Après l’échec des négociations la semaine dernière, Donald Trump a menacé, lundi 24 août, d’augmenter de 50 % les droits de douane sur les voitures, les camions, les pièces automobiles et l’acier en provenance du Canada à compter du 1er janvier.
Comme le rappelle The New York Times, les “tensions commerciales” entre les États-Unis et le Canada se sont “intensifiées ces derniers jours”, après l’échec des négociations et l’imposition par le président américain, samedi, de droits de douane de 50 % sur 20 milliards de dollars (17 milliards d’euros) d’exportations canadiennes. Dans un message sur Truth Social, il a considéré que le Canada était l’une des “pires nations au monde avec lesquelles traiter en matière de commerce”, estimant que ce sont les Canadiens qui ont “besoin [des Américains]”, bien plus que l’inverse.
“Toutes les options sont sur la table”
En réponse à ces menaces, le Premier ministre canadien, Mark Carney, a déclaré aux journalistes présents au chantier naval de Lévis, au Québec, qu’il n’était “pas surprenant” que les États-Unis exercent des “représailles”, fait savoir The Guardian. Il a rappelé que le Canada était leur “plus gros client pour l’automobile, plus que l’Union européenne, le Japon, la Corée, et bien d’autres pays réunis” et a prévenu qu’il faudrait s’attendre à des répercussions pour “les travailleurs du Michigan, de l’Ohio, du Kentucky et de l’Alabama, qui dépendent de la demande canadienne”.
Il a également estimé que les États-Unis “demandaient trop et offraient trop peu” et s’est engagé à égaler les droits de douane américains “dollar pour dollar” à partir du 8 septembre. Il a toutefois ajouté être prêt à aller de l’avant “lorsque les Américains se présenteront à la table des négociations avec la bonne attitude envers notre industrie et un véritable partenariat”. Selon le journal québécois Le Devoir, le Premier ministre soutient ainsi “qu’il y a une autre avenue possible, celle d’une entente équitable”.
Doug Ford, Premier ministre de la province canadienne de l’Ontario, a “salué la décision de Mark Carney de quitter la table des négociations” et a souligné que “toutes les options [étaient] sur la table”, rapporte Radio-Canada. Comme il l’a régulièrement fait depuis le début de la guerre commerciale en 2025, il a encore une fois menacé de “couper les vivres” aux États-Unis, faisant référence à l’eau et aux minéraux critiques fournis par sa province, la plus peuplée et la plus riche du pays.
Dans sa diatribe sur Truth Social, Donald Trump lui a réservé ses mots les plus durs, l’accusant de “fanfaronner” et le qualifiant de “frère moins charismatique, intelligent et globalement moins impressionnant du regretté Rob Ford” − ancien maire conservateur de Toronto, au style provocateur et populiste, mort en 2016.
Le retour de “la guerre commerciale la plus stupide”
Pour The Globe and Mail, qui, à l’instar de la majorité des Canadiens, soutient la décision de Carney, “la question n’est pas de savoir si le gouvernement canadien aurait dû quitter la table des négociations avec les États-Unis” mais plutôt “pourquoi il s’y est trouvé dès le départ”. Car il s’agissait tout bonnement d’“une tentative d’extorsion”.
Dans un éditorial au vitriol, le plus grand journal anglophone canadien constate : “Donald Trump nous veut manifestement du mal […] et nous ne pouvons pas faire grand-chose pour infléchir son comportement.” Aussi, juge-t-il, il ne faut en aucun cas ratifier le moindre accord que le président américain s’empresserait de “dénoncer”, comme il n’a cessé de le faire depuis 2018. “Tout ce que nous pouvons faire, c’est préserver notre liberté, notre indépendance et notre dignité – pour montrer à M. Trump que, quoi qu’il nous impose, nous ne nous laisserons pas intimider.”
Dans un éditorial à peine plus feutré, The Wall Street Journal se lamente du retour de “la guerre commerciale la plus stupide”. Le journal conservateur note que “la complainte de M. Trump concernant le déficit commercial américain avec le Canada est particulièrement ironique, puisque ce déficit est entièrement dû aux importations de pétrole brut lourd, particulièrement adapté aux raffineries américaines”. Sans ce pétrole bitumeux, “les États-Unis afficheraient un excédent commercial”, mais “les raffineries américaines fonctionneraient à capacité réduite”.
Estimant que les droits de douane sur les voitures, les camions et l’acier toucheront tout autant les Canadiens que les entreprises américaines, le quotidien économique conclut que ce conflit “n’a aucun sens” et contribuera, à l’instar de ses autres “guerres hasardeuses”, à la “faible popularité” du président, à quelques mois des élections de mi-mandat.
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