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Sabine Aiache.

Alors voila, je sais que ça va faire désordre au milieu de tous ces souhaits joyeux, colorés, et pour certains sincères mais dans ma bouche ce matin, des saveurs contradictoires se mélangent, celles des herbes amères et de la pomme imbibée de miel.

Corvée que je recule depuis des semaines: la banque. Je dois y déposer un chèque et régler quelques détails purement administratifs ( changement d’adresse notamment). Je m’y pointe à l’ouverture, mais apparemment je ne suis pas la seule à avoir eu cette géniale illusion qu’à 8 heures, il n’y aura personne. On est au moins une trentaine à attendre, chacun avec son Graal en main, le fameux numéro, symbole de la structure fondamentalement socialo-communiste de ce pays.
Au bout de quelques minutes d’attente, une voix. Une vieille dame tente de se faire comprendre …en yiddish. Dans l’incapacité de saisir un traître mot, le jeune employé de banque qui y met pourtant toute la volonté possible demande de l’aide à l’assistance.
Une femme, beaucoup plus jeune sort de la file et s’approche. Elle demande à la vieille dame de répéter et traduit en hébreu:  » La dame veut retirer l’intégralité de l’argent qu’elle a sur son compte pour faire ses courses de Rosh Hashana ».
L’employé s’exécute. Cette affaire a attiré l’attention de tous, et dans une curiosité oisive, faut dire qu’il n’y a pas grand chose à faire en attendant son tour, chacun se demande quel est le montant du butin; l’intégralité de son compte en banque pour les courses de Rosh Hashana, ça promet un festin mémorable.
Au bout de quelques minutes, le jeune employé tend un billet de 200 nis à la vielle dame. La jeune femme le regarde agacée:  » Tu ne m’as pas compris, j’ai pourtant traduit, la vieille dame veut l’intégralité de son compte ».
Et l’employé de répondre:  » 200 nis, c’est tout ce qu’elle a sur son compte ».
Et alors que la gène, la honte, la colère envahissent le hall, la jeune femme monte sur une chaise bancale et clame en hébreu, en anglais et en russe,  » Personne ne sortira de cette banque sans avoir aidé cette dame. Donnez ce que vous pouvez, mais donnez  » puis précise plus doucement, « s’il vous plait ».
L’élan est général. Certains sortent des billets de 100 nis, d’autres quelques pièces; il y en a même un qui fait un chèque.
C’est beau. C’est cruel. C’est révoltant. C’est émouvant. C’est tout ce qu’on reproche à ce pays et tout ce qu’on aime aussi.
Shana Tova. Portez vous bien …

Sabine Aiache

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