Après deux années et demie de guerre, la résilience de l’économie israélienne s’explique aussi par le développement de nouvelles formes de travail : beaucoup d’Israéliens ont pris l’habitude de travailler à distance, et ce mode de travail se poursuit même après la guerre. Travailler en Israël en temps de guerre relève d’un véritable défi ; beaucoup d’employeurs ne peuvent garantir la sécurité à leurs salariés alors que la fermeture prolongée des écoles a longtemps obligé les parents à renoncer à se rendre sur leur lieu de travail. Résultat : c’est le travail à distance, dit aussi télétravail, qui fait tourner l’économie israélienne en période de guerre, et en particulier depuis le lancement de l’opération Rugissement du Lion le 28 février dernier. Même après le cessez-le-feu conclu le 8 avril dernier, l’habitude du télétravail n’a pas disparu, loin de là. Désormais, les activités à distance ne concernent plus seulement le travail ; elles se sont amplifiées et diversifiées vers d’autres domaines comme les achats, le loisir, la santé, l’éducation, etc. Travail à domicile L’économie d’Israël a commencé à se barricader durant la crise sanitaire du Covid en 2020 ; beaucoup de salariés israéliens se sont habitués à travailler à domicile et la guerre actuelle a largement amplifié le phénomène. Selon l’enquête sur la population active réalisée par l’Institut israélien de la Statistique au début de ce mois de mai, le travail à domicile ou à distance s’est envolé depuis le début du conflit actuel.
  • Environ un million d’Israéliens ont travaillé à domicile en mars 2026, soit 29,5% de la population active du pays ; c’est un taux record, beaucoup plus élevé qu’en décembre dernier où 16,9% des Israéliens ont travaillé à domicile.
  • Le recours au travail à domicile dépend largement du secteur d’activité ; il est particulièrement fort dans les télécoms (69% d’emplois à distance) et dans la finance (49% de travailleurs à domicile).
La durée du travail à domicile s’allonge aussi ; début 2026, l’Israélien qui a travaillé à la maison y a consacré 30 heures hebdomadaires, tous secteurs confondus. Économie digitale Si l’Israélien reste à la maison pour travailler, il en profite aussi pour y faire toute une série d’activités qu’il faisait auparavant à l’extérieur de chez lui, comme :
  • les courses sur internet,
  • la livraison de repas à domicile,
  • les services bancaires digitaux,
  • les loisirs à la maison,
  • des consultations médicales en ligne.
A défaut de pouvoir s’envoler vers des destinations lointaines et de fréquenter les centres commerciaux par crainte des alertes fréquentes, l’Israélien a progressivement développé toute une économie à domicile. Quand Israël 2026 se barricade, deux mondes économiques se développent en parallèle et se complètent : le physique et le digital. De quoi renforcer la capacité de l’économie à résister aux chocs et à redémarrer rapidement.
à propos de l’auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de « Les Arabes d’Israël » (Autrement, 2008), « Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ? » (Armand Colin, 2012), « Les Israéliens, hypercréatifs ! » (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et « Israël, mode d’emploi » (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : « Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël » (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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