“Les hommes pensent que nous sommes une espèce d’objet à disposition. Je légende mes dessins avec des phrases suggestives qu’ils aimeraient entendre ‘viens me chercher’ ou ‘laisse moi te servir’, justement pour pousser à la réflexion.”“Je n’aurais jamais pensé être une artiste -ça ne se faisait pas chez moi. D’ailleurs, je ne pensais même pas être bonne. Ma vie n’a été qu’un enchaînement d’évènements”, assure Murielle Cohen qui se souvient du 11 septembre 2001 comme d’un déclencheur. Alors que la seconde tour du World Trade Center s’effondre sous ses yeux, elle s’aperçoit que sa vie doit changer. “La semaine suivante, chez un copain, je tombe sur un bouquin regroupant les premiers dessins d’Henri Matisse. La claque, lâche-t-elle. En quelques lignes, il exprimait l’âme des gens.” Dorénavant, entre deux castings, Murielle Cohen s’assoit dans les rues de New York et propose, gratuitement, des portraits de gens. Elle en réalisera plus de 2000. Au top de sa carrière, le sort s’acharne subitement sur elle: son corps est couvert d’eczéma. Si elle ne le soigne pas, elle peut dire adieu à ses projets. Direction la mer Morte, en Israël. Comme toujours avec Murielle Cohen, le destin s’en mêle. Le premier jour, dans l’eau, elle rencontre celui qui va devenir son mari et le père de ses trois enfants. Ensemble, ils s’installent près de la bande de Gaza où elle commence à récolter du bois pour le recycler. Il lui faudra presque dix ans pour affiner cette technique et oser afficher ces bouts de bois sur les murs de Tel Aviv sous la forme d’oeuvres d’art. Son crédo, c’est la technologie qui nous bouffe au quotidien. Son combat? La perception des femmes dans et hors de l’espace public.
Avec sa série Beautiful Women, elle veut célébrer la sensualité et la féminité: “Les gens vont s’arrêter parce que je dessine des femmes nues sur les murs. Ce n’est pas grave, s’ils s’arrêtent ils lisent le message.” Le message justement, c’est de grossir le trait. “Les hommes pensent que nous sommes une espèce d’objet à disposition. Je légende mes dessins avec des phrases suggestives qu’ils aimeraient entendre ‘viens me chercher’ ou ‘laisse moi te servir’, justement pour pousser à la réflexion. Est-ce que c’est vraiment ce qu’ils cherchent chez une femme?”, interroge la graffeuse.
Dans sa série exprimant sa technophobie, ce sont aussi des femmes qui prennent la parole et s’interrogent: est-ce que la technologie domine les femmes? Nous rend-elle plus belles? Est-elle l’ennemie de la féminité? Autant de questions que les murs forcent à se poser. Libérée de ses carcans, familiaux et religieux, et du diktat de la beauté, de coups du sort en trajectoires déviées, Murielle Cohen a quitté les catwalks pour devenir la voix de toute une génération telavivienne.
Sarah Koskievic, à Tel Aviv.
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