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La Cisjordanie compte l’un des taux de fécondité les plus élevés de la région pour les adolescentes âgées de 15 à 18 ans avec 48 naissances pour 1.000 filles. Pourtant, environ 145.000 femmes ne bénéficient pas des soins de santé adéquats, selon l’OMS. Pour relever ce défi majeur, le centre médical Sheba de Ramat Gan en Israël a annoncé le lancement d’un nouveau programme en collaboration avec l’ONG pour la paix Rozana, permettant aux femmes palestiniennes d’avoir accès aux soins de santé grâce à la télémédecine et aux technologies de pointe.

Dans le cadre du projet pilote mis en place en avril dernier, 12 Palestiniennes membres du personnel médical de deux hôpitaux à Hébron ont reçu une formation (en mars et juillet) à Sheba, pour apprendre à se servir d’appareils qui seront ensuite distribués aux patientes des zones reculées de Cisjordanie, afin d’obtenir un suivi médical depuis leur domicile.

Ces femmes gynécologues, sages-femmes, infirmières, pédiatres, nutritionnistes, physiothérapeutes et psychologues, formées à la télémédecine, recevront un soutien clinique continu sur une base bimensuelle.

Une centaine de patientes palestiniennes vivant dans trois communautés situées à une vingtaine de kilomètres autour de Hébron, dont la communauté bédouine, ont déjà pu bénéficier du programme.

« Notre objectif est de fournir aux femmes les soins dont elles ont besoin, où qu’elles se trouvent », a déclaré le Dr Avi Tsur, directeur du Centre d’innovation pour la santé des femmes et d’OB-GYN Beyond à Sheba. « La télémédecine nous permet de combler les écarts géographiques, politiques et culturels pour atteindre des résultats optimaux », a-t-il ajouté.

La plateforme hospitalière virtuelle Sheba Beyond a été pionnière de la télémédecine materno-fœtale, créant ainsi une percée dans l’évaluation fœtale à distance pour les femmes enceintes en Israël. Sheba a été classé meilleur établissement au monde depuis quatre ans au Top 10 du magazine Newsweek.

Un partenariat à travers des cliniques virtuelles.

Grâce à des appareils de pointe connectés à une application qui réunit les données médicales de chaque patiente, les femmes peuvent recevoir un diagnostic via une consultation en ligne. Sur un écran commun accessible depuis leur téléphone ou leur ordinateur, elles sont suivies à la fois par des femmes médecins des hôpitaux de Hébron et par l’équipe de Sheba, qui ont accès au dossier complet.

« Une équipe physiquement présente à Hébron accueille également les femmes en cas de problème qui ne peut être géré à distance, éventuellement sur ordre des médecins israéliens », a précisé Ronit Zimmer, directrice de l’ONG Rozana à i24NEWS.

Parmi les appareils de pointe proposés, figure la machine « HeraBEAT », qui, positionnée sur le ventre de la mère, mesure la fréquence cardiaque du fœtus et transmet les résultats en simultané sur l’application.

Le savoir médical israélien exporté en Cisjordanie.

Peu de temps avant l’apparition du coronavirus, l’équipe de Sheba a finalisé ses recherches pour concrétiser le projet à partir de données alarmantes fournies par l’OMS, notamment sur le manque de spécialistes dans certaines régions de Cisjordanie. Puis, la pandémie et les confinements successifs ont donné tout leur sens à ce programme. En effet, la télémédecine s’est peu à peu développée dans plusieurs pays, offrant de nouvelles perspectives au monde médical.

« Être bloqué chez soi pendant de longs mois allait tout à fait de pair avec l’approche que nous étions en train de mettre au jour. Ici, il est question d’apporter une aide physique mais aussi mentale et émotionnelle pour contribuer au bien-être des femmes », a déclaré Ronit Zimmer à i24NEWS.

« Dans ces villages, les femmes ont énormément d’enfants et le risque de décès à la naissance est élevé. On constate aussi des cas de violence conjugale, de diabète et de bébés atteints de pathologies congénitales liées au fait qu’ils se marient souvent entre cousins au premier degré », a-t-elle souligné, précisant qu’environ 40% de la population palestinienne se marient entre cousins.

Selon l’OMS, le taux de mortalité à la naissance est passé de 38 pour 100.000 naissances en 2008 à 22 pour 100.000 naissances en 2016. Cependant, 70 % des décès signalés en 2016 ont été classés comme « évitables. »

Ronit a également soulevé le problème du manque d’éducation de ces jeunes femmes vis-à-vis de leur rapport au corps et à la santé en général.

« Certaines n’ont jamais vu de dentiste à l’âge de 40 ans et connaissent très mal leur corps, car la priorité n’a jamais été donnée à la sensibilisation des femmes aux questions médicales », a-t-elle déploré. En outre, Ronit révèle qu’aujourd’hui, le cancer du sein est la première cause de mortalité chez les Palestiniennes. « En 2022, les femmes ne devraient plus décéder de ce cancer, car s’il est pris à temps, il peut être très bien soigné », a-t-elle ajouté.

Les limites du système de santé palestinien pour les femmes.

En effet, dans les communautés rurales des territoires palestiniens, l’accès à la santé et plus particulièrement à la santé sexuelle (grossesse) est restreint pour les femmes. Pour des raisons culturelles et religieuses, elles ne peuvent se rendre dans les centres médicaux sans être accompagnées d’un homme, elles ne peuvent pas non plus être examinées par un médecin de sexe masculin, et pour la plupart, elles n’ont pas les moyens de laisser leurs nombreux enfants seuls à la maison le temps de consulter, compliquant leur prise en charge.

« Quand nous avons fait ce constat, nous avons compris le besoin urgent d’établir la télémédecine pour ces patientes et l’incroyable avancée que cela signifierait pour elles. Nous nous sommes aussi rendu compte que l’initiative devait provenir de l’intérieur et que nous devions donc mettre l’accent sur la formation des Palestiniennes afin que les patientes se sentent en confiance, c’est essentiel », a affirmé Ronit.

Un pas vers la paix.

Ce genre d’initiative qui crée des ponts entre les communautés, promeut le partage de connaissances et la coopération dans le domaine médical peut s’étendre à d’autres domaines et, à terme, agir comme un modèle de paix réussi à une plus grande échelle.

« Utiliser la télémédecine est merveilleux, cela soigne les gens, et le fait d’être en bonne santé les rend plus optimistes et beaucoup plus ouverts », a assuré Ronit. »Quand on implique des hôpitaux de renom comme celui de Sheba ou ceux de Hébron pour les Palestiniens, cela a un énorme impact sur les populations. Je pense qu’il y a aussi une grande volonté des deux côtés de travailler ensemble et c’est très encourageant pour le futur », a affirmé Ronit.

D’ici quelques années, Ronit espère développer le projet pour les femmes de la bande de Gaza, assurant qu’il faut d’abord établir une confiance entre les équipes pour qu’il soit mené à terme. Une lueur d’espoir, qui pourrait malgré les cycles de violences récurrents entre Israël et la bande de Gaza, donner un nouveau souffle à des relations pour l’heure conflictuelles.

Caroline Haïat est journaliste pour le site français d’i24NEWS

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