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EDITORIAL Daniel Rouach.

Depuis quelques semaines on parle souvent de la situation des juifs devenus français par le décret Crémieux (en Algérie). Ce que je sais par mon histoire familiale n’a rien à voir avec des thèses défendues actuellement sur la « bonne situation des juifs en Algérie durant la seconde guerre mondiale ». La France de Vichy a été une tragédie pour de nombreux juifs en Algérie.

Dans ma famille nous avons une histoire qui nous a profondément marqué. C’est celle de notre grand-père David Assayah, qui vivait à Sidi-Bel Abbès (Algérie). Dans les années 1939-1945 la ville était très petite. Les juifs vivaient en bonne harmonie (factice?) avec les musulmans. Aujourd’hui Sidi Bel Abbès est une commune de la wilaya de Sidi Bel Abbès, dont elle est le chef-lieu, centre commercial et industriel dynamique situé à 82 km d’Oran, la ville compte 212 900 habitants.

En 1939, cinq bataillons de légionnaires étaient implantés à Sidi-Bel-Abbès (à Tlemcen, dans le Territoire des Oasis et en Tunisie). Ces bataillons se préparaient à défendre l’Afrique du Nord. Il est clair que Sidi Bel Abbès et la Légion ne faisaient qu’un.

Sidi-Bel-Abbès comptait dans les années 1940, 45 000 habitants dont 30 000 Européens (avec une forte proportion d’Espagnols), 15 000 juifs et 14 000 « indigènes musulmans ». Le maire très antisémite, Lucien Bellat, avait été mis en difficulté par le candidat communiste lors de sa campagne électorale. La tension engendrée par cette campagne s’est accompagnée de troubles antisémites violents.

C’est dans ce contexte assez violent, qu’un jour mon grand-père est rentré à la maison de son travail abasourdi, malheureux et triste. Il était Gendarme et avait été viré de sa fonction car il était juif. Obligé de rendre ses habits dont il était si fier. Humilié à jamais. La date est le 7 Octobre 1940. Cette blessure est inscrite dans les gènes de notre famille. Un membre de notre fratrie est même persuadé qu’il est mort en gardant en lui cette blessure dramatique.

Mon grand père David Assayah a eu de très nombreux enfants, dont ma mère. Du jour au lendemain mon grand-père s’est donc retrouvé jeté comme un chien par la France antisémite de Vichy. De nombreux juifs d’Algérie ont souffert car la France de Vichy a été diabolique et dramatique pour les juifs. Beaucoup sont morts.

Un épisode peu connu. Le 8 janvier 1938, le maire antisémite de Sidi-bel-Abbès avait fait radier 373 Juifs sous le prétexte qu’ils descendent de parents qui n’avaient pas fait leur déclaration devant le juge de paix en vue de leur inscription sur les listes électorales, conformément à un décret de 1871. Il faudra attendre le 17 janvier 1939 pour que l’État, par un décret, fasse échec aux manoeuvres du maire et rétablisse les radiés dans leur citoyenneté.

Selon un auteur : « L’épisode de Sidi-Bel-Abbès n’a fait qu’anticiper l’antisémitisme de Vichy dans sa version algérienne. En effet, dès le 7 octobre 1940, une loi abroge le décret Crémieux dans ses effets politiques (les juifs, désormais « juifs indigènes » perdent leurs droits politiques mais restent soumis au Code civil). De nombreux auteurs ont souligné que l’abrogation du décret Crémieux a été présentée comme une réponse à une « demande locale » de la société algérienne, d’autant que, on l’a vu, la revendication de l’abrogation du décret a traversé toute l’histoire politique de la colonie pendant la Troisième République.

L’administration algérienne, si frileuse en 1938 devant les agissements de Lucien Bellat, n’a pas hésité à durcir la législation antisémite de Vichy en vigueur en métropole, comme le témoigne l’application d’un numerus clausus à l’enseignement primaire et secondaire » .

Les gènes de notre famille nous rend insupportable l’injustice et la ségrégation raciale qui a été imposée par Vichy. Nos gènes nous interdisent de renier nos origines juives. Nos gènes nous obligent à être bienveillant face à la misère de ceux que nous pouvons rencontrer et qui se retrouvent un jour dans la détresse.

Combien de juifs ont-ils été jetés des services publics français en Algérie? Selon une étude sérieuse : « En 1940, le nombre de gendarmes déclarés juifs en Algérie est très faible puisqu’il ne concernait que 31 hommes. Selon André Martel, les mesures antisémites de Vichy touchent 80 officiers et 124 sous-officiers (gendarmes compris) de l’armée de terre, 24 officiers (dont 15 ingénieurs) de la Marine ainsi que 10 officiers, 91 sous-officiers et 106 hommes de troupe de l’armée de l’air . Peu représenté, le groupe des gendarmes déclarés comme juifs ne possède pas non plus un caractère homogène. Si certains ont conservé une pratique religieuse régulière, d’autres sont devenus complètement étrangers à la religion juive ».

Selon un auteur : « Les provocations de « Z » contre l’islam, contre les femmes ou en faveur de la colonisation et du régime de Vichy « ne sont d’une certaine manière que des formes de revanche sur son impossibilité à être ce qu’il aurait sans doute voulu être : un membre de la « noblesse d’Etat » pour reprendre l’expression de P. Bourdieu. Le polémiste est en quelque sorte un « parvenu » de l’identité, qui a refoulé tous ses échecs et les a transformés et magnifiés en en offrant une figure grimaçante, celle d’un fascisme à la française ».

Dans les prochains mois je vais faire un travail d’interviews et rencontres avec des témoins de l’histoire pour écrire cette vérité historique. Chacun d’entre nous dois le faire… Ne laissons pas la place aux falsificateurs et faussaires de l’histoire. Racontons par les faits cette réalité douloureuse. (DR)

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