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La première initiative de clowns éducatifs au monde – l’intégration de clowns thérapeutiques dans le cadre scolaire – a vu le jour en Israël. Les clowns éducatifs rendent joyeux, améliorent l’auto-identité et réduisent le stress chez les élèves et le personnel.

Selon (1) : « En quoi la pratique du théâtre clown peut-elle avoir des effets thérapeutiques ?

La première particularité du clown, c’est le nez rouge. Le nez rouge est un masque qui a de ceci de particulier qu’il n’indique pas un caractère particulier, comme les autres masques. Il est petit, rond et il est au centre du visage. Plutôt que de cacher quelque chose, il révèle, il met en valeur le reste du visage. Et en même temps il le change un peu, ce qui fait qu’on le regarde comme pour la première fois.

Le nez rouge est le masque qui permet d’enlever les autres masques, ceux du social, ceux qui enferment la personne dans un rôle. C’est le masque qui à la fois recentre la personne sur son noyau vivant et lui ouvre la possibilité d’incarner tous ses personnages intérieurs.

Par ailleurs, le nez rouge rend ridicule. Paradoxalement ça autorise et encourage la personne à montrer tout ce qu’elle cache habituellement pour ne pas avoir l’air ridicule justement :

– sa maladresse

– sa bêtise

– sa naïveté

– son ignorance

– ses défauts

– son émotion brute

– sa « folie »

– son décalage par rapport à un groupe, à une norme, à un rythme

Avec le clown, la personne est encouragée à exprimer tous ces aspects cachés de son être. Pour une fois, l’expression de ces aspects de sa personne est valorisée. En effet, l’expression spontanée de ces facettes incorrectes socialement fait rire. Et le rire du public est valorisant pour l’acteur qui est derrière le clown. L’acteur sait que le public attend ça du clown. Le rire du public encourage la personne à aller plus loin dans l’expression de ce qu’elle censure habituellement, par crainte du ridicule. Il y a un renversement des valeurs dans le jeu du clown. L’acteur continue d’autant plus son expression qu’il en sent les aspects libérateurs chez lui. Libération de son autocensure.

Le renversement peut même produire une nouvelle norme qui dirait : « il faut faire rire ».

Or le clown peut aussi toucher, émouvoir, ou être poétique. L’animateur est là pour le rappeler et empêcher une nouvelle obligation : celle de faire rire.

Toute cette matière : maladresse, naïveté, ignorance… est la matière du clown. C’est ce qui le rend drôle et touchant à la fois. C’est ce qui fait sa force, parce qu’il a tous les droits, et sa vulnérabilité, parce qu’il est complètement exposé.

Le clown met l’acteur à nu sans le mettre mal à l’aise : le nez rouge lui donne l’autorisation. Et même plus, le public attend ça de lui. Qu’il montre tout. Jusqu’à parfois outrepasser les interdits sociaux. Mais le clown ne le fait pas pour choquer le spectateur. Il le fait malgré lui, parce que ça le dépasse. Parce que la pulsion, l’émotion sont trop forts ou que l’environnement lui échappe.

 

Le clown révèle cette partie cachée de la personne, sa partie la plus humaine, la plus universelle dans le fond, le contenu. A l’inverse, la façon de l’exposer, la forme est très spécifique.

Le stage consiste donc à laisser apparaître peu à peu ces parties cachées, censurées de chacun.

Laisser tomber ses masques.

Dévoiler ce qu’on cache habituellement, sa part d’ombre, et se la réapproprier.

Mettre en jeu ses résistances à ce dévoilement.

En effet, l’expression de ces résistances est une grande partie du jeu du clown : l’hésitation, la peur, la gène, la honte ont toute leur place ici. Il ne s’agit pas de feindre ou de forcer une libération soudaine de son comportement grâce à l’opération magique du nez rouge.

Au contraire. Les premiers jeux des acteurs qui démarrent un stage de clown sont souvent centrés sur ces affects de peur, gêne. C’est aussi déjà une première libération que de pouvoir les exprimer.

 

Enfin, l’acteur qui est derrière le nez est protégé par ce masque. Grâce à lui, l’acteur peut dire : ce n’est pas moi, c’est mon clown qui a fait ça. Ce n’est pas de l’hypocrisie. En clown, je peux mentir d’une certaine manière, m’inventer une vie, une histoire qui n’est pas la mienne. Le clown existe dans une fiction. C’est cette fiction qui permet à l’acteur d’explorer des registres extra-ordinaires qu’il ne pourrait pas faire dans la vie : devenir un super-héros, ou un dictateur, mourir et voir ce qu’il se passe après, se balader sur la lune et flirter avec une extraterrestre…

Par ailleurs, ce qu’exprime le clown est aussi le fruit d’une rencontre : rencontre avec un public à un moment donné. Les réactions du public vont influencer le jeu du clown, ce qu’il exprime. Au point que souvent le sens de ce qu’il fait lui échappe. L’acteur le comprend alors, parfois, après coup.

 

Ces premier pas avec le nez rouge, en public, sont loin d’être évident.

Ils nécessitent une préparation physique, vocale, psychologique : de la relaxation, des exercices, des jeux, des massages… et un accompagnement respectueux et soutenant. L’animateur, Brice de Charentenay, est certifié en Gestalt, une forme de thérapie axée sur la relation à l’autre. La Gestalt a de nombreux points communs avec la pratique du clown. Avec la Gestalt, la personne est accueillie dans son entier : corps, émotions, imaginaire, esprit. Le travail se fait dans l’ici et maintenant, en soutenant le processus à l’oeuvre.

C’est parfois tellement difficile de faire le premier pas, qu’on ne le fait pas ! Il peut être à propos d’avoir dans ce cas un entretien téléphonique avec l’animateur, ou pourquoi pas un rendez-vous : il propose par ailleurs des psychothérapies, c’est bien pratique ! »

(1) Source : lacompagniedugrain.com

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