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« Je ne peux pas jouer un match contre des gens qui tuent des enfants innocents, nous devons annuler le match parce que nous sommes des humains avant d’être footballeurs ». Ces propos, attribués à Lionel Messi en mai 2018, ont connu une diffusion virale, en pleine polémique sur le match amical que l’équipe d’Argentine devait alors disputer, en Israël, contre la sélection nationale. Cette déclaration mensongère était accompagnée d’un photomontage de l’attaquant du Barça, censé arborer un T-shirt « Free Palestine », alors qu’il s’agit d’une grossière manipulation. Une telle infox a ressurgi lors de la crise israélo-palestinienne de mai dernier, alors que la réalité de la position de Messi sur ce sujet est bien plus nuancée.

LA « DIPLOMESSI » DE 2013.

Les 3 et 4 août 2013, les joueurs du FC Barcelone accomplissent une « tournée de la paix » entre la Palestine et Israël. Le premier jour correspondant au shabbat, férié en Israël, Messi et ses co-équipiers le consacrent à une visite de Bethléem et de sa basilique de la Nativité, suivie d’une rencontre avec Mahmoud Abbas, le président palestinien. Ils se rendent ensuite à Hébron pour disputer un match d’entraînement avec une équipe palestinienne. Le lendemain les voit se rendre au Mur des Lamentations et être reçus par Shimon Pérès, le président israélien, à Jérusalem, avant un match d’entraînement avec une équipe israélienne à Tel-Aviv. Pérès qualifie Messi et ses camarades de « messagers de la paix », tandis que la radio israélienne invente le terme de « diplomessi ». Les recettes des deux matchs sont reversées à des « initiatives visant à promouvoir la paix entre les Israéliens et les Palestiniens à travers le sport ».

Ce déplacement a pourtant été âprement négocié. L’invitation israélienne envisageait initialement, à l’instigation de Pérès, un match entre le Barça et une équipe mixte israélo-palestinienne. Cette formule a été catégoriquement rejetée par Jibril Rajoub, le président de la fédération palestinienne de football, ancien chef de la police palestinienne et candidat précoce à la succession d’Abbas: « nous n’allons pas donner aux occupants israéliens l’opportunité de faire croire que tout est normal et d’effacer les atrocités quotidiennes contre notre peuple et nos athlètes ». Le refus de la proposition israélienne et le début de la « tournée de la paix » en Palestine, plutôt qu’en Israël, apparaissent comme des victoires à la partie palestinienne. Rajoub n’en est que plus déterminé à obtenir l’annulation du match de Messi, cette fois sous les couleurs de la sélection argentine, programmé le 9 juin 2018 avec l’équipe nationale d’Israël, au stade Teddy de Jérusalem.

L’OMBRE DE MARADONA.

Le Premier ministre Benyamin Nétanyahou a tout fait pour que se déroule ce match, certes amical, entre Israël et l’Argentine, mais à Jérusalem, où Donald Trump vient de transférer depuis Tel-Aviv l’ambassade des États-Unis. Le Paraguay et le Guatemala ont déjà décidé de suivre le mouvement et Nétanyahou espère que la venue de Messi accentuera une telle dynamique en Amérique latine et au-delà. C’est dire que cette compétition amicale est profondément politisée par la partie israélienne, suscitant en retour des appels de Rajoub à « brûler » les maillots de Messi en cas de match: « Messi est un symbole de paix et d’amour, nous lui demandons de ne pas participer au blanchiment des crimes de l’occupation israélienne ». C’est dans un tel contexte que l’infox décryptée ci-dessus devient virale. La fédération argentine décide finalement d’annuler le match de Jérusalem, afin de se concentrer sur le Mondial, qui s’ouvre juste après en Russie.

Rajoub et les personnalités palestiniennes remercient publiquement et chaleureusement Messi, qui est pourtant resté d’un silence total sur le sujet. L’attaquant du Barça est de plus en plus associé à son compatriote Diego Maradona qui, rencontrant Abbas en marge du Mondial à Moscou, déclare: « Dans mon coeur, je suis palestinien ». La réalité est que Messi s’en tient à une discrétion ostensible, y compris sur les contrats de promotion qu’il a passés avec deux sociétés israéliennes, Sirin Labs (technologie mobile) et OrCam (assistance aux malvoyants).

La polémique, relancée par le conflit autour de Gaza, en mai dernier, enfle de nouveau avec l’annonce d’un match amical entre le Barça et le Beitar de Jérusalem, que certains supporters qualifient fièrement de « club le plus raciste d’Israël ». Comme lors du match israélo-argentin envisagé en 2018, la rencontre est prévue, le 4 août, au stade Teddy de Jérusalem, bastion du Beitar et de ses partisans les plus virulents. L’exigence du FC Barcelone d’un déplacement du match à Tel-Aviv entraîne le refus du Beitar et l’annulation de la compétition.

Messi a désormais rejoint le PSG, où ses fans lui ont réservé un accueil délirant. Le sextuple ballon d’or continuera, sous ses nouvelles couleurs, d’être sollicité et invoqué, voire mis en demeure. Quitte, comme pour la Palestine, à lui attribuer des déclarations et des positions qui n’ont jamais été les siennes.

 

 

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