORIAL DAVID ASSAYAH. La Jordanie est paradoxalement l’acteur le plus durement touché sur le plan économique par les actions des Houthis :
La paralysie d’Aqaba : Aqaba est l’unique accès à la mer de la Jordanie et le poumon de son économie. Le blocage de Bab-el-Mandeb stoppe net l’arrivée des porte-conteneurs dans le port jordanien.
Flambée des prix et inflation : Dépendante des importations d’énergie, de biens de consommation et de céréales, la Jordanie subit de plein fouet l’explosion des coûts de transport. Le pays doit réorienter ses flux vers les ports de la Méditerranée (notamment en Syrie ou au Liban, ou via des accords complexes), ce qui renchérit massivement le coût de la vie pour une population déjà soumise à une forte pression économique.
Fragilisation politique : Le gouvernement jordanien se retrouve dans une position intenable : son économie est asphyxiée par un blocus pro-palestinien mené par les Houthis, alors que le pays doit en même temps gérer sa stabilité interne face à une population majoritairement solidaire de la cause palestinienne.
Sur les pays du Golfe : Une menace directe sur la vision saoudienne et un test de solidarité
Pour les monarchies du Golfe, la fermeture du détroit est une agression caractérisée contre leur souveraineté économique, mais les impacts varient entre l’Arabie saoudite et les Émirats :
Le sabotage de la stratégie saoudienne (Vision 2030) : C’est Riyad qui joue le plus gros. L’Arabie saoudite développe massivement sa façade mer Rouge (notamment le mégaprojet Neom et des complexes touristiques géants). Un détroit de Bab-el-Mandeb instable ou fermé sanctuarise la mer Rouge comme une zone de guerre, faisant fuir les investisseurs internationaux et paralysant les ambitions de diversification de Mohammed ben Salmane.
Le contournement par les pipelines : Sur le plan pétrolier, l’Arabie saoudite dispose du East-West Pipeline, qui permet d’acheminer une partie de son brut depuis le golfe Persique jusqu’à la mer Rouge (port de Yanbu) pour éviter le détroit d’Hormuz. Cependant, si Bab-el-Mandeb est fermé, le pétrole arrivant à Yanbu ne peut plus descendre vers l’Asie et doit remonter vers le canal de Suez et l’Europe, inversant les flux logistiques.
La position des Émirats arabes unis : Les Émirats subissent un manque à gagner sur le trafic de leurs ports géants (comme Jebel Ali), car les navires qui choisissent de contourner l’Afrique par le Cap ne passent plus par le golfe Persique. Cela renforce la volonté d’Abou Dabi de sécuriser les îles stratégiques et les ports de la corne de l’Afrique et du Yémen (Socotra, Aden) pour briser l’influence des Houthis.
En résumé : L’effet boomerang du chaos houthi
En voulant punir Israël, les Houthis réussissent surtout à tétaniser l’économie jordanienne et à saboter les projets économiques de l’Arabie saoudite.
Pour Israël, le coût est principalement financier (inflation induite par le coût du fret), mais le pays démontre sa résilience grâce à sa double façade maritime et à ses capacités de contournement logistique. Ce blocus accélère en réalité l’intégration économique informelle entre Israël et les pays du Golfe (via le corridor terrestre), un effet totalement inverse à celui recherché par l’Axe de la résistance.
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