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Diplomatie climatique ou dépendance stratégique ? La chronique d’Arié Bensemhoun.

Cette semaine a lieu à Glasgow, au Royaume Uni, la COP26, la conférence internationale sur le climat dont les changements nourrissent toutes les inquiétudes et font partie des préoccupations que les principaux leaders mondiaux doivent aborder. 

Joe Biden, qui y participe pour la première fois en tant que Président des Etats-Unis, est attendu au tournant et devrait appeler à des réductions ambitieuses des émissions mondiales de carbone dans une démarche qui cherche à séparer l’action sur le climat des réalités géopolitiques plus larges. La question qui se pose, est de savoir, si une telle approche peut avoir un impact significatif, ou si elle augmentera la dépendance énergétique occidentale tout en faisant pencher la balance en faveur de la Russie, de l’Iran et des producteurs de pétrole d’État chinois ?

En d’autres termes, la Diplomatie du changement climatique peut-elle conduire à une dépendance stratégique des pays démocratiques ? Ce qui évidemment serait extrêmement dangereux. 

Tout d’abord, il faut avoir à l’esprit que la question de l’énergie et du climat sont des problèmes de sécurité nationale.

En misant tout sur l’électricité, on augmente ses risques de sécurité d’approvisionnement, on devient alors plus vulnérable et on crée également des cyber-risques. Un système de pipeline, une centrale électrique, tout peut être piraté, mais lorsque l’on met tout ou presque sur l’électricité, on augmente la probabilité de cybermenaces. C’est encore un problème sérieux.

Ensuite, et nous ne pouvons pas l’oublier, les politiques climatiques actuelles ont des conséquences stratégiques. Elles renforcent l’effet de levier énergétique de l’Iran.

Le public occidental ne veut plus du gros ni du mauvais pétrole, mais les besoins en pétrole, gaz ou charbon n’ont pas disparu. [Alors que] nous avons rendu très difficile l’exploitation des sociétés pétrolières et gazières en Occident, elles continuent de pomper en Russie et au Moyen-Orient. Et cela crée un énorme transfert de richesse de l’Occident vers ces compagnies pétrolières nationales au Moyen-Orient, en Russie et dans d’autres pays.

Si vous êtes l’Iran et que vous souhaitez revenir dans le JCPOA [Plan d’action global conjoint] ou obtenir les meilleures conditions pour votre économie, il vous suffit d’attaquer comme en 2019 les infrastructures saoudiennes et autres infrastructures pétrolières. Obtenez ainsi un pétrole jusqu’à cent dollars le baril, et vous verrez les États-Unis et les Européens courir pour un accord qui pourrait être beaucoup plus avantageux pour l’Iran que ce qui avait été prévu.

Enfin, l’énergie renouvelable entraîne des coûts environnementaux énormes qui sont souvent sous-évalués quand ils ne sont pas totalement occultés. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes.

La production d’énergie renouvelable implique beaucoup d’exploitation minière. Et l’exploitation minière produit beaucoup d’émissions de CO2. Ces matériaux sont généralement extraits dans des pays où l’électricité est [dérivée] du charbon. Que ce soit en Indonésie, en Inde ou au Congo, il faut des formes d’énergie coûteuses et polluantes pour extraire ces matériaux indispensables pour rendre nos véhicules électriques propres.

De plus, les énergies solaires et éoliennes, nécessitent une utilisation de vastes étendues de terres. Difficile donc de concurrencer le gaz naturel, le nucléaire, le charbon, sans détruire la plupart de vos espaces ouverts. Nous devons donc examiner plus sérieusement tout l’impact environnemental et climatique des énergies renouvelables. 

Voila pourquoi, le président Biden mais aussi d’autres présidents de pays européens pourraient bientôt avoir à choisir entre leur politique climatique et leur stratégie nationale globale. L’agenda vert, tel qu’il est actuellement conçu, est une machine efficace pour saper le pouvoir économique et politique du monde démocratique et pour renforcer l’influence précisément des pouvoirs autoritaires auxquels les démocraties ont promis de s’opposer. Les conséquences d’un tel déséquilibre ne seraient bonnes ni pour la préservation de la planète, ni pour garantir la sécurité du monde.

S’il faut lutter contre les émissions de gaz à effet de serre qui menacent l’avenir de l’humanité, il ne faut pas être naïf et s’assurer que cet effort sera global et ne sera pas utilisé par certains pays dont l’engagement à réduire les gaz à effet de serre est au mieux discutable, au pire anecdotique, pour augmenter notre dépendance et notre vulnérabilité au nom d’une vertu climatique nécessaire mais qui ne vaut que si elle est partagée par tous.

Arié Bensemhoun

Radio J. (Copyrights)

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