Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de Tsahal, s’est imposé comme la figure de l’opposition israélienne. « Gadi Eisenkot est loin d’être le candidat le plus charismatique de cette campagne. Eisenkot apparaît réservé. Ses partisans mettent en avant sa sobriété, son expérience et son intégrité.
Fils d’immigrés marocains, élevé à Eilat, Gadi Eisenkot a gravi les échelons de l’armée jusqu’à devenir chef d’état-major, de 2015 à 2019. Son ascension politique a ravivé les tensions historiques entre Israéliens ashkénazes, d’origine européenne, et mizrahim, issus notamment d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
En octobre, le présentateur de la chaîne 14 Yinon Magal l’a qualifié de « singe », affirmant qu’il était manipulé par des « élites ashkénazes ». Des propos dénoncés comme racistes, y compris par Benjamin Netanyahou. « Je n’ai rien à répondre à un niveau aussi bas », avait répliqué Eisenkot, accusant ses adversaires d’entretenir ce climat.
Contrairement à l’image d’un opposant de gauche face à un Premier ministre de droite, Eisenkot défend une ligne sécuritaire ferme, parfois proche de celle du Likoud. En 2008, alors commandant de la région Nord, il avait défendu la controversée « doctrine Dahiya », prévoyant une riposte massive contre les localités utilisées par le Hezbollah comme bases militaires. Depuis, ses prises de position témoignent aussi d’une volonté de distinguer fermeté sécuritaire et violences extrémistes. En août 2026, il jugeait « illusoire » la perspective de deux États après le 7 octobre, tout en dénonçant les violences contre les Palestiniens en Judée-Samarie.
Il a directement mis en cause Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, accusant Benjamin Netanyahou d’avoir affaibli l’autorité de Tsahal en leur transférant des responsabilités dans la région. En octobre, après l’agression de Palestiniens et d’une journaliste américaine, il appelait la police à prendre des « mesures fermes » contre cette « violence criminelle ».
Derrière la figure du militaire se cache aussi une tragédie familiale. Le 7 décembre 2023, son fils Gal, 25 ans, est tué au combat dans la bande de Gaza. Le lendemain, son neveu Maor Cohen Eisenkot, 19 ans, tombe à son tour. Un autre neveu, Yogev Pazy, sera tué en novembre 2024. Membre du gouvernement d’urgence constitué après le 7 octobre, Eisenkot reste alors engagé dans les décisions militaires. Mais en juin 2024, il quitte le cabinet avec Benny Gantz, dénonçant l’absence de stratégie claire pour l’après-guerre à Gaza et l’influence des calculs politiques sur les décisions de sécurité.
Eisenkot ne représente donc pas une rupture radicale avec les orientations sécuritaires du Likoud. Son désaccord avec Netanyahou porte aussi sur la responsabilité du 7 octobre, le fonctionnement des institutions et la place accordée aux alliés ultranationalistes. Cette proximité sur certains dossiers explique notamment pourquoi l’hypothèse d’un gouvernement d’union reste discutée. Mais Eisenkot refuse de partager le pouvoir avec Netanyahou dans le cadre d’une rotation. Son parti se dit ouvert à une participation du Likoud, sans ses alliés extrémistes et sous la direction d’Eisenkot.
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