Considérée comme l’une des premières scientifiques israéliennes, la professeure Ruth Arnon (naissance en 1933), titulaire de la chaire d’immunologie à l’Institute Weizmann de Rehovot, a notamment travaillé à l’élaboration de vaccins contre le cancer et codéveloppé un célèbre médicament contre la sclérose en plaques. Grace à l’ampleur de ses recherches, la scientifique s’est vue décernée, entre autres, en 1998 le prix Wolf de médecine pour l’ensemble de ses découvertes en immunologie et en 2001, le Prix Israël pour sa contribution à la virologie, ainsi qu’à la biologie humaine et cellulaire.

Née dans la famille Rosenberg en 1933 à Tel Aviv, de père originaire de Biélorussie et de mère immigrée de Russie, Ruth représente la 2e génération de ‘sabra’ de la maison.

Ambitieuse et curieuse, l’enfant apprend la lecture et l’arithmétique de ses frères et sœurs plus âgés alors qu’elle est encore à la maternelle. Par conséquent, la petite est acceptée directement en CE1. Alors que Ruth atteint l’âge de treize ans, sa mère réussit à persuader le directeur du sélect lycée hébraïque d’Herzliya de lui permettre de commencer à y étudier. À quinze ans, la jeune fille sait déjà exactement ce qu’elle veut faire, à savoir travailler dans le domaine de la médecine. Trop jeune pour intégrer le Nahal (jeunesse pionnière combattante) comme ses camarades, elle s’inscrit à l’Université hébraïque de Jérusalem pour étudier la chimie.

En 1955, après avoir obtenu sa Maitrise en Sciences, Ruth Rosenberg sert pendant deux ans comme sous-lieutenant dans la marine. Là, elle rencontre Uriel Arnon, un ingénieur chimiste du Technion qu’elle épouse.

En quittant l’armée, la jeune femme apprenant que le professeur Ephraïm Katchalski (dit Katzir, futur président d’Israël de 1973 à 1978) cherche des scientifiques pour mener un nouveau projet. Ainsi, Ruth Arnon rejoint l’Institut Weizmann où elle commence son doctorat. Au cours de ses premières études, elle contribue à la compréhension de la base chimique de l’antigénicité et à l’élucidation de l’immunochimie des enzymes. Ces prospections novatrices sur le système immunitaire tracent la voie du développement des futures thérapies mises au point.

La chercheuse intègre définitivement le centre scientifique de Rehovot en 1960. Elle se spécialise dans le domaine de l’immunologie et contribue parallèlement à l’étude des maladies parasitaires.
Au sein de l’organisme, Ruth Arnon se voit tour à tour nommée Chef du département d’immunologie chimique (1975-1978), Directrice du Centre de Parasitologie (1984-1994), Doyenne de la Faculté de Biologie (1985-1988), Vice-Présidente de l’Institut Weizmann (1988 -1993) et Vice-Présidente pour les relations scientifiques internationales (1995-1997).

En 1991, elle devient en outre membre élue de l’Académie israélienne des sciences et lettres, et depuis 2010, Présidente de cette noble institution, ce qui fait d’elle la première femme à occuper ce poste prestigieux.

A l’étranger, Ruth Arnon collabore en tant que chercheuse invitée avec le Rockefeller Institute de New York ; l’Université Washington de Seattle ; l’Université de Californie à Los Angeles ; les Instituts Pasteur et Curie de Paris ; l’Institut Walter et Elisa Hall de Melbourne ; l’Imperial Cancer Research Fund de Londres.

De plus, elle se voit intronisée comme membre de très nombreuses institutions internationales et récipiendaire de nombreuses distinctions dont la médaille de Chevalier de l’Ordre de la Légion d’Honneur. En outre, durant sa carrière, Ruth Arnon publie plus de quatre cents articles, papiers et livres dans le domaine de l’immunologie et de la biochimie.

Ses principales recherches
Au sein du prestigieux centre de Rehovot, la scientifique réussit en 1967 à synthétiser, pour la première fois en laboratoire, une substance polymère de 4 acides aminés qui stimule le système immunitaire du corps : le premier antigène synthétique, une macromolécule capable de déclencher une réponse défensive. Elle découvre qu’une matière produite artificiellement peut supprimer chez les animaux la sclérose en plaques en régulant l’activité immuno-modulatrice du cerveau. Ce qui conduit à sa neuro-protection et à sa neuro-génération, ainsi qu’à l’inhibition du processus de démyélination, à savoir la disparition ou la destruction des lipides qui entourent et protègent les fibres nerveuses.

Près de trente ans de recherche et d’expérimentation s’écoulent entre cette découverte pionnière et l’approbation de l’utilisation du Copaxone®, l’un  des grands succès de l’industrie pharmaceutique israélienne, médicament produit par le géant Teva. Ce traitement majeur de la sclérose en plaques permet aux millions de malades de par le monde de mener une vie presque normale. En effet, ses réelles performances réduisent efficacement la période de rémission de la maladie du système nerveux central de 1,6 attaques par an à une tous les six ans.

Par ailleurs, dans son travail sur les vaccins synthétiques contre les maladies infectieuses, Ruth Arnon invente également un sérum antigrippal administré par voie nasale, agissant pendant plusieurs années contre une large gamme de ce virus. Pour cela, elle recombine un mélange de flagelles (structure assurant la mobilité d’une cellule) de plusieurs épitopes (molécules qui peuvent être reconnues par un anticorps). Sur cette base, le vaccin induit chez l’humain une réponse immunitaire antigrippe à large spectre. Après les essais sur les animaux contre la grippe aviaire et porcine, le remède est testé sur des patients à l’hôpital Ichilov de Tel Aviv en 2016.

Enfin, Ruth Arnon développe de même un autre vaccin synthétique, cette fois contre le cancer. Sur un principe identique que le précédent, le sérum issu d’épitopes provenant de la muqueuse utérine cette fois entraîne une diminution significative de la croissance tumorale.

Noémie Grynberg / Israel Magazine.

 

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