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La maison d’édition Le Seuil vient de sortir « Jacques Schiffrin, un éditeur en exil« , qui retrace la vie du créateur de cette collection, licencié en novembre 1940 par Gallimard.

L’auteur Amos Reichman, haut fonctionnaire et historien, se défend d’avoir écrit un livre à charge contre la plus prestigieuse maison d’édition de la place de Paris : « Je ne pense pas du tout qu’il y ait de déni de la part des éditions Gallimard. Et j’essaie de ne pas porter de jugement de valeur. Je tâche de dire les choses factuellement, même si je n’en pense pas moins ».

L’histoire du licenciement de Jacques Schiffrin était connue. La lettre qui l’annonce avait été reproduite dans « Archives de la vie littéraire sous l’Occupation », ouvrage de 2009 dirigé par un célèbre historien américain spécialiste de cette période en France, Robert Paxton.

Moins connu était le destin de ce natif de Russie, qui en créant la Pléiade en 1931 met en valeur de manière novatrice et durable un certain patrimoine littéraire français et mondial, puis doit s’exiler aux États-Unis en 1941, dans des conditions extrêmement précaires. Après guerre, il ne pourra jamais retrouver le rôle qui avait été le sien, et mourra à New York en 1950, à 58 ans, sans s’être vu invité à regagner son poste.

Le biographe tient à « avoir une approche plutôt nuancée » de l’affaire. Il souligne que la Pléiade a fortement ralenti sa production pendant l’Occupation, et a mené à terme des projets lancés par Jacques Schiffrin. C’est la « face respectable » des éditions Gallimard de la Seconde Guerre mondiale, alors que « la main sale » en est la revue NRF (qui publiait de nombreux auteurs collaborationnistes). Et le frère de Gaston Gallimard, Raymond, restera proche de l’éditeur exilé.

Mais le récit de ce destin triste, marqué par un double exil (hors de Russie, puis hors de France) est un élément de plus pour contredire l’idée selon laquelle la France, sous Vichy, aurait protégé les Juifs d’une traque plus impitoyable ailleurs en Europe. Cette théorie, « c’est de la politique. Ce n’est pas de l’histoire », tranche Amos Reichman quand on l’interroge sur son écho aujourd’hui.

En revanche et au même moment, un nouveau volume de la Pléiade vient de sortir, consacré aux récits et romans de l’Holocauste où on ne retrouve que des ouvrages en français, dont celui de Robert Antelme, l’époux déporté de Marguerite Duras, qui publiait son seul livre en 1947, « L’Espèce humaine ». Suivent entre autres Charlotte Delbo (« Auschwitz et après »), Elie Wiesel (« La Nuit », initialement écrit en yiddish, puis remanié pour une édition en français), ou, moins connu, Piotr Rawicz (« Le Sang du ciel »).

La Pléiade remet en contexte, avec un appareil critique très fouillé comme toujours, des textes qui pour la plupart ont été peu lus, voire très peu.

« La notoriété dont jouissent ces ouvrages reste […] durablement confidentielle, du moins principalement acquise auprès de ceux que la question intéresse, les historiens au premier chef », explique dans la préface le professeur de lettres Dominique Moncond’huy.

Source : TV5

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