Avec un shekel fort, les employés israéliens de la tech sont plus chers que les américains – étude.
Le lobby des entreprises israéliennes de la tech alerte contre la perte d’avantage concurrentiel des talents locaux du secteur ; la hausse des coûts salariaux liée à la vigueur du shekel menace de freiner l’innovation
Selon une nouvelle étude réalisée par l’Israel Growth Forum, les développeurs israéliens sont désormais, pour la première fois depuis de nombreuses années, plus chers que leurs homologues américains. Une situation qui fait craindre que les talents technologiques et l’esprit d’innovation tant vantés d’Israël ne se développent et ne s’installent ailleurs.
Les coûts liés à l’emploi de développeurs israéliens, notamment les ingénieurs logiciels et les chercheurs en R&D, se sont avérés 8,2 % plus élevés que ceux de leurs homologues américains, a révélé cette étude publiée par ce groupe de soutien, qui représente des entreprises technologiques israéliennes publiques et privées, parmi lesquelles Wix et Monday.com.
Cette évolution du coût de la main-d’œuvre dans le secteur technologique israélien est essentiellement due à la forte appréciation du shekel, qui a atteint le mois dernier son plus haut niveau depuis 33 ans face au dollar, avec une hausse d’environ 20 % en glissement annuel. Le shekel s’échange actuellement à environ trois pour un dollar.
La valeur élevée de la monnaie locale a fait grimper les coûts de recrutement et de développement des activités en Israël. En effet, les entreprises technologiques locales réalisent la majeure partie de leur chiffre d’affaires en dollars, mais règlent leurs dépenses, notamment les salaires, en shekels. L’évolution rapide du taux de change shekel-dollar oblige les exportateurs de technologies et les start-ups à prendre des décisions difficiles : licenciements massifs, recrutement à l’étranger et délocalisation des centres de R&D hors d’Israël.
Ces dix dernières années, en revanche, les ingénieurs israéliens étaient généralement 10 à 15 % moins chers que leurs homologues américains, ce qui conférait à Israël un avantage pour faire croître son secteur technologique tant vanté et développer ses talents, d’après le RISE Israel Institute, un organisme spécialisé dans la politique économique.
Aujourd’hui, beaucoup craignent que les entreprises fondées en Israël ne quittent le pays.
« Les entreprises israéliennes du secteur technologique continueront à être compétitives, à s’adapter et à se développer », a assuré Michal Sarig-Kaduri, responsable des relations avec les pouvoirs publics chez Wix, la société de création de sites web basée à Tel Aviv, qui dirige également l’Israel Growth Forum. « La véritable question est de savoir si ces entreprises choisiront de maintenir leurs activités en Israël. »
Cette étude, menée au cours du mois dernier, s’appuie sur des données recueillies auprès de sept entreprises israéliennes du secteur des technologies, membres de l’Israel Growth Forum, qui emploient plus de 10 000 personnes en Israël et dans le monde entier.
Fondé en 2015, ce forum regroupe quelque 25 grandes entreprises israéliennes du secteur des technologies, tant publiques que privées – notamment Wix.com, Lemonade, Fiverr et Outbrain – qui emploient des milliers de personnes, et qui ont choisi d’unir leurs forces pour faire pression sur le gouvernement sur des questions qui concernent la communauté israélienne de la tech.
Dans l’ensemble, l’étude a montré que le coût de la main-d’œuvre dans les entreprises israéliennes de la tech, notamment pour les développeurs et les professionnels du marketing et de la vente, était supérieur de 2 % à celui de leurs homologues américains. À titre de comparaison, en mai 2025 encore, le salaire d’un employé israélien du secteur de la tech était inférieur de 15 % à son équivalent aux États-Unis.
Une analyse prudente, basée sur les données de l’étude, suggère que les employés des deux pays auraient un coût à peu près équivalent à un taux de change d’environ 3,21 shekel pour un dollar, par opposition au taux actuel d’environ 2,99 shekels pour un dollar.
Une analyse géographique a par ailleurs révélé que les employés israéliens du secteur des technologies coûtent 2,4 fois plus cher que leurs homologues en Pologne, en Lituanie, en Roumanie et en Ukraine.
« Pour une entreprise, la décision de recruter du personnel en Israël ou aux États-Unis relève d’un choix commercial spécifique », a indiqué Sarig-Kaduri. « Pour l’économie israélienne, néanmoins, lorsque des centaines d’entreprises prennent simultanément cette même décision, cela peut concerner des milliers d’employés, de cadres, d’expertises et toute une chaîne d’activité économique qui pourrait alors se développer en dehors d’Israël. »
« Le défi auquel Israël est confronté ne consiste pas seulement à retenir les employés qui travaillent actuellement sur le territoire, mais aussi à préserver la viabilité et la capacité du secteur high-tech israélien à continuer de générer de la croissance au sein du pays », a averti Sarig-Kaduri.
La dépendance de l’économie vis-à-vis du secteur technologique local s’est considérablement accrue ces dix dernières années. Cette évolution s’explique par la croissance rapide des recettes fiscales générées par ce secteur, elle-même due à l’augmentation du nombre d’employés et à la hausse de leurs salaires. Les employés du secteur des technologies, qui représentent 11 % de la population active du pays, rapportent plus d’un tiers de l’ensemble des recettes fiscales perçues. Cela confirme l’importance vitale de ce secteur en tant que moteur essentiel de l’économie israélienne, mise à mal par la guerre.
Cette étude de l’Israel Growth Forum a été publiée dans un contexte de pression croissante sur le gouvernement et la Banque centrale d’Israël, appelés à aider les start-ups et les entreprises technologiques israéliennes à faire face à la forte hausse du shekel.
Mardi, par ailleurs, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a présenté un plan d’aide de 1,6 milliard de NIS (534 millions de dollars) destiné à faciliter le financement des start-ups en difficulté financière, à acquérir des équipements de fabrication de pointe, à soutenir les exportateurs, à développer la formation professionnelle et à mettre en place des incitations fiscales.
« Les mesures annoncées pour soutenir le secteur de la haute technologie pourront certes aider quelques petites start-ups à court terme. Mais les entreprises israéliennes en phase de croissance ont atteint un stade différent », a déclaré Sarig-Kaduri. « Ces entreprises emploient des centaines, voire des milliers de salariés en Israël. Une approche plus large et plus créative est indispensable pour garantir la poursuite de leur croissance dans le pays. »
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