L’administration Trump accuse la société chinoise Moonshot AI d’avoir siphonné le modèle Claude Fable 5 d’Anthropic pour construire Kimi K3, son dernier système lancé au mois de juillet. Des sanctions sont à l’étude côté américain et l’affaire relance un débat plus large sur la propriété intellectuelle dans l’IA.
Jean-François Deldon, CEO de Yakadata et expert en stratégie data et IA, propose un angle différent de celui déjà beaucoup traité côté géopolitique. Pour lui l’affaire Moonshot doit surtout alerter les PME françaises, qui confient chaque jour un peu plus de leur savoir-faire à des outils d’IA sans toujours mesurer ce que cela implique.
« Si les plus grands laboratoires d’IA s’accusent aujourd’hui de voler leurs modèles, les entreprises devraient se poser une autre question, comment protéger leurs propres actifs lorsque l’intelligence artificielle devient un collaborateur du quotidien.
Les accusations portées par l’administration américaine contre la société chinoise Moonshot AI devront être démontrées. Mais elles révèlent déjà une réalité plus large, dans l’économie de l’IA la propriété intellectuelle est devenue un enjeu stratégique.
Cette question ne concerne pas uniquement les géants de la tech. Les PME aussi possèdent des actifs à forte valeur, leur savoir-faire, leurs méthodes, leurs propositions commerciales, leurs bases documentaires, leurs procédures internes ou encore leur connaissance de leurs clients. Demain, une partie de cette richesse sera utilisée pour alimenter des assistants IA, automatiser des processus ou entraîner des agents spécialisés.
La question n’est donc plus seulement de savoir quelle IA adopter. Elle devient, comment protéger ce que nous lui confions. Quelles informations peut-elle consulter. Que peut-elle mémoriser. Dans quelles conditions ces données sont-elles hébergées. Peuvent-elles être réutilisées. Quels engagements contractuels les fournisseurs prennent-ils sur leur utilisation. Qui reste propriétaire des connaissances intégrées dans ces systèmes.
Ces questions relèvent de la gouvernance de l’IA. Comme une entreprise définit des règles d’accès à ses locaux ou à son système d’information, elle devra désormais définir ce qu’une intelligence artificielle est autorisée à voir, à apprendre et à faire. Car le patrimoine d’une entreprise ne se limite plus à ses fichiers, il inclut désormais les connaissances qu’elle transmet à ses outils d’IA.
Cette actualité nous rappelle finalement une chose essentielle, à mesure que l’IA devient un collaborateur du quotidien, la protection des actifs immatériels devient un enjeu de compétitivité. Le sujet n’est plus seulement de choisir la bonne intelligence artificielle. Il est de s’assurer que, dans son utilisation quotidienne, elle ne devienne jamais une porte de sortie pour le savoir-faire qui fait la valeur de l’entreprise. »
Jean-François Deldon
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