Le ton tranche avec la prudence diplomatique habituelle. « Il est certain que nous ne voulons pas voir les Français s’immiscer dans (les) négociations » qui débutent entre Israël et le Liban, a lancé mardi l’ambassadeur israélien aux États-Unis. En excluant Paris de ces pourparlers, l’État hébreu assume ouvertement une hostilité déjà bien installée entre les deux capitales, dont les relations n’ont cessé de se tendre au fil des derniers mois.

« Nous aimerions garder les Français aussi loin que possible de pratiquement tout, mais surtout lorsqu’il s’agit de négociations de paix », a même taclé le diplomate face à la presse, estimant qu’ils « n’ont pas d’influence positive, surtout pas au Liban ».

« Dans les faits, le refroidissement était déjà là, mais cela est désormais énoncé de manière assez brutale », constate Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités et président d’honneur de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO).

Une discorde de plus en plus marquée ces derniers jours

Lors d’un précédent conflit ouvert entre Israël et la formation libanaise pro-iranienne à l’automne 2024, la France avait cette fois participé aux discussions de cessez-le-feu. Elle siégeait même au sein de son « mécanisme » de surveillance, chargé de vérifier la mise en place de l’accord, relate L’Orient-Le Jour. Mais déjà, « elle a eu un mal fou à tenir son rôle, puisque les États-Unis n’en voulaient pas vraiment, et Israël non plus », poursuit l’expert. Les mois suivants, l’armée israélienne a violé la trêve à plusieurs reprises, en bombardant le territoire libanais.

Désormais, l’État hébreu espère écarter bien davantage encore la voix française. « La France ne peut pas être considérée comme un médiateur équitable », avait déjà cinglé samedi un diplomate israélien auprès des Échos (nouvelle fenêtre)Selon lui, elle a cherché à « limiter la capacité d’Israël à combattre l’Iran » et n’a pas montré de « volonté » d’agir pour « aider le gouvernement libanais à désarmer le Hezbollah ».

Le ton était en réalité monté depuis plusieurs jours déjà. La semaine passée, Paris avait plaidé pour inclure le pays du Cèdre, avec qui elle entretient des liens historiques forts, au cessez-le-feu annoncé entre Washington et Téhéran. Elle s’en était aussi prise avec virulence à la série de frappes massives et « inacceptables » menées par Israël contre le Liban le 8 avril, survenues quelques heures seulement après l’annonce de cette trêve en Iran.

Plus largement, les réticences françaises sur l’offensive israélo-américaine contre Téhéran ont agacé Tel-Aviv : l’État refuse de « s’engager dans cette guerre » et s’en tient à une position « strictement défensive », a insisté Emmanuel Macron. Fin mars, Israël a même décidé de « ramener à zéro les achats de défense effectués en France », après que Donald Trump a accusé Paris d’avoir interdit à « des avions à destination d’Israël chargés d’équipement militaire » de survoler son territoire. Une annonce surtout symbolique, ces importations restant marginales en volume, mais qui marque malgré tout un divorce toujours plus net.

La reconnaissance de la Palestine, point de cristallisation des tensions

La brouille entre les deux capitales remonte en réalité à près de deux ans en arrière, lors de la guerre à Gaza. Dans le sillage des attaques du Hamas du 7 octobre 2023, le gouvernement français avait affiché sa solidarité à l’égard d’Israël, avant de critiquer la violence de la riposte israélienne, qui a plongé l’enclave palestinienne dans le chaos . Ces représailles ont tué au moins 72.000 personnes en deux ans, selon le ministère de la Santé du Hamas, des chiffres considérés comme fiables par l’ONU.

Dès le printemps 2024, Emmanuel Macron a commencé à fustiger « la nature des opérations » israéliennes, selon lui « inacceptable ». Mais les relations se sont surtout crispées en 2025, lorsque le président français a décidé de reconnaître l’État palestinien , suivi par plusieurs autres pays occidentaux. Aux côtés de l’Arabie saoudite, la France a continué de plaider pour une solution à deux États, aboutissant à la « déclaration de New York » adoptée à une large majorité à l’ONU en septembre. « La rupture était déjà actée. Israël n’a accepté ni les critiques de plus en plus sérieuses du président français sur Gaza, ni cette initiative diplomatique de grande ampleur », souligne Jean-Paul Chagnollaud.

Ambassadeur américain convoqué : comment la brouille s’est installée au fil des mois entre Israël et la France

L’appel français à reconnaître la Palestine « alimente ce feu antisémite », avait rétorqué le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou en août 2025. Cet été-là, l’ambassadeur américain à Paris s’en est lui aussi pris avec virulence à la politique française de lutte contre l’antisémitisme (nouvelle fenêtre). De manière générale, les tensions ont culminé entre Paris et Washington, allié indéfectible de l’État hébreu, qui a lui aussi lourdement chargé la France sur sa position au sujet de Gaza.

Quelques mois plus tard, les tensions repartent donc en flèche sur fond de nouveaux théâtres de guerre au Moyen-Orient. Le ton pourrait encore monter dans les semaines à venir, tandis que Paris réfléchit désormais à sanctionner l’État hébreu. « On ne peut pas exclure que la discussion sur la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël se rouvre au niveau européen, en plus de sanctions nationales », a lancé la semaine passée en conférence de presse Pascal Confavreux, le porte-parole du Quai d’Orsay. « Les choses ne sont pas prêtes de s’arranger », résume Jean-Paul Chagnollaud.

Maëlane LOAËC
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  • TF1.
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