L’eau ne manque pas en Israël, au contraire : ce qui n’empêche pas le gouvernement de brandir régulièrement la menace d’une pénurie d’eau, particulièrement durant l’été.

 Les Israéliens ont eu chaud cet été ; non pas à cause de la chaleur estivale, mais en raison d’une prolifération d’algues sur les côtes de la Méditerranée.

Vers la fin du mois d’août, des algues microscopiques se sont introduites dans les installations des usines de dessalement de l’eau de mer ; celles-ci ont été obligées d’interrompre leurs activités, menaçant d’assoiffer l’Israélien et d’assécher son agriculture.

Le gouvernement israélien a même dû intervenir pour inciter le consommateur à éviter les gaspillages alors que les agriculteurs ont vu leur approvisionnement en eau potable réduite, voire interrompue plusieurs heures par jour.

De l’eau à revendre.

Cette pénurie d’eau est pour le moins curieuse ; malgré de faibles précipitations annuelles, Israël s’est doté d’un système d’approvisionnement en eau qui permet de produire aisément les 2,6 milliards de mètres cubes d’eau que le pays consomme sur une année.

En 2025, l’origine de l’eau potable en Israël était la suivante :

  • les usines de dessalement : 21 %
  • le recyclage des eaux usagées : 22 %
  • les fleuves et lacs : 22 %
  • les nappes souterraines : 35 %

Autrement dit, même si les usines de dessalement tournent au ralenti (à cause des algues), il ne s’agit que de 21% de la consommation nationale d’eau (560 millions de mètres cubes) ; une eau qui peut être aisément compensée par d’autres sources, même en plein été et pour quelques jours seulement.

En 2026, Israël ne manque pas d’eau ; le pays se permet même d’exporter son eau excédentaire vers :

  • la Jordanie : 50 millions de m³ par an (depuis les accords de paix de 1994),
  • les Territoires palestiniens : 30 millions de m³ par an (depuis l’accord israélo-palestinien de 1995).

Privatisation de l’eau.

Ce qui ressemble à une « fausse » pénurie d’eau aurait une autre origine : Israël dispose, le long de sa côte méditerranéenne, de six usines de dessalement qui sont toutes entre les mains d’investisseurs privés.

Autrement dit, l’Etat n’a pas investi un seul shekel pour dessaler l’eau de mer : il a confié cette tâche à des entreprises privées, israéliennes et étrangères, qui visent à maximiser leurs profits sur le dos du consommateur.

Ces sociétés privées vendent l’eau dessalée à l’Autorité nationale de l’Eau qui la revend aux consommateurs, principalement dans l’agriculture.

Apparemment, les entreprises privées de dessalement auraient profité des algues microscopiques pour provoquer une « prétendue pénurie » avec un objectif clair : inciter le gouvernement israélien à payer davantage pour chaque litre d’eau dessalée.

Le résultat ne s’est pas fait attendre ; début septembre, le gouvernement israélien a décidé d’augmenter le prix du mètre cube d’eau dessalée qui est versé aux usines de dessalement : celui-ci est passé de 2,7 shekels à 4 shekels le m³, soit une hausse de 48%.

Un renchérissement qui ne manquera pas de se répercuter à la vente de l’eau au détail : le consommateur final continuera de payer le prix de la privatisation de son eau potable.

à propos de l’auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de « Les Arabes d’Israël » (Autrement, 2008), « Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ? » (Armand Colin, 2012), « Les Israéliens, hypercréatifs ! » (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015), « Israël, mode d’emploi » (Editions Plein Jour, 2018) et « Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël » (L’Harmattan, 2022). Dernier ouvrage paru : « Juifs et Arabes israéliens, la nouvelle donne après le 7 octobre 2023 » (Auteurs du Monde, 2026). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.

 

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