Le courage. Qu’est ce que c’est ? Face à un pompier qui s’élance dans une tour en flammes, face à un homme qui a assisté à l’un des pires attentats terroristes au monde, et qui doit vivre avec ce traumatisme depuis 25 ans. Quel est mon courage ?
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Et bien, en fait, oui, il y a des courages qui ne se voient pas, qui se vivent en silence, dans la honte et la solitude. Moi aussi, finalement, je me suis battu contre le feu. Un feu intérieur. Un feu qui a brulé mes entrailles pendant 7 longues années. Une épreuve à laquelle sont confrontées des millions de femmes et de couples a travers le monde.
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Une épreuve qui s’appelle infertilité. Et qui touche à plusieurs volets intimes, voire tabous de notre vie : la nudité, la sexualité, la maladie.
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Ce combat a été long. Pendant sept ans, vous l’aurez compris, j’ai attendu MON enfant. Sept ans de rendez-vous médicaux, d’examens invasifs, de piqûres quotidiennes, de montagnes russes.
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> Piquer, attendre, échouer, recommencer.
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> Piquer, attendre, échouer, recommencer.
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> Pendant 7 ans.
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> Et pourtant, à 20 ou 25 ans, on pense que créer la vie, que tomber enceinte, c’est facile, qu’on n’aura qu’à le vouloir et que cela sera rapide. Quand on est jeune, on pense que créer sa famille, c’est naturel. Forcément. A 14 ans, j’étais sûre que j’allais être mère, et la question de la difficulté se posait même pas. Et je m’imaginais déjà avec une véritable famille de dalmatiens.
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> Ce sont des certitudes. Parce que… la société, l’école, nos représentations de jeunesse, tout ce qu’on ingère comme livres, comme séries, comme films, depuis petits, et surtout petites filles, nous font croire qu’il suffit de le vouloir pour que cela arrive. Parce que notre société associe encore trop souvent la féminité à la capacité d’enfanter : Après que le prince ait retrouvé Cendrillon grâce à la fameuse pantoufle de verre, « ils se marient lors d’une somptueuse cérémonie au château. Ils vécurent heureux, et eurent beaucoup d’enfants. »
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> Cette happy end, on l’a presque toutes fantasmé, enfant. Alors j’ai voulu, faire comme cendrillon, trouver mon prince charmant, et avoir beaucoup d’enfants. Donc j’ai tenté, puis j’ai espéré. Six mois, un an, un an et demi, 2 ans, 2 ans et demi, 3 ans, 4 ans, 5 ans, 6 ans, 7 ans.
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> Et Cendrillon me narguait au loin avec déjà ses 17 mouflards. Et l’échec de la maternité m’a fait douter très sévèrement de ma valeur, en tant que femme.
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> Il faut expliquer quelque chose aujourd’hui en 2026. L’infertilité n’est PAS un cas isolé, c’est un enjeu de santé publique. De plus en plus malheureusement : selon un rapport national de référence remis au gouvernement, 1 couple sur 4 dans les pays développés ne parvient pas à obtenir une grossesse après 12 mois d’essais.
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> En outre, les femmes subissent, et ce n’est pas juste une expression, cette pression de l’horloge biologique. Contrairement aux hommes qui renouvellent leurs spermatozoïdes tout au long de leur vie, une femme naît avec un stock limité d’ovocytes qui ne fait que diminuer. Et les médecins le disent : très clairement, c’est à l’âge 35 ans, qu’il ne lui reste en moyenne qu’environ 12 % de sa réserve ovarienne initiale, et seulement 3 % à 40 ans. A 35 ans, si vous tombez enceinte mesdames, vous subissez ce qu’on appelle une grossesse GERIATRIQUE.
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> Imaginez la pression.
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> Et puis au-delà des chiffres de fertilité, il y a la maladie. Celle que moi j’endure depuis ma puberté. Une maladie silencieuse qui touche une femme sur dix : l’endométriose. Et il faut bien que vous compreniez. L’endométriose et l’adénomyose ne sont pas simplement de « petites douleurs de règles ». Ce sont des lésions, de vraies lésions, internes. Une sorte de tissu « mutant » qui colonise des organes, déclenchant des inflammations chroniques destructrices. Et comme je l’explique dans mon livre, certaines crises d’endométriose déclenchent des contractions utérines dont l’intensité peut être comparée à celle d’une crise cardiaque, ou d’un accouchement… pour les endométrioses les plus sévères.
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> Alors imaginez maintenant devoir vous lever, aller travailler, sourire à vos collègues, rester parfois debout de longs moments, en réunion, faire semblant que tout va bien… alors que vous avez des tissus dans votre corps qui sont en train de se déchiqueter de l’intérieur.
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> C’est ça, la réalité d’une endométriose. Et le diagnostic est long : 7 ans.
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> La FIV est par ailleurs un marathon : le corps devient un laboratoire, qui n’a plus aucune autonomie. Notre corps change. Il gonfle, il se fatigue, il se couvre de bleus. Et puis il y a la pudeur : parlons en. Une pudeur concernant notre nudité, pudeur concernant notre sexualité, qui s’effacent à force de questions et d’examens intrusifs.
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> C’est une torture psychologique : l’attente insoutenable de l’appel du biologiste : Est ce qu’il y a eu des ovocytes ? Combien d’embryons ont été crées, et combien ont survécu au bout de 5 jours ? Combien d’embryons assez forts pour être transférés ?
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> C’est la médecine, et un peu de hasard qui décidera tout cela pour nous.
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> Pour conclure, le courage, ce n’est pas de ne jamais avoir peur. Le courage, pour une femme en PMA, c’est de trembler de peur dans sa voiture après une mauvaise annonce, d’éclater en sanglots, et de revenir le lendemain au laboratoire à 7 heures du matin pour une nouvelle prise de sang.
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> Le courage, c’est de vivre le transfert d’un embryon, de porter en soi un immense espoir pendant 14 jours, de voir le test afficher « négatif », de pleurer toutes les larmes de son corps, et de recommencer une 2ᵉ, une 3ᵉ, une 4ᵉ fois. De dire au revoir a son bébé, à 3 mois de grossesse, parce qu’on apprend qu’il a des malformations qui risque de le faire naître mort né.
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> Le courage, c’est de tenir debout quand les traitements vous épuisent, quand votre couple vacille sous la pression de l’attente, et de continuer à s’aimer à travers la tempête.
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> Le courage, c’est briser le tabou. C’est oser dire : « Oui, je suis infertile. Oui, mon corps se bat. Mais oui, je vais y arriver. Je suis une combattante. »
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> Et à travers mon livre « Sept ans à t’attendre, journal de bord d’une PMA », j’ai voulu non pas juste raconter mon histoire, mais aussi offrir un miroir et un bouclier à toutes celles qui souffrent en silence. Et un mode d’emploi également à ceux qui entourent ces femmes, pour les épauler, au mieux, sans maladresse.
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> Aujourd’hui, j’ai finalement rejoint Cendrillon, et mon histoire a trouvé sa lumière avec la naissance de ma première fille, puis de ma deuxième, 2 ans plus tard. Rien n’est figé. On peut tomber, on peut échouer, puis on peut ré-essayer, et gagner. Mon souhait aujourd’hui, aussi, c’est qu’on avance sur les développements de la PMA en France, et notamment sur le DPI, qui reste interdit, pour de mauvaises raisons. Il doit être légalisé.
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> Ilana Ferhadian

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