Touché samedi 10 octobre à l’aéroport de Riyad par “la frappe la plus meurtrière dans un État du Golfe depuis le début de la guerre en Iran”, attribuée aux rebelles yéménites, le royaume se retrouve dans une position délicate. Car en s’attaquant à une infrastructure majeure sur le plan économique, la milice pro-iranienne a démontré son pouvoir de nuisance et sa capacité à exploiter les faiblesses de l’Arabie saoudite.
Au lendemain de l’attaque qui a fait douze morts et 309 blessés à l’aéroport de Riyad, capitale de l’Arabie saoudite, “le porte-parole militaire des houthistes Yahya Saree a lancé un nouvel avertissement à toutes les compagnies aériennes de fret et commercial, les employés, les ouvriers et les voyageurs en les appelant à ne pas fréquenter les aéroports et l’espace aérien saoudiens”.
Sans avoir pour autant revendiqué l’attaque de la veille, le haut gradé des rebelles yéménites pro-iraniens, qui a précisé que les aéroports de La Mecque et de Médine, villes saintes de l’islam, étaient les seuls non concernés par cette menace, a ajouté que les aéroports et l’espace aérien saoudien étaient “des cibles potentielles et un théâtre d’opérations pour nos forces”.
Tollé international
Après quatre années d’une trêve fragile, les houthistes ont mené en septembre une offensive éclair dans l’ouest du Yémen et étendu leur contrôle à l’ensemble de la côte bordant le détroit de Bab El-Mandeb, qui sépare la péninsule arabique de l’Afrique et représente un passage clé du transport maritime mondial, notamment d’hydrocarbures. D’autant plus depuis que l’Iran a mis en place des restrictions de circulation dans le détroit d’Ormuz. Et les rebelles yéménites ont depuis multiplié les menaces envers l’Arabie saoudite voisine.
Cette fois-ci, l’attaque de l’aéroport de Riyad représente “la plus meurtrière dans un État du golfe depuis le déclenchement de la guerre en Iran”, constate le correspondant de la BBC sur place. Elle a provoqué “un tollé international”, signale le quotidien saoudien anglophone Arab News, qui rapporte notamment les condamnations émises par l’Inde, l’Union européenne – par la voix de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen -, la Ligue Arabe, le Pakistan ou encore le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres.
Alors que la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite en soutien au gouvernement internationalement reconnu du Yémen a dénoncé “un crime de guerre” auquel elle répondrait “avec fermeté”, le président américain Donald Trump a qualifié l’attaque d’“inacceptable” et affirmé qu’il déciderait “très rapidement” si les États-Unis allaient se joindre aux frappes saoudiennes contre les houthistes, ajoute Arab News. L’une des douze victimes est de nationalité américaine.
“Comment l’Arabie saoudite va-t-elle réagir ? ” se demande de son côté en Israël The Jerusalem Post, à l’instar de nombreux médias internationaux. La BBC estime notamment que “jamais depuis l’insurrection d’Al-Qaida, au milieu des années 2000, le royaume n’a été confronté à une menace aussi sérieuse”.
Si Riyad dispose de “l’une des armées de l’air les plus puissantes du Moyen-Orient, qui a mené des frappes aériennes dévastatrices contre des positions des houthistes, ceux-ci savent très précisément comment répliquer : dans le ventre mou de l’économie saoudienne”. Le média britannique en veut pour preuve “l’attaque du principal aéroport de la capitale, qui semble avoir percé facilement les défenses antiaériennes saoudiennes”.
“De la même façon que l’Iran, qui a ciblé des bases américaines dans la région, ajoute The Jerusalem Post, les alliés de l’Iran au Yémen cherchent à perturber la vie des civils en Arabie saoudite en causant des fermetures d’aéroports et des annulations de vols”. Ce qui représente “un défi pour Riyad”.
À haut risque
Car si ce conflit dure depuis 2015, il est “de plus en plus entremêlé avec la confrontation régionale plus large” autour de l’Iran. Et toute réplique saoudienne envers les houthistes “augmentera les risques” encourus par le royaume.
Le week-end dernier, alors que le gouvernement internationalement reconnu du Yémen annonçait une nouvelle offensive contre les houthistes, l’Arabie saoudite avait “débuté une nouvelle campagne de bombardements contre les houthistes”, rappelle le New York Times. Une décision qui “engageait le royaume encore plus profondément dans le conflit régional de la guerre américano-israélienne contre l’Iran”.
L’attaque de l’aéroport de Riyad, avec son lourd bilan, vient rappeler au prince héritier Mohammed ben Salmane qu’il est désormais confronté à la “tâche difficile de mettre fin aux attaques des houthistes tout en évitant une nouvelle guerre prolongée qui pourrait faire dérailler son économie”, conclut le quotidien new-yorkais.
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