Une technologie israélienne qui change le visage de la guerre et de l’espionnage.

Par |2021-09-26T07:37:29+02:00septembre 26th, 2021|Catégories : DEFENSE|
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Le 27 novembre 2020, un assassinat revêtant une importance géopolitique majeure au Moyen-Orient s’est produit en Iran. Soutenu par les États-Unis, le Mossad, l’une des agences de renseignements israéliennes, a ôté la vie au scientifique nucléaire Mohsen Fakhrizadeh. Pour y parvenir, ils ont eu recours à une méthode qui risque de changer le visage de la guerre et de l’espionnage, rapporte le New York Times.

Une cible depuis 2007

Depuis 2004, le gouvernement israélien tente par tous les moyens, notamment à travers des cyberattaques et des sabotages, d’empêcher le développement du programme nucléaire iranien. Au total, cette campagne, qui s’est achevée en 2012 avec le début des négociations pour l’Accord sur le nucléaire iranien, a mené à la mort de cinq scientifiques travaillant sur ce programme. Signé en 2015, l’Accord de Vienne a toutefois vite pris l’eau avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump qui s’en est retiré par la suite.

L’ONU demande en urgence un moratoire sur l’utilisation de l’intelligence artificielle

Cette décision a motivé Israël à reprendre sa campagne pour neutraliser les efforts iraniens. Ses services de renseignements ont ainsi discuté avec les autorités américaines et les différentes parties se sont entendues sur la personne de Mohsen Fakhrizadeh. Dans le viseur du Mossad depuis 2007, ce scientifique nucléaire est considéré comme la tête pensante du programme iranien. La mission s’est néanmoins révélée très compliquée, d’autant plus que Fakhrizadeh était grandement protégée par les autorités.

Une mitraillette télécommandée et assistée par l’IA

Par le temps, les services de renseignement israéliens ont utilisé des méthodes variées pour assassiner leurs ennemis : empoisonnement, bombe télécommandée fixée à une moto… Ces techniques représentent toutefois des risques considérables ; si des complices sont attrapés par les autorités adverses, ils sont exécutés.

Dans le cas de Mohsen Fakhrizadeh, les militaires voulaient agir vite et bien. En effet, il devenait de plus en plus évident que Trump allait perdre les élections face à son concurrent Joe Biden, et que ce dernier n’hésiterait pas à faire réintégrer son pays dans l’Accord signé en 2015, manœuvre à laquelle Israël était fermement opposé. Ils ont par conséquent décidé d’utiliser une mitrailleuse télécommandée et assistée par l’intelligence artificielle pour leur mission.

Concrètement, l’arme serait rattachée à un système robotisé permettant d’appuyer sur la gâchette, et caché à l’arrière d’un modèle de pick-up assez répandu en Iran et mis à l’arrêt non loin de la route. De multiples caméras positionnées aux alentours permettaient par ailleurs à l’équipe manœuvrant le dispositif, située à plus de 1 600 kilomètres de là, de scruter son environnement. Le signal entre le tireur virtuel et le robot serait quant à lui transmis grâce à un satellite : si cela permet une communication très rapide, il faut compter 1,6 seconde de latence, avec les risques que cela comprend.

C’est ici que l’IA est entrée en jeu. Elle a en effet été programmée pour compenser le retard, les secousses, et la vitesse de la voiture. Par ailleurs, une autre caméra, située non loin de là dans une voiture abandonnée et positionnée à un carrefour, a permis aux services de renseignement de vérifier avec certitude que Mohsen Fakhrizadeh était bel et bien au volant de sa voiture. Sa femme était sa passagère.

Un tournant dans l’histoire des conflits géopolitiques

Avant l’assassinat, les militaires ont fait entrer en Iran tout le dispositif nécessaire à sa mise en œuvre. Il a ainsi été infiltré illégalement et progressivement, en pièces détachées, et à différents endroits, puis assemblé en secret.

Lorsque Mohsen Fakhrizadeh est arrivé à proximité du pick-up où se trouvait l’arme télécommandée, elle a tiré sur le pare-brise du véhicule dans lequel il voyageait. Une fois celui-ci à l’arrêt, le tireur à distance a ajusté la vue puis tiré à nouveau, touchant le scientifique à l’épaule. Ce dernier a alors décidé de sortir de son véhicule, et a alors reçu trois balles dans la colonne vertébrale. Bien qu’un convoi de plusieurs véhicules l’accompagnait, celui-ci n’a rien pu faire. Cependant, le système censé faire exploser l’arme et ne laisser aucune preuve n’a pas pu se déclencher, laissant au gouvernement iranien l’occasion de découvrir comment tout cela a pu arriver.

Pour le Mossad et les États-Unis, cette mission très complexe est néanmoins considérée comme réussie. Elle prouve également la précision du système utilisé car la femme de Fakhrizadeh en est sortie saine et sauve. Les armes robotisées et assistées par l’IA disposent d’avantages conséquents pour les services militaires : permettant de ne pas risquer la vie des soldats, elles sont par ailleurs bien plus discrètes que des drones. Un nouveau pas franchi dans l’espionnage 2.0 ?

Le secteur militaire mondial suit l’évolution des nouvelles technologies pour en tirer partie. Tandis que l’armée américaine veut exploiter l’IA pour anticiper les mouvements adverses, l’armée française s’est elle aussi essayée aux robots lors d’un exercice militaire récent. Ces technologies de plus en plus utilisées risquent de faire entrer les conflits armés dans une toute nouvelle ère, offrant de nouvelles possibilités à leurs détenteurs. Si une régulation est par ailleurs mise en place, à l’instar de ce qui a été fait pour le nucléaire, il sera quasiment impossible d’éviter leur utilisation par les services de renseignement.

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