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Trois questions à Daniel Rouach, professeur à l’ESCP Europe et visiting professor à l’université de Tel-Aviv et au Technion.
« Ici le chercheur-inventeur bénéficie directement des retombées de son invention »
Quelle est la particularité du transfert de technologie des universités israéliennes par rapport à la France ? 

Il existe un état d’esprit très différent. En Israël, les scientifiques reçoivent un salaire de 30 à 40% inférieur à celui de leurs homologues français. Donc c’est une nécessité pour eux de trouver un revenu complémentaire. Ils sont aussi très attirés par la possibilité de tisser des liens à l’international. En France, où les chercheurs sont plus fonctionnarisés, quelqu’un qui touche de l’argent est mal perçu, cela créé des conflits dans les équipes.Comment les universités israéliennes arrivent-elles à motiver les enseignants-chercheurs ?

Dès l’origine, un système performant a été mis en place pour valoriser les inventions, et « partager le travail » : les chercheurs s’occupent des découvertes, des mises au point et du développement ; les sociétés privées filiales des universités ont en charge toute la politique de propriété intellectuelle de l’établissement, le dépôt des brevets, le licensing, le reversement des royalties à la maison mère (l’université) et au chercheur.

Israël s’est inspiré du modèle de Stanford, le pionnier mondial du transfert de technologie, mais en professionnalisant la démarche et en adoptant une réglementation très claire. Ici le chercheur-inventeur bénéficie directement des retombées de son invention, même s’il n’est jamais le propriétaire du brevet.

Que peut apprendre la filière recherche universitaire tricolore de l’expérience israélienne ?

Le message principal est qu’il ne faut pas avoir de complexes par rapport à l’argent. Il est juste important de mettre en place des règles permettant aux chercheurs français de bénéficier de leurs innovations. Israël a compris très tôt que son système de valorisation de la recherche l’aiderait à lutter contre le « brain drain » académique en direction des États-Unis. Les chercheurs français doivent eux aussi trouver un intérêt direct à rester dans les laboratoires situés dans l’Hexagone.

Nathalie Hamou

www.letudiant.fr/

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