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Israël doit-il être une terre d’asile pour les réfugiés d’Ukraine ? La question agite la classe politique, alors que plus de 2.000 ressortissants ukrainiens sont arrivés en Israël depuis le 24 février, date du début de l’invasion russe en Ukraine.

La ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked a tranché en fixant un quota d’entrées, plafonné à 25.000, en incluant les citoyens ukrainiens déjà en Israël, ce qui laisse encore environ 2.500 entrées disponibles. Le chiffre pourra être revu à la hausse ultérieurement, a précisé Ayelet Shaked. Tous ces réfugiés se verront accorder un visa de séjour de trois mois. Et si le conflit se poursuit au-delà de ce délai, leur permis de séjour sera complété par un permis de travail, étant entendu que ces mesures s’arrêteront quand la sécurité sera rétablie en Ukraine.

La décision de la ministre de l’Intérieur a été accueillie par des réactions mitigées, y compris au sein de la coalition, où certains élus de centre-gauche ont estimé qu’elle était insuffisante. Il est vrai aussi que la réalité est plus complexe. Cela fait déjà plusieurs années que les Ukrainiens sont les ressortissants étrangers les plus nombreux en situation illégale.

Il s’agit de travailleurs étrangers, mais aussi le plus souvent de parents ou de conjoints de citoyens israéliens d’origine ukrainienne, mais qui ne peuvent demander à immigrer, car ils n’entrent pas dans les catégories de la Loi du Retour. C’est le cas pour environ trois quarts des nationaux ukrainiens en situation illégale, qui sont restés en Israël après l’expiration de leur visa de touriste. La ministre de l’Intérieur a donc décidé de légaliser leur statut a posteriori, et de limiter les arrivées supplémentaires, estimant que la priorité devait être donnée aux Ukrainiens juifs et à ceux qui peuvent bénéficier de l’immigration au titre de la loi du Retour.

Et c’est bien le cœur du dilemme. Israël est d’abord un Etat qui se construit sur l’immigration juive et dont la vocation est d’être l’Etat-nation du peuple juif, autrement dit du rassemblement des exils. Dans cet esprit, l’Etat d’Israël a aussi pour mission de porter secours et d’accueillir les Juifs en détresse, que ce soit pour fuir l’antisémitisme ou la guerre. Mais d’un autre côté, les Israéliens n’oublient pas le temps où le peuple juif n’avait pas d’Etat et où il dépendait du bon vouloir des pays qui voulaient bien lui ouvrir leurs portes. Et la solidarité juive ne contredit pas le devoir de porter secours à des non Juifs.

En 1977, une des premières décisions de Menahem Begin, tout juste élu Premier ministre, avait été d’accueillir plus de 300 boat-people vietnamiens, qui fuyaient les persécutions du régime communiste, rappel tragique des Juifs à la fin des années 30, qui cherchaient en vain un port d’accueil. Tous ces boat-people avaient obtenu la citoyenneté israélienne. Durant la guerre en ex-Yougoslavie dans les années 90, Israël avait accueilli des réfugiés bosniaques musulmans, en reconnaissance envers ceux qui avaient sauvé des Juifs durant la Shoah. Dans les années 2000, Israël a également accueilli des réfugiés du Darfour, même si leur arrivée s’est fondue dans l’immigration illégale de milliers de Soudanais et d’Erythréens.

Le devoir d’accueil et de secours aux réfugiés fait donc partie des engagements d’Israël, même si sa première mission est  d’assurer un asile aux Juifs en péril. Tout est dans le point d’équilibre à trouver entre les deux.

Pascale Zonszain

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