Partager :

Un article GILLES FRANK. Cette période de retrait de la vie sociale est une bonne occasion d’évoquer l’érémitisme, c’est-à-dire la vie des ermites, choix de vie que l’on retrouve dans de nombreuses religions.

Dans la tradition catholique, les ermites sont apparus au IVème siècle après Jésus-Christ en Haute Egypte au moment de la fin des persécutions contre les Chrétiens, lorsque le martyre a cessé d’être la voie royale vers la sainteté. Comme le clergé commençait à trouver goût au luxe, ceux qui voulaient rester fidèles à l’idéal évangélique ont voulu s’éloigner du monde et se sont réfugiés dans le désert (eremos en grec, d’où le mot ermite) partageant leur vie entre la prière, la méditation, l’ascèse et le travail.

On les a appelé « anachorètes » (se retirer, en grec) qui se distinguent des cénobites (vie en commun en grec) et il y a eu les gyrovagues, des moines errant et mendiant et les gymnosophistes, philosophes qui vivaient isolés de la société entièrement nus.

Si l’Église catholique en France compte environ 150 ermites « officiels » (hommes ou femmes) vivant sous la responsabilité directe d’un évêque, il y a plus de 4 millions de sâdhu qui n’ont pas de toit et qui passent leur vie à se déplacer sur les routes de l’Inde et du Népal, se nourrissant des dons des dévots.

Mais la vie d’un ermite n’est pas toujours synonyme de solitude. Ainsi Marthe Robin (1902-1981) est restée 63 ans allongée dans son lit, souffrant d’encéphalite, tout en accueillant plus de 100.000 visiteurs qui souhaitaient rencontrer cette femme mystique, à une époque où la notion de « followers » n’existait pas.

Jusqu’au XIXème siècle, l’ermite est devenu une figure de nombreux romans et pièces de théâtre, symbole du vieux sage, sorte de guide spirituel, mais il y a une exception avec l’opéra Thaïs où l’héroïne, jeune et belle, se retire du monde et dont la méditation constitue un morceau remarquable de musique classique.

Le terme « ermite » s’applique aussi à un petit crustacé, appelé bernard l’ermite qui n’a pas de carapace et par conséquent, occupe un abri pour se protéger. Quand il grandit, il lui faut trouver un lieu d’accueil plus grand et plusieurs bernard l’ermite se rassemblent alors dans ce qui s’appelle une « chaîne de vacances » où après avoir trouvé une coquille vide adaptée à la croissance du plus gros d’entre eux, chacun passe ensuite dans la coquille de l’autre, la plus petite restant vide.

C’est un bel exemple où les ermites sortent de leurs coquilles, en faisant jouer la solidarité.

Partager :