Donald Trump avait claqué la porte il y a deux ans. Joe Biden fait machine arrière. Les Etats-Unis vont réintégrer le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, sans grand espoir de réformer en profondeur cette instance très critiquée.

Terminée la politique de la chaise vide. Le nouveau chef de la diplomatie américaine Antony Blinken en a fait formellement la demande : les Etats-Unis briguent à nouveau un siège au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU pour la période 2022-2024. Après le retour au sein de l’OMS et le retour dans l’accord climat de Paris, l’administration Biden confirme sa volonté de renouer avec le multilatéralisme et de tourner la page des années Trump.

L’ancien locataire de la Maison Blanche avait claqué la porte du Conseil en 2018, au moment où Washington était sous le feu des critiques pour sa politique de séparation des familles de migrants à la frontière mexicaine. Mais pour justifier sa décision, Trump s’était appuyé sur un reproche régulièrement adressé au Conseil des droits de l’Homme : celui d’être ouvertement anti-israélien.

Acharnement contre Israël ?

La critique n’est pas nouvelle : il est vrai qu’Israël a fait l’objet de multiples condamnations par le Conseil des droits de l’Homme. C’est aussi le seul pays membre à faire l’objet d’un point systématique à l’ordre du jour à chacune des sessions du conseil trois fois par an. Pour les alliés d’Israël, Etats-Unis en tête, c’est la preuve d’un véritable acharnement. L’administration Biden ne dit pas autre chose, et se place à cet égard dans la lignée de celles qui l’ont précédé.

Au moment d’annoncer le retour de Washington, Antony Blinken s’est d’ailleurs empressé de pointer du doigt « l’attention disproportionnée du Conseil vis-à-vis d’Israël » et a appelé à traiter Israël comme les autres pays. Mais à la différence de Donald Trump, Joe Biden estime qu’il vaut mieux peser de l’intérieur pour tenter de faire évoluer les choses plutôt que claquer la porte.

Chine, Egypte : des membres encombrants

Cette réforme, beaucoup de pays la réclament de longue date. Il faut dire que bien au-delà de la question israélienne, ce Conseil est une instance très critiquée. Difficile en effet de donner des leçons de respects des droits humains à la terre entière quand on compte parmi ses membres des régimes tels que l’Egypte, la Chine ou la Russie. Pékin et Moscou viennent d’ailleurs d’entamer un mandat dans ce Conseil qui compte une cinquantaine de membres, et dont un tiers est renouvelé tous les trois ans.

Depuis le départ américain, le Conseil des droits de l’Homme a tout de même réussi à écarter un de ses membres les plus encombrants, l’Arabie Saoudite. Mais il faudrait beaucoup plus pour retrouver toute l’autorité morale dont devrait pouvoir se prévaloir cette instance de l’ONU.

Ne pas laisser la voie libre à Pékin

Mais les diplomates américains ne se font guère d’illusions. Une réforme en profondeur serait de toute façon très difficile à mettre en œuvre : faut-il exclure certains pays ? Mais lesquels, et selon quels critères ? Qui serait digne ou pas d’y participer ? Autant de questions inextricables.

En tout cas, ce retour va permettre à Washington de se faire entendre à nouveau sur les questions de droits de l’homme. Les dossiers chauds ne manquent pas en ce moment, qu’il s’agisse de la Birmanie, de Hong Kong, de la Biélorussie. Mais au fond, le plus important dans tout ça pour la Maison Blanche, c’est de pouvoir à nouveau occuper le terrain vis-à-vis de la Chine, et ne plus laisser à Pékin la mainmise sur les instances internationales.

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