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L’agriculture israélienne, symbole national, mais secteur en difficulté.

Difficile de trouver un symbole plus israélien : les champs de blé du Néguev, les pommiers du Golan, les orangeraies de la plaine côtière, les bananiers de la Dépression du Jourdain. La salade de tomates et de concombres et l’omelette du petit déjeuner. On arrêtera là le supplice, surtout pour ceux qui ne pourront pas se rendre cet été en Israël, mais on l’a compris, l’agriculture et ses produits sont un marqueur identitaire fort d’Israël. Le retour à la terre, dans tous les sens du terme a toujours été un pilier du sionisme et les premières entreprises de peuplement dès la deuxième moitié du XIXe siècle, ont d’abord été des installations agricoles.

A l’époque du Yichouv, les noyaux de peuplement des premiers kibboutz visaient à la fois à marquer et garder les frontières du futur Etat, mais aussi assurer l’indépendance alimentaire de la population. Et dans le jeune Etat socialiste, l’agriculture est à la fois une fierté nationale et un engagement : il faut consommer israélien. Et puis l’agriculture israélienne est devenue un produit d’exportation, des oranges de Jaffa aux tomates cherry en passant par les fleurs, la liste est longue. Et pendant longtemps le meilleur de la production était réservé à l’export, le consommateur israélien devant se contenter du deuxième choix. Mais avec l’ouverture de l’économie et sa libéralisation, le niveau de vie a progressé et la demande de produits de qualité aussi.

Seulement voilà : l’agriculture israélienne est très chère. Elle l’a toujours été. Et depuis vingt ans, le prix des fruits a doublé et celui des légumes a augmenté de 80%, alors que l’indice des prix sans ces deux postes, n’a progressé que de 20% pendant la même période. Les coûts de production sont élevés, l’eau est une des plus chères des pays de l’OCDE, car en Israël ce n’est plus une ressource naturelle (elle vient presque totalement aujourd’hui des centrales de désalinisation d’eau de mer). Et surtout, l’agriculteur israélien ne reçoit pas de subvention. En fait jusqu’à présent, il bénéficiait seulement d’une protection indirecte : celle de la taxation des produits d’importation.

La réforme que proposent donc le ministère de l’Agriculture et celui des Finances n’a rien de vraiment nouveau. Il s’agit plutôt d’un projet ressorti d’un tiroir et qui prévoit de libéraliser le secteur agroalimentaire, notamment en levant les taxes et les quotas à l’importation pour stimuler la concurrence. Le consommateur aura donc plus de choix, mais l’agriculteur israélien lui, risque plutôt d’être pénalisé. Alors pour compenser, le projet du gouvernement comprendra une baisse des taxes sur les semences et les pesticides, des allègements sur l’embauche de travailleurs étrangers et surtout un investissement public de 2 milliards de shékels dans la recherche et le développement. Car l’innovation dans l’agriculture, où Israël avait longtemps été leader, a été quasiment abandonnée des aides publiques depuis plusieurs années.

Pour l’instant, les agriculteurs israéliens s’inquiètent, surtout les petits exploitants. Il y a bien longtemps que le secteur agricole ne représente plus une force politique et que les kibboutz ne sont plus le moteur de l’économie. Mais en Israël, l’agriculture a toujours été un peu un apostolat. Elle a un sens particulier dans le projet sioniste. Et pour se maintenir, elle doit aussi se renouveler.

Pascale Zonszain (Radio J). Copyrights.

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