« Ils ont montré qu’ils voulaient s’intégrer au jeu politique » : en Israël, les partis arabes au centre des tractations
Jacques Bendelac, économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem, analyse la percée des partis arabes aux élections en Israël, où ils pourraient jouer un rôle déterminant dans la formation d’un gouvernement.
En passant de 10 à 19 sièges, les partis arabes sont la véritable surprise des élections législatives en Israël. Comment expliquez-vous une telle percée venant de cette minorité de plus en plus visée par des discours de haine ?
Après le 7-Octobre, les Arabes israéliens ont montré qu’ils voulaient s’intégrer au jeu politique pour améliorer leurs conditions de vie. C’est l’occasion pour eux de dire : « On existe, prenez-nous en compte. » Ces dernières années, ils ont fait face à un gouvernement sectaire, xénophobe et anti-arabe. Ils ont donc dû essayer de montrer que leur israélisation est bien réelle.
Netanyahu a ciblé les partis arabes tout au long de la campagne, excluant catégoriquement de s’appuyer sur ces formations. Avait-il vu juste ? Sont-ils désormais en mesure de faire tomber le Premier ministre ?
Oui, à condition que les partis arabes parviennent à un accord avec le bloc d’opposition emmené par Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major. La chute du Premier ministre sortant constitue un objectif commun. En s’accordant sur quelques priorités et mesures urgentes, le bloc d’opposition pourrait former un gouvernement minoritaire, soutenu de l’extérieur par une partie des listes arabes, et ainsi réunir une majorité à la Knesset. Un tel accord pourrait reposer sur des objectifs concrets, comme la création d’une commission d’enquête sur les massacres du 7 octobre 2023, ou le déblocage des fonds destinés aux Arabes israéliens, gelés par le gouvernement Netanyahu, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et des transports.
Eisenkot peut-il gouverner avec eux malgré le refus de certains membres de sa coalition d’en entendre parler ?
Il est vrai que lors de la campagne, les dirigeants de l’opposition ont exclu de gouverner avec les partis arabes, qu’ils qualifient de non sionistes. Mais les lignes pourraient bouger, dans les prochains jours. Il y a quatre partis au sein de l’opposition. La gauche de Yair Golan demande ouvertement à ce que les partis arabes entrent au gouvernement. En revanche, Bennett, Liberman et Eisenkot y sont opposés. Mais, un accord reste possible. Sinon, ce sera le retour aux urnes, puisque Netanyahu n’a pas non plus la majorité. Les Arabes israéliens risquent alors de moins voter. Ce n’est donc pas l’idéal.
Pendant ce temps Netanyahu devrait tenter de débaucher des élus au sein du bloc d’opposition d’Eisenkot. A-t-il des chances d’y parvenir ?
Oui, par exemple avec Avigdor Liberman, ancien ministre de la Défense, qui est un homme très à droite, notamment sur la question palestinienne et celle de la colonisation. Netanyahu pourrait aussi tenter une alliance avec Ra’am, parti islamiste modéré, lui aussi religieux et conservateur, notamment sur les questions LGBT, et qui a déjà participé à une coalition gouvernementale, en 2021. Mansour Abbas, le dirigeant du parti, pourrait trouver des points communs avec Netanyahu, d’autant qu’il a déclaré vouloir laisser la question palestinienne de côté pour le moment.
Laisser un commentaire