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Daniel Gugenheim, Docteur en économie.

La dépréciation de l’euro traduit en réalité un retour aux fondamentaux de l’économie

Cela n’était pas arrivé depuis 20 ans : l’euro ne vaut plus qu’un dollar. A titre de comparaison, il avait atteint en 2010, à son apogée,1,6 dollar, et s’échangeait encore l’année dernière à 1,2 dollar. Il faut tout de même souligner que ce n’est pas son record absolu de faiblesse, puisqu’en 2001, lorsque le monde financier était dubitatif sur son avenir, l’euro ne valait que 0,83 dollar. De ce fait, les pays de la zone euro avaient adopté des mesures de stabilité rigoureuses pour donner confiance dans l’avenir de la monnaie, ce qui a provoqué en son temps une appréciation forte et continue de sa valeur.

Mais depuis 2010, la dépréciation de l’euro, qui s’est accentuée en 2022, traduit en réalité un retour aux fondamentaux de l’économie. Selon la théorie financière, la valeur d’une monnaie est avant tout fonction de la force de l’économie qu’elle représente. Il est vrai que les 19 pays qui ont adopté l’euro constituent un vaste marché de pays développés, qui était censé pouvoir se mesurer aux autres grandes puissances mondiales, comme les Etats-Unis, la Chine, le Japon, l’Inde et la Russie. On a même  avancé, à ses heures de gloire, que l’euro pourrait constituer une monnaie de réserve, comme le fut longtemps l’étalon or et maintenant le dollar.

Cependant, depuis plusieurs années, les pays de l’euro sont confrontés à des déficits commerciaux et budgétaires très lourds, une croissance relativement faible (peut-être même la récession en 2022), et surtout un endettement considérable sur les marchés financiers. La FED (banque centrale américaine) a relevé ses taux d’intérêt de façon agressive depuis plusieurs mois, afin de lutter contre l’inflation qui avoisine les 10% aux Etats-Unis. De son côté, la banque centrale européenne a annoncé qu’elle relèverait prochainement ses taux sur l’euro qui sont même négatifs actuellement, puisque l’inflation moyenne en Europe est autour de 9%.

Cependant, les analystes financiers sont très réservés sur la possibilité de la banque européenne de mener une politique monétaire agressive, car il y a un risque réel de crise de la dette de plusieurs Etats membres, telle qu’on l’a connue dans le passé. Les signes avant-coureurs existent déjà puisque l’Italie doit s’acquitter d’un taux d’intérêt de près de 4% pour emprunter sur les marchés financiers. Notons que le shekel se maintient relativement bien dans cette nouvelle tourmente, grâce à des indicateurs au vert : l’euro est notamment en dessous de son cours de début 2022, et le dollar est repassé aujourd’hui sous la barre de 3.5 shekels.

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