En 2026, on s’attend à une mobilisation exceptionnelle du public pro-Israël. Lorsque l’Autriche a dépassé Israël pour remporter l’Eurovision l’an dernier, elle a aussi décroché l’organisation de l’édition 2026. Dans la foulée, le commentateur britannique Graham Norton a lâché à l’antenne que les organisateurs «poussaient sans doute un immense soupir de soulagement», signe d’un climat déjà très tendu autour de la présence d’Israël au concours. Dans l’arène, la tension était palpable: certains priaient, d’autres pleuraient, et une partie du public scandait «Austria, Austria» au moment des derniers points. SELON (1) : « En amont et pendant la finale, les manifestations s’étaient déjà multipliées. À Bâle, des centaines de protestants drapés de drapeaux palestiniens et couverts de faux sang dénonçaient le génocide à Gaza. Sur scène, la chanteuse israélienne Yuval Raphael avait été prise pour cible quand deux personnes avaient tenté d’envahir le plateau en jetant de la peinture. Pourtant, malgré une note moyenne des jurys, la jeune femme avait dominé le télévote, devançant tous ses concurrents. Ce résultat a immédiatement suscité des doutes chez plusieurs diffuseurs pointant du doigt des comptes officiels liés au gouvernement israélien, y compris celui de Benyamin Netanyahou, appelant les internautes à voter jusqu’à vingt fois pour Israël, soit le maximum autorisé. Selon eux, ce score refléterait moins une adhésion massive à la chanson qu’une mobilisation intense d’une partie du public en faveur d’Israël. Certains ont donc demandé un audit du système de vote, jugeant qu’il ne garantissait plus une «image fidèle de l’opinion» des téléspectateurs. L’Union européenne de radio-télévision (UER), qui organise l’Eurovision, a rétorqué que les résultats avaient été vérifiés de façon indépendante et qu’aucune preuve ne montrait qu’un vote répété jusqu’à vingt fois faussait «de manière disproportionnée» le classement, confirmant son résultat. Mais cette quasi-victoire d’Israël a cristallisé un débat ancien sur l’impact du contexte géopolitique dans les votes et sur la capacité du concours à rester avant tout une compétition musicale.

Une édition 2026 sous tension.

Pour 2026, l’Eurovision fait désormais face au boycott le plus important de son histoire. Cinq diffuseurs –Espagne, Irlande, Pays-Bas, Islande et Slovénie– se sont retirés en protestation contre la participation d’Israël, alors que 35 pays restent en lice. Leurs motivations varient, mais plusieurs invoquent l’offensive israélienne à Gaza, qui a fait des dizaines de milliers de morts, et accusent le gouvernement israélien de crimes graves –que ce dernier rejette fermement. Ces chaînes publiques sont en général alignées sur des gouvernements qui ont adopté une ligne très critique vis-à-vis d’Israël et ont tenté, sans succès, de pousser l’Union européenne à revoir ses relations avec l’État hébreu. Elles assurent toutefois avoir pris une décision éditoriale autonome. Pour elles, la présence de la télévision publique israélienne Kan et les campagnes jugées agressives autour du vote rendent impossible un concours véritablement fondé sur la seule popularité des chansons.

La géopolitique jamais bien loin.

L’UER rappelle que l’Eurovision est une compétition entre diffuseurs membres, et non entre gouvernements, construite sur le slogan «unis par la musique». Historiquement, pourtant, le concours n’a jamais été totalement à l’abri des tensions internationales. Des boycotts avaient déjà eu lieu, par exemple entre la Grèce et la Turquie dans les années 1970, ou avec le retrait du Liban en 2005 parce qu’il refusait de diffuser la prestation israélienne. Plus récemment, la disqualification de la Russie en 2022 après l’invasion de l’Ukraine a ravivé les débats sur la place de la politique dans le spectacle. La victoire de l’Ukraine en 2022, largement interprétée comme un vote de solidarité, a renforcé les critiques de certains diffuseurs, comme la RTV slovène, qui estiment qu’un pays en guerre ne devrait pas participer, quel que soit son statut de victime ou d’agresseur. En Espagne aussi, des responsables plaident pour une réforme des statuts de l’UER afin d’exclure du concours les pays impliqués dans un conflit armé. Pour l’instant, toutefois, les membres ont confirmé la règle traditionnelle: toute chaîne publique membre de l’UER peut participer, ce qui inclut Israël et l’Ukraine ».
(1) Slate.
Joe Klamar / AFP
L’Eurovision, miroir kitsch des dynamiques géopolitiques européennes
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