REVUE BEAUX ARTS. « Ces 3 minutes et 19 secondes ont fait le tour du monde. Le 19 octobre 2025 au matin au musée du Louvre, huit bijoux historiques et inestimables de la galerie d’Apollon, sertis de perles et de pierres précieuses, étaient volés en un temps record sous les yeux des gardiens et des visiteurs, à l’aide d’un monte-charge et d’une disqueuse. Six mois après ce casse spectaculairement simple qui a sidéré la France, un épisode de l’émission « Complément d’enquête » revient sur l’affaire avec des images exclusives, des interviews et des documents inédits, le temps d’un documentaire de 50 minutes : « Musée du Louvre : dans les coulisses du casse du siècle », diffusé ce jeudi 7 mai à 23h sur France 2 et france.tv.
S’il ne fait aucune révélation majeure, le film a le mérite de fournir, à travers des interventions de divers protagonistes (des gardiens aux ministres en passant par divers experts, la police et les syndicats) une bonne synthèse des faits, du vol en lui-même jusqu’à la question des failles de sécurité du plus grand musée du monde.
Le vol et l’itinéraire des suspects reconstitués par la vidéosurveillance.
Son grand atout réside d’abord dans le dévoilement en exclusivité de l’intégralité des images de vidéosurveillance, qui permettent de suivre seconde par seconde tout le déroulement du vol. Entrés dans la galerie par un balcon et une porte-fenêtre qu’ils ont atteints grâce à un monte-charge, deux hommes – l’un cagoulé portant un gilet jaune, l’autre casqué, vêtu de noir – s’emparent des bijoux en à peine 3 minutes avant de ressortir par la fenêtre, tandis que leurs deux complices les attendent à l’extérieur.
Le gardien qui tente de s’approcher d’eux avec un poteau est rappelé à l’ordre par sa cheffe d’équipe : pour sa sécurité, le protocole lui interdit d’intervenir. Dans leur fuite, les voleurs font tomber sur le sol de la galerie la couronne d’Eugénie ornée d’aigles en or, qui sera retrouvée très abîmée au pied de la façade. Les caméras de surveillance retracent ensuite leur parcours jusqu’à un parking d’Aubervilliers, où on les voit admirer le diadème en perles d’Eugénie. La toute dernière image des bijoux dérobés…
Pierre-Stéphane Fort, Henri Dreyfus et Marielle Krouk ont également été autorisés à filmer dans la galerie d’Apollon, toujours fermée au public et où rien n’a bougé depuis le 19 octobre : les vitrines brisées sont encore là. Leur verre très épais, installé en 2020, était censé résister aux coups de masse et aux armes à feu. Mais l’usage d’une disqueuse sans fil n’avait pas été anticipé.
Grâce à 150 prélèvements ADN effectués sur les lieux du vol, trois suspects sont interpellés en six jours, suivis d’un quatrième un mois plus tard. Deux d’entre eux ont déjà été condamnés pour des vols, parfois avec violence ; les deux autres seulement pour de petits délits. Leur point commun : la commune d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis.
Le plus expérimenté est Niakate Abdoulaye, connu sous le pseudonyme de « Doudou Cross Bitume » dans ses vidéos de rodéo urbain postées sur internet. Bien que décrit comme un quarantenaire serviable par les habitants de son quartier, il a déjà passé cinq ans derrière les barreaux, notamment pour deux vols à main armée dans des bijouteries.
Selon Patricia Tourancheau dans son ouvrage qui paraît lui aussi ce 7 mai, Le Casse du Louvre, les voleurs ont « voulu entrer dans la légende ».
Le documentaire se concentre sur les deux malfaiteurs présents dans la galerie : l’homme en jaune, soupçonné d’être « Doudou », et l’homme en noir, que la police pense être Ayed Ghelamallah, 35 ans, de nationalité algérienne et connu seulement pour de petits délits. Intervient alors un passage édifiant : une conversation entre les deux hommes (rapportée par un policier) à travers les cloisons de leurs cellules de garde à vue. Afin de minimiser sa responsabilité, « Doudou » aurait menti aux enquêteurs en prétendant avoir agi sur ordre et n’avoir pas su au moment des faits que le bâtiment cambriolé était le Louvre. Les versions des suspects interrogés séparément se contredisent : pour l’un, le commanditaire est un Marocain ; pour l’autre, il s’agit d’individus à l’accent slave. Sans doute des balivernes destinées à égarer la police !
La procureure Laure Beccuau confirme qu’elle ne privilégie pas la piste d’un commanditaire, et qu’il n’y a pas eu d’ingérence étrangère. Elle exhorte de nouveau les mis en examen à révéler où sont cachés les bijoux en échange d’un allègement de peine, les quatre hommes encourant quinze ans de réclusion criminelle. Quid de la location de la nacelle dans la ville de Louvres ? Coïncidence ou provocation ? Le film n’aborde pas ce détail qu’explore en revanche Patricia Tourancheau dans son ouvrage qui paraît lui aussi ce 7 mai aux éditions du Seuil, Le Casse du Louvre. Selon l’autrice, ce n’est pas un hasard : les voleurs ont « voulu entrer dans la légende ».
© France télévisions Complément d’enquête
Le film se concentre ensuite sur les failles de sécurité du musée, épluchant les différents rapports non suivis d’effet qui avaient souligné depuis 2017 d’importantes lacunes, ainsi que l’enquête commandée par le ministère de la Culture après le vol. Divers acteurs sont interviewés, dont Jean-Louis Monnier, qui avait audité la galerie d’Apollon en 2018 pour le joaillier Van Cleef & Arpels et identifié clairement la porte-fenêtre comme le grand point faible du lieu. Le tout ponctué d’extraits des auditions de l’ex-présidente-directrice du musée, Laurence des Cars.
Récit d’un « échec collectif »
Pour se défendre, celle-ci avance que le fameux rapport de 2018, qui prédisait le mode opératoire du 19 octobre, ne lui avait jamais été transmis par son prédécesseur, Jean-Luc Martinez… Et que sa lettre de mission ne mentionnait pas la sûreté. « La sûreté des œuvres fait partie des missions évidentes d’un conservateur », s’étrangle la ministre de la Culture de l’époque, Roselyne Bachelot. « C’est un échec collectif. On ne peut pas reporter toute la responsabilité sur une seule personne », tempère Rima Abdul Malak, qui était conseillère culture du président Emmanuel Macron au moment de la nomination de Laurence des Cars.
Mauvaise échelle de priorités, incompétence, manque de communication entre les différentes gouvernances… Le documentaire passe au crible les défauts majeurs identifiés dans la gestion du Louvre qui ont mené au drame, avant d’ouvrir sur le grand projet de rénovation à plus d’un milliard d’euros, « Louvre Nouvelle Renaissance », censé régler tous les problèmes de l’établissement pour 2032. Le nom du lauréat du concours d’architecture devrait être connu dans les prochaines semaines. Les bijoux, eux, demeurent introuvables ».
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